Son témoignage avait été publié dans un hebdomadaire daté du 9 au 15 décembre 2013, sous le titre: « Ablation du sein: pourquoi tant de femmes ne se font pas reconstruire? »
Cette publication l’avait laissée partagée. Elle se réjouissait que la reconstruction mammaire soit abordée dans un magazine destiné au grand public, mais demeurait prudente à l’égard des articles de presse: une parole peut être raccourcie, déplacée ou interprétée, parfois jusqu’à soutenir une idée que la personne interrogée ne défend pas. Avant d’accepter, elle avait donc demandé des garanties à la journaliste, échangé longuement avec elle par téléphone et relu plusieurs versions du texte. Elle avait ensuite donné son accord, sans pouvoir vérifier la présentation finale de son témoignage.
Une présence dans la presse grand public
Le dossier publié en 2013 consacrait l’essentiel de son développement à la reconstruction par DIEP. La Crabahuteuse reconnaissait l’intérêt de cet angle, tout en regrettant que d’autres possibilités aient été moins évoquées. Elle citait notamment le lipofilling, une approche qui, comme le DIEP, ne fait pas appel à un corps étranger et qui présentait pour elle l’avantage de ne pas ajouter nécessairement une nouvelle cicatrice importante au corps déjà marqué par les traitements.
Elle rappelait toutefois les limites du format journalistique. Même une double page ne peut pas présenter de manière complète toutes les techniques, leurs indications, leurs contraintes et leurs résultats possibles. À ses yeux, l’essentiel était que l’article invite les femmes à s’informer, sans transformer la reconstruction en obligation ni les pousser vers une décision uniforme.
Elle émettait aussi une réserve sur l’illustration choisie par la rédaction. La photographie représentait encore un sein non reconstruit selon les codes habituels de la représentation féminine. Ce choix lui semblait révélateur d’un malaise plus large: les corps opérés restent rarement montrés tels qu’ils sont, et les femmes ayant subi une mastectomie demeurent largement invisibles dans les images destinées au public.
La reconstruction immédiate ne convient pas à toutes
Dans son texte de 2013, La Crabahuteuse souhaitait rappeler plusieurs réalités souvent simplifiées dans les discours sur la reconstruction immédiate.
La première est que cette intervention n’est pas toujours réalisable. Des raisons techniques peuvent l’empêcher, et seul un échange précis avec l’équipe médicale permet d’évaluer la situation de chaque patiente. Il n’existe donc pas de solution valable pour toutes, ni de calendrier qui s’imposerait à chaque parcours.
La deuxième concerne la compétence du praticien. Une reconstruction immédiate peut être proposée ou réalisée dans un contexte où le chirurgien n’est pas un spécialiste de la chirurgie plastique réparatrice. La patiente doit pouvoir connaître les compétences de l’équipe, la technique envisagée et les résultats auxquels elle peut raisonnablement s’attendre.
La troisième touche à la décision de pratiquer l’ablation elle-même. La blogueuse s’inquiétait de voir des mastectomies augmenter dans certaines situations de lésions dites « in situ ». Elle reliait cette évolution aux débats sur le surdiagnostic associés aux campagnes de dépistage systématique. Son propos invitait surtout à ne pas considérer une intervention lourde comme une réponse automatique: chaque indication doit être discutée avec soin.
Elle attirait enfin l’attention sur les intérêts qui peuvent entourer le choix d’une méthode. Certains professionnels peuvent être plus familiers d’une technique que d’une autre et proposer d’abord celle qu’ils maîtrisent, sans que ce soit nécessairement la mieux adaptée à la personne. Elle ne prétendait pas que cette situation concernait la majorité des chirurgiens, mais estimait qu’une patiente avait raison de poser des questions et de demander plusieurs avis.
Le temps de la réflexion comme étape du soin
Son propre parcours avait commencé en 2008, lorsqu’elle avait dû subir l’ablation d’un sein. Elle avait immédiatement pensé à la reconstruction, principalement parce qu’elle ne parvenait pas à imaginer sa vie quotidienne avec une prothèse externe et les contraintes qu’elle lui associait.
Une rencontre avec un chirurgien avait pourtant modifié sa manière d’aborder la suite. Celui-ci lui avait présenté les différentes techniques disponibles et leurs conséquences, puis lui avait conseillé de prendre le temps de réfléchir. Ce conseil lui avait paru précieux. Une reconstruction ne fait pas disparaître automatiquement la souffrance liée à la mutilation, et le sein reconstruit ne correspond pas toujours à celui que l’on a perdu ni à l’image que l’on s’en était faite.
Elle avait donc entrepris de se documenter largement. Son choix s’était fondé sur sa morphologie, la qualité de sa peau et les traitements reçus. Elle avait finalement retenu une reconstruction par grand dorsal et recherché un chirurgien plasticien réparateur habitué à cette technique. Elle souhaitait également éviter les dépassements d’honoraires. Cette démarche avait été longue, mais elle lui avait permis de participer à la décision au lieu de la subir.
Après une récidive, la non-reconstruction
En 2010, une récidive avait rendu nécessaire l’ablation du sein reconstruit. Après ce nouvel épisode et un parcours médical déjà éprouvant, La Crabahuteuse avait décidé de ne pas entreprendre une autre reconstruction.
Elle décrivait une évolution progressive vers l’acceptation d’un corps asymétrique. Elle avait appris à le regarder avec davantage de douceur, même si le regard des autres restait difficile à supporter. Dans la société, le sein demeure fortement associé à la féminité, à la maternité et à la sexualité. Cette symbolique rend parfois difficile la reconnaissance du choix de vivre sans reconstruction.
La question pouvait également devenir conflictuelle dans la vie de couple. Malgré cela, elle expliquait avoir retrouvé la liberté d’aller à la piscine ou à la mer sans prothèse. Elle ne cherchait pas à convaincre toutes les femmes de suivre le même chemin. Elle défendait une idée plus simple: chacune doit pouvoir décider pour elle-même, après avoir reçu une information sérieuse et compréhensible.
Une information indépendante et contradictoire
La Crabahuteuse insistait aussi sur la nécessité de s’interroger sur les conditions dans lesquelles les professionnels se forment et actualisent leurs connaissances. Dans son billet de 2013, elle critiquait le financement de certaines formations continues par des laboratoires ou des groupes industriels, ainsi que l’influence possible de cette proximité sur l’information médicale disponible.
Elle appelait les patientes à rester attentives aux éventuels conflits d’intérêts, sans en conclure que les médecins agissaient systématiquement de mauvaise foi. Un conseil peut être sincère tout en étant influencé par les habitudes professionnelles, la formation reçue ou la technique que le praticien connaît le mieux. Demander des explications, solliciter un autre avis et comparer les options lui semblaient donc des démarches légitimes.
Le DIEP et les controverses médiatiques de 2014
Le dossier de 2013 mettait en avant le professeur Laurent Lantiéri, présenté comme une figure importante du développement de la reconstruction par DIEP. La Crabahuteuse reconnaissait la place de cette technique dans le paysage de la reconstruction mammaire, tout en souhaitant apporter des nuances sur le praticien et son environnement.
Elle rappelait que certaines femmes avaient été opérées dans son service sans que cela signifie nécessairement qu’il les ait opérées lui-même. Elle indiquait également que certaines patientes avaient renoncé après avoir pris connaissance de dépassements d’honoraires annoncés.
Dans une actualisation datée du 14 février 2014, elle renvoyait ses lectrices vers plusieurs articles de presse consacrés aux controverses entourant le professeur: un article du Quotidien du médecin évoquant sa suspension d’exercice libéral, ainsi qu’un sujet de France Info consacré à une sanction de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris. Elle mentionnait aussi un entretien publié dans Le Figaro le 14 février 2014, dans lequel le professeur estimait être pris pour cible en raison de son caractère très direct.
La blogueuse contestait que cette présentation suffise à clore le débat. Elle rapportait avoir reçu des messages et lu des témoignages faisant état de dépassements d’honoraires demandés à des femmes traitées pour un cancer du sein. Elle invitait chacune à examiner ces éléments avec discernement, sans présenter ces récits comme une vérité générale.
Transmettre une expérience, pas imposer une voie
À travers son forum, son blog et le livre qu’elle disait en avoir tiré, La Crabahuteuse cherchait à soutenir les femmes confrontées au cancer du sein. Son témoignage ne constituait ni une recommandation systématique de la reconstruction ni une défense de la non-reconstruction.
Il rappelait plutôt que les décisions sont personnelles, médicales et évolutives. Reconstruction immédiate ou différée, choix d’une technique particulière, recours à une prothèse ou absence de reconstruction: aucune de ces options ne devrait être imposée par les normes sociales, la peur ou la précipitation.
Conclusion
Le témoignage publié entre 2013 et 2014 défendait une conviction centrale: la reconstruction mammaire est une possibilité, jamais une obligation. Pour choisir, encore faut-il disposer d’informations variées, comprendre les conséquences des différentes options et pouvoir prendre le temps nécessaire.
Respecter les femmes concernées, c’est reconnaître la diversité de leurs parcours et leur droit à une décision éclairée. C’est aussi admettre qu’après un cancer, un corps ne se définit pas par la présence d’un sein reconstruit. Choisir de reconstruire, choisir d’attendre ou choisir de ne pas recommencer sont des décisions qui méritent la même considération.

