Beaucoup, dont moi, ont compris que la HAS remettait en cause la supplémentation elle-même, alors que son document ne disait pas exactement cela.
Cette nuance est essentielle. Elle n’efface ni les incertitudes scientifiques, ni les interrogations des patientes, ni les discussions avec les médecins. Elle permet simplement de distinguer deux démarches différentes: vérifier le taux de vitamine D dans le sang, d’une part, et prendre de la vitamine D, d’autre part.
Un communiqué qui a brouillé les repères
Le 30 octobre 2013, la HAS a publié une évaluation fondée sur la littérature disponible et sur l’avis d’un groupe d’experts. Sa conclusion concernait l’utilité clinique du dosage sanguin de la vitamine D dans un grand nombre de situations.
Parmi les domaines étudiés figuraient notamment:
- la mortalité;
- les chutes;
- les capacités fonctionnelles;
- le cancer colorectal;
- le cancer du sein;
- le cancer de la prostate;
- l’hypertension artérielle;
- les maladies cardiovasculaires;
- les allergies;
- les maladies auto-immunes;
- le diabète de type 2;
- la maladie rénale chronique;
- la grossesse;
- les maladies infectieuses;
- les performances cognitives;
- le profil lipidique;
- la mucoviscidose.
Pour ces situations, le document de 2013 indiquait que les données disponibles ne permettaient pas d’établir une utilité clinique démontrée du dosage de la vitamine D. Autrement dit, la HAS ne recommandait pas de multiplier les prises de sang lorsqu’aucun bénéfice médical clairement établi ne pouvait en être attendu.
Ce point a pourtant été facilement compris comme une remise en cause générale de la vitamine D. Les nombreuses publications parues à cette période, parfois contradictoires, n’ont pas contribué à rendre le sujet plus lisible. Entre les articles scientifiques, les commentaires, les avis médicaux et les interprétations personnelles, il devenait difficile de savoir ce qui était réellement contesté.
Dosage et supplémentation: deux choses différentes
La principale erreur d’interprétation venait donc d’un amalgame entre deux notions.
Le dosage consiste à mesurer la concentration de vitamine D dans le sang. La supplémentation consiste à prendre de la vitamine D, généralement sur prescription ou conseil médical. Le communiqué de la HAS publié en 2013 portait sur la pertinence du premier, et non sur l’interdiction ou l’abandon systématique de la seconde.
Cette distinction ne résout pas toutes les questions, mais elle évite au moins de tirer du document une conclusion qu’il ne formulait pas. La HAS estimait que les preuves manquaient pour justifier le dosage dans les situations analysées. Elle ne déclarait pas que toute prise de vitamine D était inutile, ni que toute personne devait arrêter un traitement prescrit.
La publication répondait notamment à un manque de données suffisamment solides. Les économies réalisées sur les examens remboursés faisaient aussi partie du contexte évoqué à l’époque. Réduire les dépenses de santé peut se comprendre lorsqu’un examen n’apporte pas de bénéfice démontré, à condition que cette orientation ne nuise pas aux patients.
Le cancer du sein et la question de la prévention
Les incertitudes les plus importantes concernaient, en 2013, l’hypothèse d’un effet préventif de la vitamine D sur le cancer du sein. Certaines observations avaient alimenté l’espoir d’un rôle protecteur, mais les résultats disponibles ne permettaient pas de considérer cette prévention comme établie.
Des articles parus en 2013 discutaient précisément de cette question. L’un d’eux, publié sous le titre « Vitamine D: son effet prévention remis en question », revenait sur les limites des données disponibles. Un autre article, diffusé quelques mois auparavant, s’interrogeait plus largement sur les allégations de santé réellement justifiées pour cette vitamine.
Le problème ne résidait donc pas dans l’existence d’une preuve définitive démontrant l’inefficacité de la vitamine D. Il se situait plutôt dans l’absence de preuves assez robustes pour affirmer qu’une supplémentation prévient le cancer du sein. Cette différence entre « absence de preuve » et « preuve de l’absence » mérite d’être conservée à l’esprit lorsqu’on lit ou partage des informations médicales.
Une décision personnelle fondée sur une carence suivie
Dans mon cas, la décision prise en 2013 était de continuer à demander à mon médecin une prescription de vitamine D, même si le dosage n’était plus considéré comme systématiquement pertinent. Cette position correspondait à une situation personnelle: une carence importante persistait depuis environ trois ans malgré une surveillance régulière.
Je ne prenais pas cette décision dans l’idée de me protéger du cancer du sein, ni pour remplacer les traitements ou les recommandations médicales. Elle s’inscrivait dans le suivi d’une carence déjà constatée. Je veillais à ne pas dépasser les prescriptions, à avoir une exposition au soleil raisonnable pendant la belle saison et à consommer régulièrement des aliments contenant naturellement de la vitamine D.
Le texte publié en 2013 rappelait également que la vitamine D était rarement toxique dans les conditions habituelles, mais qu’un surdosage prolongé pouvait présenter un risque. Le danger était alors associé à une prise excessive pendant plusieurs mois, ainsi qu’à certaines situations particulières, notamment en cas de troubles rénaux importants. Dans mon propre cas, malgré d’autres problèmes de santé, la fonction rénale ne posait pas de difficulté particulière à cette date.
Cette expérience ne constituait pas une règle générale. Elle expliquait seulement pourquoi je choisissais de poursuivre une supplémentation encadrée, tout en acceptant que le dosage sanguin ne soit plus réalisé automatiquement.
Entre prudence et incertitude
Face à un sujet aussi confus, chacun pouvait être tenté de suivre son intuition. Pourtant, le contexte de 2013 invitait surtout à la prudence: les études n’étaient pas concordantes, les conclusions restaient discutées et les autorités sanitaires ne disposaient pas de preuves suffisantes pour valider toutes les hypothèses avancées autour de la vitamine D.
Les personnes touchées par un cancer, ou celles qui vivent après les traitements, doivent souvent composer avec une multitude de recommandations. Une information présentée comme une évidence peut être corrigée quelques mois plus tard par une nouvelle étude. Cette évolution des connaissances n’est pas nécessairement un échec; elle montre aussi combien il est important de distinguer les résultats établis, les pistes de recherche et les opinions.
À l’époque, deux vidéos de l’émission « Des mots et des maux », diffusée le 28 mai 2013, proposaient également une présentation détaillée de la vitamine D. Didier Le Bail, naturopathe et journaliste, y expliquait les enjeux liés à cette vitamine-hormone dans un langage accessible. Ces contenus pouvaient nourrir la réflexion, à condition de les replacer dans leur contexte et de ne pas les confondre avec une recommandation médicale officielle.
Ce que cette ancienne publication voulait retenir
En résumé, le communiqué de la HAS du 30 octobre 2013 remettait en question l’utilité démontrée du dosage de la vitamine D dans plusieurs situations, dont le cancer du sein. Il ne disait pas exactement que la supplémentation devait être abandonnée.
La prévention du cancer du sein par la vitamine D restait, en 2013, une hypothèse insuffisamment étayée. Une carence documentée pouvait néanmoins conduire un médecin à prescrire une supplémentation, en tenant compte de la situation de la personne et des risques éventuels.
Cette ancienne réflexion gardait surtout la trace d’un malentendu: lire « dosage » comme si le document disait « supplémentation ». Elle témoignait aussi d’une recherche personnelle d’informations, menée au milieu d’études contradictoires et de prises de position parfois difficiles à concilier. Dans ce domaine comme dans tant d’autres en cancérologie, la prudence consiste à regarder précisément ce que les textes affirment, ce qu’ils ne permettent pas encore de conclure et ce qui relève de l’expérience individuelle.

