Quand le soutien tient la traversée: le récit de Mary Zoller face au cancer du sein triple négatif
Ancienne infirmière, elle a transformé ce diagnostic en un livre ouvert à d'autres femmes. Son témoignage dit quelque chose de simple: personne n'a à traverser cette épreuve seul.
Écrire, puis partager
Mary Zoller a commencé à tenir un journal dès les premières semaines de traitement. Elle y notait des versets, des chansons, les paroles de celles et ceux qui l'encourageaient. « J'ai réalisé que j'avais besoin d'écrire pour me rappeler que Dieu était bon et fidèle », confie-t-elle.
Le carnet n'était pas destiné à être lu. C'est une amie qui, découvrant l'existence de ces pages, lui a fait une autre proposition: « Une précieuse amie a découvert que je tenais un journal et elle a suggéré que mes écrits personnels, qui n'étaient destinés qu'à moi, pourraient aider quelqu'un d'autre à se sentir vu, soutenu et encouragé dans un parcours difficile. »
Mary Zoller a alors retranscrit ses notes manuscrites et en a fait un livre, Dear Family, Friends and Prayer Warriors, disponible aujourd'hui en librairie. Elle y raconte ses « prayer warriors » — des membres de sa famille, des amis, des connaissances, et même des inconnus qui priaient pour elle avec une précision quotidienne.
« Ce sont des gens qui voulaient connaître mon parcours et prier spécifiquement, en détail, pour ce dont j'avais besoin et ce avec quoi je luttais, explique-t-elle. Savoir que ces personnes priaient pour moi a été une source d'encouragement essentielle tout au long de mon parcours. »
Ce que le « soutien » recouvre vraiment
Raconter l'épreuve, c'est aussi nommer ce qui manque trop souvent. Une étude de l'Université Griffith, publiée dans The Journal of Sex Research, a interrogé 31 survivantes du cancer du sein âgées de 32 à 72 ans. Les chercheuses et chercheurs y proposent un modèle en trois niveaux pour comprendre la réadaptation intime et sexuelle après les traitements.
Premier niveau: les perturbations incarnées — douleurs, sécheresse vaginale, baisse du désir, cicatrices, image du corps modifiée. Deuxième niveau: la dynamique relationnelle — la place du conjoint ou de la partenaire, sa capacité à écouter, à rassurer, à maintenir le lien. Troisième niveau: les influences culturelles et médicales — le silence fréquent des soignants sur la sexualité, la honte qui s'installe quand personne n'ouvre la porte.
« La récupération sexuelle n'est pas un enjeu purement médical, elle est aussi physique, émotionnelle, relationnelle et sociale », résume Mina Esmkhani, autrice principale. Sa collègue Charrlotte Seib insiste: « Les femmes qui rapportaient de l'empathie, de la rassurance et un soutien émotionnel avaient plus de chances de s'adapter positivement. Cela montre que les partenaires ne sont pas des observateurs passifs: ils peuvent amortir la détresse ou l'intensifier par l'évitement, le silence ou le malaise. »
Pour le chercheur principal Armin Ariana, le message est sans détour: « La santé sexuelle doit être intégrée aux conversations de routine en oncologie, et non traitée comme un sujet facultatif que la patiente doit elle-même aborder. »
Un premier pas, à portée de main
L'étude identifie trois trajectoires possibles après les traitements — disruption durable, ajustement progressif, reconquête de soi. Trois chemins différents, un même besoin d'être reconnue dans toutes les dimensions de ce qui a changé.
Pour celles qui cherchent où commencer, trois gestes simples dessinés par ces témoignages: ouvrir un carnet, même une page par jour; choisir une personne de confiance à qui confier ce qui s'y écrit; oser poser, à un soignant, la question que personne ne pose. Mary Zoller, elle, a commencé par une page blanche.

