Avastin sur la sellette, good or bad news?

Avastin

Cher lecteur, si tu veux bien comprendre les enjeux du thème abordé dans ce billet, je te conseille de commencer par la lecture de celui-ci : Indignation en soldes

Récemment, tu n’as pas pu passé à côté de l’appel des 110 cancérologues, publié le 14 mars 2016, relayé par moult médias. Normal. L’envolée des prix de certains traitements anti-cancéreux, l’éventuelle remise en question de leur remboursement, ne peut qu’inquiéter beaucoup de monde car malades comme accompagnants, soignants comme soignés, nous avons tous, de manière plus ou moins directe, eu maille à partir avec le cancer. Ajouter de la galère financière (déjà assez présente) au cortège de souffrances, de peurs et de deuils que génère cette maladie est une perspective qui ne peut qu’émouvoir ou indigner le citoyen français. En effet, globalement, je pense ne pas trop m’avancer en affirmant que ce dernier ne rêve pas particulièrement de voir son système de santé, basé sur la solidarité nationale, rejoindre le modèle anglo-saxon, qui repose davantage sur l’épaisseur du porte-feuilles de chaque patient et de sa capacité toute personnelle à se couvrir les fesses.

Concernée en premier lieu, je suis donc cette affaire  de déremboursements éventuels avec une oreille attentive, histoire de savoir à quelle sauce les crabahuteux risquent d’être mangés.

Il y a quelques jours, j’ai haussé un sourcil en voyant sur la page facebook d’une consoeur blogueuse la question suivante : « Est-ce que l’une de vous est sous Avastin ? C’est pour témoigner dans l’émission d’Yves Calvi dimanche, face à Marisol Touraine, au sujet du déremboursement de ce médicament. »

Isabelle ne faisait ici que relayer, au mot près, une demande de Céline Dufranc, Rédactrice en chef adjointe santé, à Rose magazine. Je n’ai pas été sollicitée de mon côté pour aider au recrutement : peut-être parce qu’il n’était pas nécessaire de contacter toutes les blogueuses crabahuteuses de la toile, peut-être parce que je ne ménage Rose Magasine ni sur son mon compte twitter ni sur ma page facebook, ou peut-être  tout simplement que l’article que j’ai publié sur Avastin et les conflits d’intérêts qui tournent autour de ce  traitement m’éliminait d’office de la liste. Va savoir… Et peu importe.

Toujours est-il que l’idée d’envoyer une patiente sous Avastin sous les feux de la rampe pour témoigner dans le cadre de cette question de déremboursement , m’a …heu… semblée légèrement déplacé …

Peut-être que Céline Dufranc a fait cette démarche en toute bonne foi. Peut-être est-elle convaincue de l’efficacité de ce traitement. Peut-être n’est-elle pas au courant ?/agacée ? des tarifs appliqués par le laboratoire Roche pour ce produit. Peut-être que le témoignage recherché n’est pas fait pour faire pleurer dans les chaumières sur la « catastrophe » que serait le déremboursement d’Avastin pour la patiente élue.

Quizás Quizás Quizás

Toujours est-il que bien qu’interpellée dans la conversation facebook, elle n’a pas cherché à creuser plus avant avec moi. Ssspa grave. Il vaut mieux de toute façon s’adresser à Dieu qu’à ses saints. J’ai donc tenté de communiquer à Yves Calvi mes quelques réflexions sur le sujet  via différents canaux (sans être bien sûre d’y être parvenue et sans être sûre non plus qu’Yves Calvi ait quoique ce soit à faire là de dedans, car le nom de l’émission n’est pas précisé, et que la seule annonce d’intervention de Marisol Touraine ce dimanche se trouve être chez Caroline Roux sur France 5 ^^ à qui j’ai fait suivre, mais bien tard. Une confusion entre C dans l’air et C politique?  Quizás Quizás Quizás  :roll: )

« Bonjour Monsieur,

Je suis cancéreuse et blogueuse sur le thème de cette maladie. J’ai appris par d’autres blogueuses que vous recherchiez un témoin sous Avastin pour une émission face à Marisol Touraine. Afin de ne pas vous faire, bien malgré vous, manipuler par le laboratoire Roche, je vous invite à lire  ce billet avant   http://lacrabahuteuse.fr/2014/02/indignation-en-soldes/, (approfondi par François Pesty et relayé à l’époque par le FORMINDEP ), et  à comparer la liste des signataires de cet article du Point avec celle des 110 signataires de celui du Figaro http://sante.lefigaro.fr/actualite/2016/03/14/24739-lurgence-maitriser-prix-nouveaux-medicaments-contre-cancer . Cette question de l’éventuel déremboursement de certains traitements anti-cancéreux inquiète tous les malades, mais c’est aussi une sombre histoire d’argent et de conflits d’intérêts. En alertant sur ce que pourrait devenir la prise en charge du cancer dans notre pays, prenez garde à ne pas servir des intérêts qui sont tout autres que celui de notre santé. Le laboratoire Roche a des fantassins médecins, oncologues en vue, et grassement payés, pour aller défendre ses intérêts. Sachez-le avant de vous servir du témoignage d’une cancéreuse qui sera peut-être la dernière à être au courant de ces tractations et même de la controverse qui existe sur la pertinence de l’utilisation d’Avastin pour le K du sein. 

Cordialement

H.B »

J’ai également interpelé François Pesty* qui avait fourni un incroyable travail d’investigation suite à mon billet Indignation en soldes :

«  Bonjour ,

Vous vous rappelez sans doute de ce billet lacrabahuteuse.fr/2014/02/indign… .

Il y a certains points communs entre la liste des 78 oncologues de l’époque et les 110 signataires de cet appel dans le Figaro sante.lefigaro.fr/actualite/2016… . Jusque là, rien de vraiment anormal. Mais je viens de voir un appel sur la page Facebook d’ Isabelle DeLyon , qui relaie celui de Céline Dufranc de Rose magasine => « Est-ce que l’une de vous est sous Avastin ? C’est pour témoigner dans l’émission d’Yves Calvi dimanche, face à Marisol Touraine, au sujet du déremboursement de ce médicament. »

Pourquoi Avastin en particulier? Roche envoie t-il ses fantassins dans la brèche de cette épineuse question des déremboursements envisagés en cancérologie pour défendre son bébé en particulier? Il y a quelque chose qui me titille dans ce « hasard » fort opportun mais je ne suis pas assez en forme pour enquêter plus avant… Ce n’est peut-être rien mais un cerveau moins embrumé que le mien y verra peut-être plus clair.

Cordialement

H.B »

Je vous retranscris ici, avec son autorisation, sa réponse.

« Bonjour Hélène,

Oui, je me souviens bien de votre post sur votre blog.

Je ne suis pas au courant de l’émission avec Yves CALVI dimanche. Ce sera à quelle heure ?

En revanche, on ne peut pas parler je crois de déremboursement pour AVASTIN®. A mon avis, il n’en n’est pas question, mais plutôt d’une radiation de la liste en sus. Ce qui n’est pas du tout pareil.

En cas de radiation de la liste en sus, si un oncologue continue de prescrire AVASTIN®, le patient sera intégralement remboursé et n’aura pas un centime d’euro à sortir de sa poche. En revanche, l’hôpital pour qui s’était gratuit devra financer l’achat de cette fausse innovation très coûteuse à partir de ses recettes de tarification à l’activité (exemple, chimiothérapie en séance pour un patient en hôpital de jour).

Il me semble me souvenir qu’une séance de chimio avec AVASTIN®, par exemple dans un cancer du poumon à non petites cellules, en fonction de la surface corporelle du patient doit coûter environ 2000 euros. Et que donc avec environ 500 euros de « recettes », l’hôpital ne couvre même pas le quart de l’achat de ce médicament. Pour ne pas « brutaliser » les hôpitaux, la Ministre relèvera sans aucun doute les tarifs des GHS pour lesquels il est prescrit.

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y a plusieurs médicaments inclus dans les GHS, radiés de la liste en sus il y a 4 ou 5 ans déjà, tels que le paclitaxel (TAXOL®), le docétaxel (TAXOTERE®), la gemcitabine (GEMZAR®), qui coûtent beaucoup moins cher qu’AVASTIN® et qui ne lui sont pas inférieurs. Par exemple, une séance de chimio avec le paclitaxel doit coûter 30 euros, soit 70 fois moins cher qu’avec AVASTIN®.

Pour ma part, ayant demandé depuis des années la radiation de la liste en sus d’un certain nombre de fausses innovations, dont AVASTIN® (voir par exemple ici et , cet article avait inspiré le rapport de l’IGAS de Gilles DUHAMEL et Aquilino MORELLE, ici,  qui en avaient repris le titre dès le deuxième paragraphe d’introduction, et la totalité du tableau dans les 5 pages de l’annexes), je ne pleurerai pas les médicaments qui seront (enfin) radiés.

Bref, oui, Roche va sans doute perdre. Mais si les autorités avaient été un peu plus responsables, Roche n’aurait jamais du (pu) hisser l’AVASTIN® à la 1ère place des anticancéreux les plus coûteux. (Il se rattrappe déjà avec KADCYLA® à 3000 euros le flacon (6 fois plus cher que HERCEPTIN®…)

En revanche, les patients n’ont vraiment pas grand-chose à perdre avec AVASTIN®, et les assurés sociaux y ont tout à gagner…

Bien à vous

François PESTY »

*Pharmacien, Institut Supérieur de Gestion, Consultant indépendant, Expert conseil en organisation et informatisation du circuit du médicament / Optimisation des approvisionnements et des stocks pharmaceutiques / Pilotage « médico-économique » des médicaments et dispositifs médicaux / Campagne « pilotes » de visites médicalisées des délégués de l’assurance maladie sur le médicament / Pertinence des traitements médicamenteux

J’aboie peut-être après une caravane qui ne passera pas mais cela m’aura au moins permis d’apprendre quelques petits trucs. Ce serait dommage de ne pas  t’en faire profiter. Si tu veux suivre l’émission C politique de Caroline Roux sur France 5, c’est ce soir, à 18h35

 Actualisation : Il n’y a eu aucun témoignage concernant Avastin dans l’émission sus citée. Si c’est bien celle à laquelle Céline Dufranc faisait allusion, ce n’est pas plus mal : avoir demandé à une patiente  de témoigner pour défendre le remboursement d’une chimio si controversée m’a déjà paru limite indécent. La voir exposée m’aurait carrément énervée.

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  5 comments for “Avastin sur la sellette, good or bad news?

  1. martine bronner
    avril 24, 2016 at 19 h 32 min

    Super billet…Je comprends tout et Dieu sait que c’est difficile à comprendre tout ça!
    Parfois je me demande si les oncos, labos et autres y « croient ».
    Mais à les entendre causer des merveilles du sport pour guérir…ou de l’herceptin miraculeux…ou du dépistage qui sauve la vie, sans doute qu’ils y croient!
    Le marketing du cancer ne concerne pas que les chaussures de sport des courses roses, les cures thermales « spécialisées », ou les perruques . C’est la plus petite part.
    Le vrai pognon du cancer se fait à l’hosto. Il faut virer Roche et les autres labos de l’hosto et recréer le fonctionnement de la recherche et de l’hôpital. C’est possible, il faut juste le vouloir.

  2. avril 27, 2016 at 7 h 58 min

    Bonjour Hélène,
    J’ai lu les messages qui me sont parvenus via Facebook.
    J’ai l’impression que les patient(e)s usager(s) ne sont pas très bien informé(e)s
    Par exemple, je lis un commentaire de S. F. : « qui sauvent ou prolongent ostensiblement la vie de milliers de personnes »
    Outre le prix des anticancéreux, il y a un gros problème d’évaluation de ces médicaments :
    1. Ils sont le plus souvent comparés au placebo (le schéma type dans les essais cliniques randomisés est chimiothérapie A dans le groupe de contrôle et chimiothérapie A + biothérapie B)
    Dans le cancer du poumon non à petites cellules localement avancé ou métastasé, les soins palliatifs précoces ont montré une augmentation de la survie globale de 2,7 mois, un gain rarement vu avec les biothérapies du cancer, les patients sont moins déprimés, et ont une qualité de vie améliorée (voir ici : http://surmedicalisation.fr/?page_id=293#Jennifer_TEMEL). A minima, voici une alternative qui mériterait de figurer en groupe de contrôle dans les essais cliniques en cancérologie
    2. Les anticancéreux sont presque systématiquement évalués sur des critères de jugement indirects, encore qualifiés d’intermédiaires, ou de subordonnés (en anglais, « Surrogate End Points »), tels que le taux de progression objective de la tumeur ou la survie sans progression, au lieu d’être évalués sur des critères « durs » que sont la mortalité spécifique (par localisation de cancers) ou mieux, la survie globale
    Je vous envoie par mail 2 travaux récents publiés dans une très grande revue médicale, le JAMA Internal Medicine ; L’un a recherché les méta-analyses d’essais randomisés, pour vérifier si un bénéfice observé sur un critère intermédiaire se traduisait par une amélioration de la survie globale. Les auteurs montrent une forte corrélation dans seulement 23% des analyses publiées ; Un inclusion incomplète (donc biaisée) des essais thérapeutiques éligibles, et au total, un niveau de preuve limité pour les critères intermédiaires utilisés en cancérologie. Le deuxième travail, a analysé les 36 médicaments autorisés dans le cancer par la FDA entre 2008 et 2012 (5 années) sur la base de critères indirects. Seulement 5 médicaments (14%) ont démontré par la suite un bénéfice sur la survie globale, 18 anticancéreux (50%) ont échoué dans cette démonstration (les études ont été faites et les résultats sont négatifs sur ce critère), et les 13 autres anticancéreux (36%) continuent à avoir un effet inconnu sur la survie globale (Aucun résultat publié)
    Le laxisme de la FDA qui autorise des médicaments dans le cancer sur la base de critères indirects de peu de valeur en terme d’utilité clinique et qui n’exige pas des firmes les études post AMM permettant de confirmer un bénéfice supposé sur la survie globale, a été épinglé en 2009 dans un rapport de l’équivalent de la Cour des Comptes aux USA (voir pièce jointe). De nombreux anticancéreux (mais pas que) figurent dans les listes en annexes du rapport, dont AVASTIN®, ALIMTA®… Pour AVASTIN, j’ajoute (et c’est rappelé dans le travail de décembre 2015 publié dans JAMA Intern Med) qu’aux USA la FDA a retiré l’AMM de l’AVASTIN® dans le Cancer du sein. Une seconde étude avec un recrutement plus important n’a pas confirmé le bénéfice sur la survie globale et les effets secondaires nombreux et importants ont rendu le rapport bénéfice risque défavorable. Une position que curieusement la HAS n’a pas suivi en France…

  3. admin
    avril 27, 2016 at 8 h 26 min

    Malheureusement, les patientes que vous avez lues font pourtant partie de celles qui tentent de se renseigner mais qui n’ont pas forcément accès aux informations (ou ne savent pas y accéder ou ne savent pas les interpréter) qui pourraient éclairer leur lanterne. Nous ne sommes pas des spécialistes et le sujet est particulièrement ardu. La grande majorité ne cherche même pas et quelques soient leurs raisons, on ne peut les en blâmer car les patients partent souvent du principe qu’ils remettent leur destin entre des mains fiables : un oncologue = médecin ayant fait de très longues études , informé, compétent
    un médecin = personne dévouée, suivant un code de déontologie rigoureux
    Le cancer = une maladie mortelle, qui fait peur et tellement complexe que malgré des années de recherches, elle reste une des causes de mortalité majeure dans ce bas-monde.
    Un cocktail qui, vous l’avouerez, peut encourager à déléguer la réflexion : je les ai toujours encouragés à résister à la tentation : http://lacrabahuteuse.fr/2013/11/primum-cogitare/
    Je vais rajouter vos précisions sur Facebook , mais comme lorsque je parle de dépistage, je sais que même ce type d’arguments, très étayés, arrivent rarement à convaincre : un des grands pouvoirs de la peur est d’altérer notre capacité de rationalité et il n’est pire aveugle que celui qui ne veut voir, particulièrement chez nous, cancéreux métastasés dont le pronostic vital est engagé.

    • martine bronner
      avril 27, 2016 at 11 h 22 min

      Oui c’est compliqué, voire même délicat. dans le sens où cette attitude « critique » face au dépistage comme face aux médicaments tuent le rêve, l’espoir…Les patients veulent croire.
      Là où le bât blesse, ce n’est pas auprès des patients crédules c’est auprès des labos ou des institutions qui utilisent leurs témoignages.
      On ne peut qu’encourager ceux qui maîtrisent et comprennent comme F Pesty à expliquer vraiment le raisonnement médical. Moi perso je me fais avoir (presque) à chaque fois que l’on me vante un nouveau truc. Il faut à chaque fois qu’une voix critique m’en explique les biais, les trucs pour présenter des chiffres etc

  4. zaboton
    mai 2, 2016 at 8 h 23 min

    Ca fait du bien de te lire et de voir que tu as toujours l’humour et la dérision comme compagnons.
    Pauvres pions que nous sommes dans ce monde médical, heureusement certains sont là pour nous ouvrir les yeux et tu en fais partie.
    Je te souhaite un bon printemps avec des énergies énormes pour faire face à ce monde de scribouillards intéressés et de médecins septiques.
    bises

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