C'est dans la cuisine familiale d'Abertridwr, près de Caerphilly, que Rhiannon Thomas a posé la tondeuse sur la table un jour d'hiver dernier. Sa fille de neuf ans a coupé ce qui restait, comme une coiffeuse enjouée, avant qu'elle ne finisse elle-même. Ce rituel minuscule, raconté par la BBC, est l'un des onze portraits de la campagne BOLD de la Pink Ribbon Foundation: des femmes galloises photographiées après une perte de cheveux due à la chimiothérapie, qui choisissent de célébrer la résilience plutôt que le deuil.
Le miroir et la cuisine
Tout commence dans une douche, en novembre 2025. Rhiannon découvre une boule. Quelques semaines plus tard: mastectomie, puis chimiothérapie, et les mèches qui commencent à tomber. Mère de deux filles de quatorze et neuf ans, elle redoute surtout le moment d'en parler.
« Comment on dit à ses enfants? J'avais tellement peur de simplement leur annoncer », glisse-t-elle à la BBC.
Elle choisit alors de transformer le rasage en jeu domestique, avec sa cadette aux ciseaux. La scène, filmée sur son téléphone, montre la famille qui rit. Puis, seule devant la glace, le visage se décompose: « Je me souviens avoir regardé dans le miroir et avoir pleuré, parce qu'on ne se reconnaît plus. » Ses parents, à la première visite, gardent le silence. Elle sortira ensuite en foulard, longtemps.
L'objectif de la campagne BOLD remet les choses à leur juste place, dit-elle: « Pour la première fois, je me trouve jolie, je me vois confiante et forte. C'est surprenant, la force qu'on trouve quand on traverse une période aussi dure. »
Une autre maison, un autre souffle
À St Athan, dans le Vale of Glamorgan, Sam Gronow-Walters, quarante-quatre ans, infirmière en santé mentale et mère d'une fille de vingt ans et d'un garçon de treize, connaît la même scène par cœur. Diagnostiquée pour la première fois d'un cancer du sein triple négatif il y a cinq ans — chimiothérapie intraveineuse, tumorectomie, radiothérapie, puis chimiothérapie orale —, elle voit la maladie revenir sept mois plus tard. En 2024, les poumons. En juillet dernier, le foie et les ganglions.
Au moment du rasage, son fils lui demande une mèche devant, en hommage à la coupe brésilienne de Ronaldo lors de la Coupe du monde 2002. Elle accepte.
« Pour moi, c'est un souvenir joyeux, explique-t-elle à la BBC. Il verra que même quand je suis malade, je peux encore m'amuser, sourire, rendre mes enfants heureux. »
Ce que ces voix ouvrent
Ces deux récits ne sont pas isolés. Ils rejoignent une constellation plus large — campagnes, conférences, témoignages de Burlington à City of Hope — qui cherchent à honorer le parcours des survivantes sans le réduire à un slogan. À La Crabahuteuse, on sait que la résilience n'est ni spectaculaire ni lisse. Elle se voit dans une cuisine, une tondeuse posée, une coupe improvisée par une enfant. Elle se reconnaît aussi dans ce que le miroir renvoie un matin — et qu'on finit, parfois, par regarder autrement.

