Plus de 12 600 heures de vol, dont la moitié environ de nuit: c'est l'exposition professionnelle documentée dans le dossier de Sophie Lainault, ancienne hôtesse puis chef de cabine chez Air France, dont le cancer du sein a été reconnu maladie professionnelle par le tribunal judiciaire de Bayonne. La décision, rendue début juillet et annoncée le 25 août par son avocate et la CFDT, constitue, selon les informations rapportées par l'Agence France-Presse et relayées par La Dépêche, une première dans le secteur aérien en France.
Devenue définitive faute d'appel, cette reconnaissance fait suite à deux refus successifs de comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles, qui estimaient le lien entre la pathologie et l'activité professionnelle non établi.
Les trois facteurs d'exposition retenus
Le tribunal s'est appuyé sur trois ordres d'expositions directement liés au métier.
Le premier est le travail de nuit répété. Les données épidémiologiques associent le travail posté nocturne à une hausse du risque de cancer du sein, en lien avec la perturbation des rythmes circadiens — l'horloge biologique interne — et de la sécrétion de mélatonine, une hormone impliquée dans la régulation du sommeil.
Le second facteur est l'exposition aux rayonnements cosmiques, c'est-à-dire les rayonnements ionisants d'origine solaire et galactique naturellement présents en altitude, dont l'intensité croît avec l'altitude de croisière.
Le troisième est le tabagisme passif. Le tabac était autorisé à bord des avions Air France jusqu'en 2000. Le dossier médical de Sophie Lainault ne présentait pas de facteur de risque personnel identifié pour expliquer la maladie.
Ce que cette reconnaissance change concrètement
Pour Sophie Lainault, la décision ouvre l'accès à une indemnisation rattachée au régime des maladies professionnelles. Au-delà du cas individuel, la CFDT indique qu'une trentaine de dossiers analogues sont actuellement à l'étude, ce qui suggère un effet d'entraînement dans la profession. Selon son avocate, Me Élisabeth Lerou, le tribunal s'est appuyé sur les études scientifiques et épidémiologiques existantes pour établir le lien entre le cancer du sein et les trois expositions professionnelles retenues.
Pour les lectrices et lecteurs concernés, plusieurs démarches peuvent être envisagées: rassembler l'ensemble du carnet de vol (heures totales, horaires, long-courriers), consulter un médecin du travail ou un avocat spécialisé en droit social pour évaluer la faisabilité d'une demande, et se rapprocher des syndicats ou associations qui accompagnent les personnels navigants dans ce type de procédure. Ce précédent judiciaire crée désormais une référence mobilisable dans les dossiers à venir.
Ce qu'il faudra suivre
La trentaine de dossiers similaires en cours d'examen permettra de mesurer si cette première décision fait jurisprudence. Du côté d'Air France, la compagnie a réaffirmé que la santé de ses salariés restait « un impératif absolu », sans annoncer de mesure spécifique à ce stade. Les associations de personnels navigants et les avocats spécialisés surveilleront également les suites données à d'autres contentieux potentiels impliquant le travail de nuit ou les rayonnements cosmiques.

