Une fenêtre concrète s'ouvre pour les patientes atteintes d'un cancer du sein métastatique: selon l'Institut Curie et le CNRS, des tumeurs miniatures construites en laboratoire permettent aujourd'hui de tester, en quelques jours, la sensibilité de la tumeur aux traitements. Publiés dans Cell Reports Medicine le 28 août 2026, ces résultats « preuve de concept » dessinent un changement possible de pratique — avec un essai clinique attendu à l'Institut Curie dès 2027.
Une modélisation 3D, à l'échelle d'une puce
La technique, appelée « tumor-on-chip » en anglais, s'appuie sur la microfluidique. Les chercheurs prélèvent des cellules chez la patiente, puis reconstruisent, dans des systèmes miniatures, une modélisation tridimensionnelle de la tumeur. L'écosystème tumoral et ses paramètres physico-chimiques sont reproduits au plus près. L'idée n'est pas de recréer un organe entier, mais de comprendre comment la tumeur fonctionne, évolue — et surtout comment elle répond, ou résiste, aux différentes molécules thérapeutiques.
« Ce ne sont pas des organes à part entière que nous reproduisons, mais une modélisation tridimensionnelle de la tumeur, pour comprendre son fonctionnement, son évolution. Et notamment, comment elle répond, ou au contraire résiste, à différents traitements », précise Stéphanie Descroix, directrice de recherche CNRS, directrice adjointe de l'unité mixte de recherche Physique des cellules et cancers (Institut Curie / CNRS / Sorbonne Université) et co-directrice du PEPR MED-OOC.
Quatre jours, et une concordance élevée
Pour valider leur approche, l'équipe a comparé les résultats des puces à ceux de la méthode in vivo des xénogreffes dérivées de patientes — la référence actuelle. Pour la chimiothérapie, les conclusions sur puce ont rejoint celles des xénogreffes dans 88 % des cas; pour les anticorps conjugués, dans 91 % des cas. Le tout en quatre jours seulement, là où les autres modèles demandent beaucoup plus de temps.
« Certains de ces modèles présentent une limite majeure: le temps nécessaire pour les générer, incompatible avec une utilisation rapide en clinique, comme cela peut être nécessaire dans certaines situations. Grâce à nos tumeurs sur puce, on apporte une solution », insiste la chercheuse.
Ce que ça change au moment de la décision
Pour les cancers du sein métastatiques, il n'existe aujourd'hui que très peu de biomarqueurs pour orienter le choix du traitement. Pouvoir disposer, en quatre jours, d'un test fonctionnel de la réponse tumorale ouvre une autre manière de décider — au moment où la maladie évolue, et où chaque semaine compte. Avec plus de 61 000 nouveaux cas de cancer du sein recensés en France en 2023, et un stade métastatique où les options restent limitées, ce type d'outil répond à un besoin identifié de longue date par les équipes soignantes.
L'Institut Curie portera un essai clinique dont le démarrage est prévu en 2027. Pour les patientes et leurs proches, c'est une étape à suivre de près — autant que pour les soignants qui cherchent, au quotidien, à ajuster les décisions aux réalités de chaque tumeur.

