Elle avait quarante ans. Tout l'air de ses poumons s'est échappé d'un coup.
Plus de douze ans plus tard, cette habitante de Guelph s'apprête à ramer en France. Elle fait partie des Dragonflyers, une équipe de dragon boat basée à Waterloo et composée exclusivement de survivantes du cancer du sein — vingt-quatre pagaies venues de Guelph, Cambridge, Kitchener, Waterloo et des environs. Du 24 au 30 août, elles représenteront le Canada à Aix-les-Bains, dans les Alpes françaises, au milieu de quelque 4 500 survivantes venues de 37 pays.
Le moment où tout bascule
Olsen se souvient avec précision de l'instant où sa vie a changé. Elle avait déjà pressenti quelque chose. Mais entendre les mots a creusé un silence qu'elle n'arrivait pas à remplir. Il a fallu trois ou quatre minutes pour qu'elle pousse physiquement les mots « j'ai un cancer ». « Et je les ai poussés physiquement », dit-elle.
Pendant des années après le diagnostic, elle a compté en survie courte: cinq ans, peut-être dix. Le chiffre changeait selon les jours. Ce qui l'a tenue, c'est ce qui vient souvent après les traitements — quand l'agenda médical se vide et que l'identité de patiente n'a plus de cadre où s'inscrire.
« C'est un peu une perte de soi parce que votre identité a changé », explique-t-elle. « Vous êtes passée de la personne qui poursuit activement son traitement à: "Eh bien, mon traitement est terminé. Et maintenant?" »
Une équipe qui n'a pas besoin d'explications
C'est dans la pépinière Royal City Nursery, dont Olsen est propriétaire, qu'une membre des Dragonflyers lui a parlé de l'équipe pour la première fois. Il y a trois ans. Elle a rejoint.
Aujourd'hui, l'équipe compte des femmes de 28 à 77 ans. Ce qu'Olsen y a trouvé, c'est ce qui manque souvent après la fin des traitements: un cercle de gens qui comprennent sans qu'il faille tout repréciser. « C'est une équipe remplie de personnes envers qui je n'ai pas besoin de demander du soutien. Elles savent, tout simplement », confie-t-elle.
Ramer ensemble, ailleurs qu'à l'hôpital
Le voyage à Aix-les-Bains n'est pas une performance sportive au sens classique. C'est une déclaration. Quand Olsen regarde les femmes plus âgées continuer à ramer, elle pense aussi aux plus jeunes à bord. « C'est un groupe qu'on ne souhaite pas voir grandir trop vite », glisse-t-elle doucement.
Pour celles qui lisent ces lignes depuis la France et qui sont dans l'après-traitement, ce récit pose une question simple, presque une invitation: quel est le lieu, le sport, le collectif où vous n'aurez pas à tout réexpliquer?

