Selon le reportage de Vogue Philippines consacré au Patient Power Summit 2026 organisé à Manille par la fondation ICanServe, cinq patientes — et un patient — ont livré ce que le cancer du sein fait au corps, au temps, aux autres. Un photographe a appris sa maladie par un scanner prescrit pour un autre cancer. Une femme a perdu la vue en quelques mois, puis l'a retrouvée. Une autre a annoncé sa rémission le 20 août, après huit cycles de chimiothérapie.
Ce que ces voix déposent
Le photographe Wig Tysmans a appris qu'il était atteint d'un cancer du sein lors d'un examen pour un autre cancer. Deux diagnostics en six mois. Il prend du tamoxifène depuis cinq ans; la détection précoce lui a évité la chimiothérapie. Lui qui représente ce un pour cent d'hommes concernés, il le rappelle: un examen peut en cacher un autre, et la précocité change tout. Pour notre communauté, c'est un rappel utile: le sein n'a pas de genre quand il s'agit de le surveiller.
Aileen Pascual, navigatrice pair, a vu sa maladie basculer du stade 1 au stade 4 en quelques mois, en 2023. Elle a perdu la vue, elle a eu besoin d'une canne pour marcher. Son corps a été le premier théâtre de la maladie, puis le premier à retrouver quelque chose. Depuis l'arrêt de son traitement, en octobre dernier, la neuropathie s'est estompée, la vue est revenue. Elle confie que c'est au cœur de l'épreuve que l'engagement vers d'autres patientes a pris tout son sens.
Cathy Sanchez Babao, bénévole de plus de vingt ans chez ICanServe avant son propre diagnostic, a terminé huit cycles de chimiothérapie. Le 20 août, elle a annoncé qu'elle était en rémission. Elle résume ce que l'association lui a apporté: le plus grand don n'est pas l'information, c'est la compagnie. Quand la peur vous saisit, quelqu'un à vos côtés peut être aussi soignant qu'un médicament.
L'enseignante en maternelle et créatrice de contenu Celine Cornejo se souvient d'une question de son médecin: si vous pouviez choisir, vous prendriez le cancer ou un accident de voiture? Elle a choisi le cancer. Parce qu'avec le cancer, on a le temps — le temps de dire au revoir, le temps de choisir ce qu'on fait de ce temps-là.
Ce qui peut nous habiter, ici
Kara Magsanoc-Alikpala, présidente fondatrice d'ICanServe et survivante elle-même, tient une formule qui circule dans toutes les associations de patientes: rien sur nous sans nous. Pour elle, les malades ne doivent pas seulement bénéficier des programmes: elles doivent en être les co-conceptrices.
Trois gestes concrets traversent ces parcours et trouvent un écho pour notre communauté:
- Demander un bilan complet quand un cancer est détecté chez un homme, ou quand un homme sent quelque chose d'inhabituel au niveau du sein. Le parcours de Wig Tysmans le montre sans détour.
- Garder le lien entre pairs après l'annonce, pas seulement pendant les soins. Cathy Sanchez Babao le dit avec justesse: la compagnie, pas seulement l'information.
- Trouver sa place face au temps qu'il reste, ou qu'on espère. Celine Cornejo en a fait un choix actif: le temps de dire au revoir peut devenir un temps de vivre, à condition qu'on l'habite.
Ces voix venues des Philippines ne donnent pas de leçon. Elles tendent une main discrète, et c'est déjà beaucoup. À nous de la prendre, ou de la tendre à notre tour, dans nos propres cercles.

