Le jour où elle a franchi la porte de la banque pour demander un prêt de 100 millions de shillings kényans — soit plus de 77 000 dollars —, le Dr Catherine Nyongesa n'avait pas de plan d'affaires à présenter. Pas de projections de rendement, pas de promesse de dividendes. Elle voulait construire un hôpital pour soigner des patients atteints de cancer, au Kenya, là où les traitements restent hors de portée pour la plupart des familles. Ce récit, rapporté par la BBC, touche au cœur de ce que nous portons ici: la conviction qu'un parcours commence toujours par un geste — souvent un seul — posé contre l'évidence du monde.
« Peut-être si c'était une autre entreprise »
Les chargés de prêts n'ont pas compris. À leurs yeux, un hôpital destiné à soigner des patients aux ressources limitées ne présentait aucune rentabilité. « Peut-être si c'était une autre entreprise, mais pas une entreprise qui sauve des vies », lui ont-ils dit. Plusieurs refus. Catherine Nyongesa n'a pas baissé les bras. Elle a cherché des conseils en gestion, retravaillé son dossier, démarché d'autres institutions. Le prêt est finalement arrivé.
Il a donné naissance au Texas Cancer Centre de Nairobi, aujourd'hui l'un des principaux centres de traitement du cancer au Kenya. Nyongesa est aussi devenue la première femme kényane à obtenir le titre de cancérologue. Le jour où le matériel médical et le mobilier sont arrivés dans les couloirs de l'hôpital, l'émotion l'a submergée. « Je marchais dans les couloirs, me pinçant un peu pour être sûre que c'était bien réel. Je me disais: Catherine, ton rêve est vraiment devenu réalité. »
Les petites graines
Pour comprendre ce prêt insensé aux yeux de la banque, il faut remonter à l'enfance. Catherine Nyongesa n'a pas grandi dans un milieu privilégié. Sa mère vendait de l'alcool local pour nourrir la famille et payer les frais de scolarité. L'argent ne suffisait jamais. Lorsque l'espoir de terminer ses études secondaires a commencé à s'amenuiser, ses camarades de classe se sont cotisés — une petite collecte de fonds — pour qu'elle puisse aller au bout.
Des années plus tard, quand je lui demande ce que ressentent aujourd'hui ces anciens camarades en la voyant entrer dans l'histoire de la médecine kényane, elle sourit. Radieuse. « Ils sont si fiers! Ils voient les fruits des petites graines qu'ils ont semées il y a des années. » De cette expérience, elle tire une conviction simple: « Entoure-toi d'amis visionnaires, pas de ceux qui font la fête tous les week-ends. N'aie pas peur de rêver grand. Quelles que soient les difficultés, il y a toujours une solution. »
Quand le cancer frappe dans sa propre famille
Ce qui a tout basculé — la raison profonde de cet hôpital —, c'est le diagnostic de sa propre sœur. Un cancer des ovaires, à une époque où les traitements étaient limités et hors de prix au Kenya. « J'étais désespérée de trouver un hôpital, un médecin et des médicaments pour elle », confie-t-elle.
C'est cette détresse-là — celle qu'on connaît toutes et tous ici, celle du diagnostic qui tombe et de la course contre la montre pour trouver une prise en charge — qui a transformé une jeune femme boursière en pionnière de l'oncologie africaine. Son histoire ne parle pas seulement du Kenya. Elle parle de ce qui manque encore à des millions de femmes dans le monde: un accès digne aux soins, un diagnostic posé à temps, une équipe soignante formée.
Nous le savons, l'urgence n'est pas seulement médicale. C'est aussi celle de la reconstruction — physique et psychologique. Au CHU Donka, en Guinée, le Dr Bangaly Traoré a développé une technique de reconstruction mammaire pour aider les patientes à « se sentir mieux dans leur peau » et retrouver une forme naturelle après une ablation. Une initiative encore trop peu connue des femmes concernées, précise-t-il. Chaque geste compte. Chaque histoire aussi.

