La petite coquille

La coquilleÀ part pour rendre hommage à Raquetamore et à son expert au mois d’avril, je n’ai pas ouvert le p’tit journal depuis deux ans. Si il y a bien un domaine dans lequel la dépression est autrement plus efficace que le crabe, c’est dans le coupage de chique. Je ne vais pas avoir le courage de te raconter ce cauchemar là dans le détail et je ne suis pas convaincue  que l’exercice soit  hautement thérapeutique, donc vu que j’ai retrouvé ma langue, je me contenterai de te raconter le dernier épisode au centre Lalimande, là où se déroule mon suivi imagerie et charcuterie (pour l’évolution des bébés de Carcimore et des potions magiques vouées à l’infanticide massif, je te renvoie à mon joli pedigree).

Donc lundi de la semaine dernière, c’était séance photos. Celle du mois de janvier 2016 était plus qu’encourageante vu que le nouveau traitement mis en place depuis seulement trois mois à l’époque avait déjà décimé une bonne partie de l’Armada.  Confiantes, ma crabologue en chef (le Docteur Arlésie) et moi avions donc décidé d’espacer à six mois le bombardement de rayons X. Bon, quand je dis « Confiante », c’est une image hein, parce que comme d’hab, quand la date du contrôle de la pétoire approche, t’as beau avoir quelques kilomètres au compteur, tu préférerais VRAIMENT aller faire une p’tite virée avec Oui-Oui plutôt que d’aller te faire tirer le portrait, mais bon, quand faut y aller, faut y aller, si le trouillomètre à zéro était un billet d’excuse valable à Craboland, ça se saurait.

Au programme, scanner thoracique de contrôle plus mammographie : ne mégotons pas, doublons le plaisir.

Après avoir ingurgité, à jeun, la merveilleuse mixture des produits de contraste, je rentre en cabine, me plie au cérémonial de la vérification d’identité, fais semblant d’écouter les avertissements d’usage de l’hôtesse de l’air de la manipulatrice et plonge dans  le « Respirez. Ne respirez plus » en essayant de penser aux p’tits bonheurs de ma dernière escapade.

Comme d’habitude, une fois que le Doc Doineau a terminé l’analyse de ses clichés, il me rejoint dans le petit sas prévu pour les annonces de diagnostic.

- Bonjour Madame Bénardeau. Hum… Vous êtes en traitement actuellement ?

Pfiou. C’est le problème des vieilles routardes qui n’ont pas encore Alzheimer. Elles connaissent leurs Docs par coeur ainsi que leurs phrases d’accroche. Celle-là, elle est pas bonne. La suite, c’est invariablement :

- Bon, heu… Il va malheureusement falloir revoir votre oncologue car il n’est manifestement pas assez efficace. Elle ré-axera très probablement les traitements car il y a quelques nouvelles lésions qui apparaissent là et là et une légère majoration de celles qui existaient déjà.

- … J’ai rendez-vous avec elle dans huit jours, nous verrons ça ensemble.

- Bon courage Madame Bénardeau

- Merci

D’habitude, à ce stade, je retourne en salle d’attente le temps que le compte-rendu écrit soit édité, mais Mister mammo m’attend pour le contrôle de mon néné survivor.

Re-déssapage, re-cérémonial, compressage de boob, une fois, deux fois, trois fois.

- Je vais montrer les images au radiologue et je reviens.

Poireautage.

Réapparition de la manipulatrice

- Le médecin aimerait avoir trois clichés supplémentaires.

Gloops. Ça non plus, j’aime pas vraiment. Ça me rappelle des épisodes moyen moins.

Re-compressage.

Re-poireautage

Entrée du Doc.

- Bonjour Madame, on va passer en salle d’échographie si vous voulez bien.

Serrage de kiki. Clichés supplémentaires. Écho complémentaire. Les warning clignotent.

Encaisser la nouvelle du scan plus le suspens pour seinsain fendille la digue et les larmes commencent à faire papillonner mes essuie-glace. Voyant qu’un petit kleenex va lui être bientôt taxé, le Doc, plein de sollicitude, me demande :

- Cela vous inquiète ?

Le pauvre. La question achève mes nerfs mais au lieu de me transformer en fontaine, un éclat de rire jaillit de je ne sais où…

- Euh. Oui. Je sors du scanner et les nouvelles ne sont pas merveilleuses. Je ne voudrais pas que vous m’annonciez une angoisse bilatérale. Je n’aime pas beaucoup les clichés bonus et les échos surprises.

- Ah mais non, je vérifie juste de plus près l’apparition de ce qui à priori est un nouveau kyste. Je n’ai pas beaucoup de doutes mais je dois vérifier dans votre contexte.

La pression baisse d’un cran.

- Allons-y vite alors…

Tartinage de néné, écho.

- Tout va bien. De mon côté, les nouvelles au moins sont bonnes. Je classe tout ça en ACR2.

Sourire

- Parfait. Si je n’étais pas en ALD, je vous paierais la consult.

Sourire

Ressapage.

Je n’ai plus qu’à récupérer le CR du scanner et de la mammo et je fonce rattraper le sommeil que je n’ai pas eu cette nuit.

Mais. Je suis à Craboland. Et le petit grain de sable pour foutre tes projets en l’air, à court, à moyen ou à long terme, n’est jamais bien loin.

Après avoir récupérer le premier CR et en attendant le second, j’ai l’idée (saugrenue) d’en entamer la lecture. Arrivée à la conclusion, ma cervelle de piaf bloque. Je lis. Relis. Retourne en arrière dans le détail. Non, je n’hallucine pas. Il y a bien une coquille, mais je ne sais pas si elle se situe en première  ou en deuxième page.

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A froid, l’analyse n’était pas bien compliquée à faire, mais à ce stade de la virée, tu es plutôt au chaud-bouillant. J’essaie de retrouver le Dr Doineau, mais pffffttt, l’heure a tourné et il est déjà parti déjeuner of course.

Je m’assoie et essaie de rassembler mes neurones.

On est lundi. Le Dr Alphange est sûrement encore en consult à 50 m de là. J’appelle. Lui explique la situation.

- Ne bouge pas, j’ai fini dans 5 minutes. J’arrive.

Eh ouais. Le Doc Alphange me tutoie. Bac plus 15 en cancéro dans le même service, ça crée des liens. On obtient le carré VIP qu’on peut.

Il arrive, prend la littérature en main et comme moi, fronce les sourcils, revient en arrière, relit.

- Écoute, je pense que la coquille est dans la conclusion. Si il y avait apparition de métas osseuses, il y aurait une localisation précisée. On va prendre un café puis tu vas rentrer chez toi. Je vais essayer de trouver Doineau et dès que je le trouve, je t’appelle. Je suis au bloc cet après-midi, mais je vais bien réussir à le trouver entre deux opérations.

Là, tu ne te rends peut-être pas compte, mais j’ai bénéficié d’un immense bol. J’ai obéi, pris ma titine, suis retournée au bercail et n’ai attendu que 5h entre la découverte du couac et le fin mot de l’histoire (Aucune méta osseuse à l’horizon). Dans 99,99% des cas, le  thriller aurait été beaucoup plus longuet.

Autant te dire que la sieste prévue a été remplacée par une belle séance de vérifications compulsives de l’écran de mon téléfon en attendant qu’il son.

Huit jours d’insomnies plus tard, je sors de chez le Dr Arlésie

Je ne vais pas pousser le bouchon jusqu’à te dire que c’est une bonne nouvelle (je ne voudrais pas m’arracher la mâchoire keumême), mais de tous les lapins qu’elle pouvait sortir de son chapeau, elle m’a sorti le moins…heu… nuisible? Dès demain, je double la dose de mon traitement actuel. Je devrais donc « juste » (comme dit la dame) avoir une majoration des effets secondaires (Aaarg). C’est toute la force du crabe, avec sa loi de la relativité,  il arrive presque à te faire passer une grosse tartine de m…biiip  pour un dessert de chez Ma, ni vu, ni connu que j’tembrouille .

On garde donc les chimios classiques pour une éventuelle invasion ultérieure plus massive, on remet les scanners tous les 3 mois et on avise en fonction de l’évolution. Je garde donc avec … euh… joie? mon budget actuel de shampoing et je peux laisser ma bassine jaune à la remise (champagne!!!!)  . On croise les pinces pour que la prochaine séance photos soit plus…moins… enfin bref, tu comprends quoi.

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  6 comments for “La petite coquille

  1. juillet 13, 2016 at 9 h 29 min

    C’est un parcours déjà si difficile, rendu encore plus compliqué par ces « petites bourdes » ou autres paroles souvent négligemment jetées… c’est tellement regrettable :(
    Je croise les doigts pour que tu supportes au mieux le traitement.
    Et je t’envoie mes meilleures pensées !!!
    Bises

  2. juillet 13, 2016 at 10 h 19 min

    C’est vraiment une histoire de dingue, cette coquille, mais du coup, sais-tu d’où ça sort ? Un « maladroit » copié-collé ?
    La remarque du radiologue « Ca vous inquiète ? » est d’une naïveté, mais tu as le même que moi ? Ils s’étonnent (sincèrement) de nous voir inquiètes ha ha. Plein de pensées +++ pour toi <3

    • admin
      juillet 13, 2016 at 10 h 40 min

      Non, je n’ai pas fait mon enquête et en fait, cela ne m’intéresse pas vraiment. Je ne me transforme en Limier-Pitbull que lorsqu’il y a maltraitance manifeste et volontaire ou fieffé c… à l’horizon. Ici, tout le monde est gentil et plutôt prévenant. Je pense que c’est bêtement un problème de dictaphone ou de mauvaise retranscription. Vu que l’erreur a été signalée et que le CR a du être refait (histoire que le fail ne remonte pas jusqu’à ma crabologue), quelque soit le responsable, il aura déjà eu sa ronflante. La secrétaire par le radiologue, le radiologue par mon chir. Quant à la question de l’échographe, je ne sais pas si c’est de la naïveté ou un moyen un peu maladroit mais bienveillant de me faire cracher ma Valda. Je ne voudrais pas être à leur place, nous sommes des boules de stress ambulantes et le moindre mot, de travers ou pas (qui n’aurait aucune conséquence chez d’autres patients) nous met à l’envers.

  3. juillet 13, 2016 at 10 h 43 min

    Faire des clichés radios et s’appeler Doineau, c’est un comble tout de même :) Il manquait sans doute le « s » pour que les conclusions du scan soient parfaites. Prends soin de toi Hélène – bises

    • admin
      juillet 13, 2016 at 12 h 57 min

      Nan mais Doineau, c ‘est moi qui le baptise :-D . Je ne vais quand même pas mettre les véritables noms de mes soignants, un peu d’intimité quand même ;-)

  4. Biquette
    août 1, 2016 at 8 h 57 min

    C’est tellement vrai que nous sommes des sortes de boules de nerfs, hérissées d’antennes, hyper-sensibles au moindre mot voire à la moindre intonation dans une phrase, cherchant à interpréter le moindre regard ou absence de regard, un toussotement peut nous glacer d’effroi, un silence prolongé et nous sommes persuadés qu’une catastrophe est certaine…
    Je connais tellement ce que tu ressens que je compatis vraiment sincèrement à ce que tu vis! J’ai la chance d’affronter quasi chaque fois les examens et les RV médicaux avec mon chéri, ça me donne plus de force et au moins on peut en parler après pour confronter nos ressentis.
    Je te souhaite un bel été! Bises…

  5. Biquette
    août 1, 2016 at 8 h 58 min

    C’est tellement vrai que nous sommes des sortes de boules de nerfs, hérissées d’antennes, hyper-sensibles au moindre mot voire à la moindre intonation dans une phrase, cherchant à interpréter le moindre regard ou absence de regard, un toussotement peut nous glacer d’effroi, un silence prolongé et nous sommes persuadés qu’une catastrophe est certaine…
    Je connais tellement ce que tu ressens que je compatis vraiment sincèrement à ce que tu vis! J’ai la chance d’affronter quasi chaque fois les examens et les RV médicaux avec mon chéri, ça me donne plus de force et au moins on peut en parler après pour confronter nos ressentis.
    Je te souhaite un bel été! Bises…

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