Survivante d'un cancer du sein diagnostiqué à 32 ans au Nigeria, elle brise aujourd'hui le silence que la maladie impose encore à des milliers de patientes. « On m'a dit de garder mon diagnostic privé, mais je suis déterminée à montrer la réalité du cancer du sein et à refuser la stigmatisation qui empêche les femmes de se faire soigner », confie-t-elle au Guardian.
La salle d'attente, en 2017
Il est tard dans une clinique nigériane. Gloria, 32 ans, trois enfants, vient de décrocher son diplôme universitaire. Le médecin lui tourne le dos, occupé à scruter un flacon de prélèvement. Puis il lance, sans même se retourner: « M adam, this looks like breast cancer, and if it is, we will chop off your breast. »
Tout s'arrête. Elle pense à ses enfants, aux nuits passées à la bibliothèque de l'université, à ce futur qu'elle s'était dessiné. Sept jours plus tard, la biopsie confirme: il faudra une mastectomie. Sa mère veut faire annuler l'opération, persuadée qu'un guérisseur peut la sauver. Ses amies l'entraînent dans les églises — la foi suffirait, disent-elles. Gloria cède d'abord à la panique: elle refuse la chimiothérapie, se tourne vers les « wonder foods » — concombre, corossol, épices, racines. Seize mois après la mastectomie, le cancer récidive. Une tante qui se disait guérie par les simples meurt. D'autres parentes, du côté maternel, sont parties avant elle, dans le même silence.
Quand la honte pèse plus lourd que la tumeur
Le ministère nigérian de la Santé, cité par le Guardian, recense environ 127 000 nouveaux cas de cancer chaque année, pour près de 80 000 décès. Le cancer du sein représente environ 23 % des cancers féminins au Nigeria — et le pays affiche, selon ces données, le taux de mortalité par cancer du sein le plus élevé d'Afrique.
Dans les zones rurales, beaucoup de cas n'arrivent jamais à l'hôpital. La maladie reste tapie derrière la honte, nourried de myths et de peur, parfois jusqu'à l'abandon par la communauté. La connaissance des antécédents familiaux, quand elle existe, arrive souvent trop tard — comme pour Gloria, qui n'a compris qu'après la mort de sa tante que d'autres femmes de sa lignée avaient disparu du cancer sans en parler.
Ce qu'on emporte avec soi
Gloria a fini par accepter la chimiothérapie. Elle a commencé par là où tant d'autres n'osent pas aller: dire à voix haute, nommer, refuser le silence. Pour celles qui lisent ces lignes au milieu d'un parcours de soins, son histoire est une main tendue. Pour les autres, c'est un rappel très concret — celui d'un dépistage à programmer, d'une conversation à ouvrir avec un proche qui s'isole, d'un coup de fil à passer à une amie qu'on n'a pas rappelée depuis longtemps.

