L'équipe de la chercheuse en microfluidique Stéphanie Descroix reconstitue ainsi des mini-tumeurs en 3D pour tester, hors du corps humain, plusieurs traitements en parallèle. Pour les cancers du sein métastatiques et les formes triple négatif, qui représentent 15 % des cas, l'enjeu est d'identifier en quelques jours la thérapie la mieux adaptée à chaque patiente.
Au cœur de la puce
Le geste est précis, presque manuel. Après la biopsie, l'équipe récupère le fragment et toutes les cellules qu'il contient — cancéreuses comme immunitaires. Remélangé au collagène, l'échantillon devient une structure 3D, épaisse de quelques diamètres de cheveux, injectée au centre d'un petit compartiment transparent. Sur les côtés, quatre réservoirs: l'un pour le milieu nutritif, les autres pour les médicaments à tester. Quatre jours plus tard, en incubateur à la température du corps, un colorant distingue les cellules survivantes des cellules mortes. Le verdict tombe: sensibilité ou résistance au traitement, pour cet échantillon précis. À partir d'une seule biopsie, dix à trente puces peuvent être produites en parallèle, chacune accueillant un traitement différent à comparer.
Ce que cela change pour les patientes
À ce stade, les premières études montrent que dans 80 % des cas, les microtumeurs répondent aux traitements de la même manière que les tumeurs in vivo chez l'animal. Pour vérifier que ces prédictions se confirment chez la personne, un essai clinique sera lancé l'année prochaine. En parallèle, les chercheurs de Curie développent aussi des organoïdes: des cellules cancéreuses de patientes placées dans de petits tubes d'hydrogel où elles s'auto-organisent comme dans la tumeur. Exposées à plusieurs chimiothérapies standards, leurs réponses sont restituées sous forme de « tumorogrammes » pour identifier la meilleure option thérapeutique. Les puces ont la rapidité; les organoïdes permettent d'amplifier un échantillon réduit en très nombreuses copies, au prix d'un délai plus long.
Ce qu'il faut garder en tête, en tant que patiente ou proche
Plus de 61 000 cancers du sein sont diagnostiqués chaque année en France, dont plus de 3 000 — soit 5 % — chez des femmes de moins de 40 ans. En dix ans, l'incidence a augmenté de plus de 12 % chez les moins de 35 ans, comme le souligne Anne Vincent-Salomon, directrice de l'Institut des cancers des femmes. Le cancer triple négatif, plus agressif et qui touche particulièrement les patientes jeunes, reste un axe majeur de recherche à l'Institut. Concrètement, deux questions à poser lors d'une consultation en oncologie: l'établissement où l'on est suivi participe-t-il, ou participera-t-il, à l'essai clinique Curie prévu l'an prochain? Et, en attendant, quels sont les délais envisagés localement avant que ce type de test n'entre dans la décision thérapeutique au quotidien.

