Sisyphette

SisyphetteLa Noiraude a fait sa flemme sur le p’tit journal. Non point que les aventures se soient calmées, loin de là. Seulement voilà, j’avais plein de leçons à rendre pour un projet d’ouvrage collectif sur un sujet qui me tient particulièrement à coeur, et entre les gouttes, j’ai tout fait pour ne pas mettre la rate du chef d’orchestre au court-bouillon. Ma copie est désormais rendue et validée, je puis donc reprendre la conscience tranquille mon petit babillage bloguesque (je vous reparlerai de tout ça quand l’heure des annonces officielles sera venue).

La dernière fois, je vous contais mes déboires avec le service du Dr Fantômette et son unité « d’urgences », censée me contacter dès qu’un lit se libérait pour une hospitalisation de 10 jours. Ne voyant rien venir, mon médecin généraliste avait pris l’heureuse initiative de me faire entamer le traitement par Laroxyl  sans attendre plus avant, considérant que le poireautage devenait proprement indécent aux vues des migraines que j’encaissais quasiment non stop depuis le mois d’octobre. Et grand bien lui en a pris car  l’attente « officielle » de cet internement s’est étalée du 18 février au … 11 avril 2014. Près de 2 mois se sont écoulés entre ma convocation « possible » et  l’appel de la dite unité.

- Bonjour Mme Bénardeau, Madame Pivert, de l’unité d’urgences neurologiques. Je vous appelle pour vous dire que nous vous attendons aujourd’hui, en début d’après-midi, est-ce possible ?

- Ah oui ! Mais non. Je me suis suicidée depuis, il n’y a plus besoin.

- …………………………………….

- Je blague (enfin presque). Mon médecin généraliste m’a rattrapée par le col. Il a mis en place lui-même le sevrage des antalgiques et triptans divers et variés et a géré le passage au Laroxyl. Vous pouvez donner ma place au patient suivant sur la liste, qui attend probablement son tour de manège depuis près de 2 mois lui aussi. Cela fera au moins un demi-moins-malheureux aujourd’hui.

- Euh…Très bien. Merci Mme Bénardeau. Bonne continuation.

Et non. Non non. Point d’interrogatoire pour savoir comment cela se passait, quelle dose m’était administrée, si il y avait amélioration, dans quelle mesure etc. etc. Ben pourquoi faire après tout ? Le noter sur un dossier que personne ne lira de toute façon? Mon MG et mon onco n’ont reçu aucun compte-rendu ne serait-ce que de la consultation avec miss migrainologue.. Alors… Et puis comme me l’avait si bien fait remarquer ma dernière interlocutrice dans le service, c’est de toute façon monnaie courante que les patients convoqués ne veuillent plus venir quand enfin on les sifflent (Quel bande de pignous!). Une de moins ? Perfect. Au suivant…

Donc pisque cela n’intéresse pas le service neurologie, mais que ça peut servir aux copines, bilan après 2 mois de traitement :

- Les migraines se sont très nettement espacées. Au dosage de 20 gouttes le soir et  10 le matin, je n’ai que 4 ou 5 crises par mois. Je refais un bilan avec mon médecin sous peu pour voir si nous augmentons ou non la ration de la potion magique. (Magique mais hautement dégeu. Oui oui, faut penser aux tinenfants curieux, chapardeurs, toussa, mais boudiou, la soupe à la grimace pour les gastronomes qui ne vadrouillent plus en culottes courtes, c’est parfois lourdingue quand la soupe repasse matin et soir pendant des mois. Je n’ai jamais autant bu de sirop à la fraise amer que ces derniers temps)

- Côté sommeil, une franche amélioration aussi. Des nuits de 7 heures, avec un sommeil beaucoup moins perturbé. Le rêêêêve!!!!

Pour ce qui est des neuropathies périphériques (petons en feu et fourmillements), par contre, aucune éclaircie, mais au jeu du trou-pique-nique-douille, je préfère encore que ce soit celui là qui finisse au piquet. Si je bouge, cela passe. Et comme j’ai naturellement la bougeotte, ce petit agacement ne m’assaille pas à longueur de journées.

Des misères de Femara (ou de l’ovariectomie) ne reste donc plus que :

- Une foufoune très susceptible, qu’il faut pommader régulièrement dans le sens du poaaaal.

- Des affections buccales sporadiques.

- Des bouffées de chaleur (après une longue accalmie, redémarrage en force cette dernière semaine, le corps des fâââmes est décidément un sacré mystère!)

- Une prise de poids conséquente (mais Laroxyl a sans doute un peu parachevé le boulot : +7 kg depuis octobre 2013. Là, faut pas que je pleure, dame nature m’ayant dotée d’1,75 m de hauteur pour répartir tout ça. Mais chuis une fille hein, sans ovaires certes, mais ça me fait copieusement râler quand même)

- Une fatigabilité fort pénible

- Des douleurs articulaires intenses, qui elles, vont plutôt en s’accentuant et qui finissent parfois par me faire douter de ma capacité à encaisser la souffrance sur le « long » terme. Bon d’accord, je suis bien prétentieuse en parlant de « long terme », mais l’homo sapiens, tant qu’il est debout, n’est pas si sapiens que ça et  s’accroche comme chimpanzé à ses branches à quelques doux rêves, des plausibles et des cinglés. Là, Mister Femara entache sans vergogne mon petit grain de folie, ce qui est symboliquement fort criminel. Quand il m’oblige à envisager la pause de rampe dans mes gogues, qu’il m’empêche de me relever sans soutien dans mes activités de jardinière, qu’il me susurre sournoisement de ne pas écarter l’éventualité d’un bazardage de ma si chère Pernelle pour une chaumière de plain-pied, je le voue véritablement aux gémonies alors que cela ne fait que huit mois qu’il a détrôné son pote Tamoxifène de son statut de « p’têt sauveur ».

Réfléchir comme une nonagénaire quand on a que la moitié des bougies de ce vénérable état, c’est parfois si dépitant qu’on en vient de temps à autre à regarder l’éponge en envisageant de la jeter. Avaler ce bonbon chaque matin me contraint désormais à invoquer Saint Métastase quotidiennement,  à convoquer l’image de la Grande Faucheuse et des fracassements qu’elle générerait autour de moi pour trouver la force de déglutir. Honnêtement, si je n’étais pas déjà le popotin dans les ronces de la case métastatique, je crois que je ferais comme environ 30% des nanas à qui on prescrit l’hormonothérapie : je lâcherai l’affaire en jouant au poker.

C’est houspillée par ses idées moroses, encouragée par le retrait partiel des attaques de Woody Woodfucker et sachant que l’angoisse allait bientôt m’inonder les entrailles à l’approche du scanner de contrôle que j’ai cédé aux sirènes de la jeunette qui sommeille (encore) au fond de ma carcasse. Rien de mieux, pour leurrer les neurones de crabahuteuses, que de  programmer des petites fenêtres de bonheurs simples et accessibles : rencontrer des gens merveilleux, comme @Babeth l’auxi, @souslaplace, recevoir des zamiszamours comme @fioradelfiore ou ma Cathounette, vadrouiller dans des lieux magiques, d’ici ou d’ailleurs. Même si il y a souvent un prix à payer lorsqu’on casse le rythme du gastéropode, en général, son p’tit coeur et sa caboche ressortent clairement régénérés de ces joyeux bains de jouvence. Il faut bien mettre un peu d’essence dans le réservoir, de temps en temps, entre deux avaries.

C’est dans cet esprit que j’ai organisé mes premières vraiiiiiiiiiiiiies vacances depuis un an : allier l’utile à l’agréable. Mon grand dadet étant convoqué à La Rochelle le 7 mai au matin par l’une de ses potentielles futures écoles, nous bouclons les valises pour une huitaine. Destination : le petit port de Saint Christoly en Médoc, où Francine et Yves nous attendent  avec leur bonne humeur habituelle. D’un fleuve à l’autre. De la Loire à la Gironde. De la belle sauvageonne à la sage majestueuse. Une maison où nous nous sentons toujours accueillis à bras ouverts, où chacun fait son petit bonhomme de chemin pour mieux se retrouver autour de la bonne chaire et du bon vin.

Un appareil photos, des oiseaux, des chevaux, un fleuve, l’océan, la plage, de petites maisons cossues ou biscornues accoudées aux méandres des terres vinicoles, le cri du  bois flotté qui implore qu’on lui accorde sa seconde vie, le printemps du joli mois de mai girondin, saupoudrer d’un peu de tendresse, que demander de plus ?

Oui mais… Je ne le savais pas encore, Dame Scoumoune et Miss Mouise avaient manifestement une aussi grande envie que ma pomme d’aller voir ailleurs si elles y étaient. Au fond de ma petite valise, elles ont rapidement trouvé un terrain d’entente pour que le caillou de Sisyphette redégringole d’un étage….

Partagez

  • Facebook
  • Twitter
  • Delicious
  • LinkedIn
  • StumbleUpon
  • Add to favorites
  • Email
  • RSS

  1 comment for “Sisyphette

  1. LenaL (des Impatientes)
    mai 27, 2014 at 19 h 23 min

    Bonjour Pernelle,

    Juste un petit message pour te remercier de m’avoir fait rire aux larmes derrière mon ordi à des moments où je n’avais pas spécialement envie de me fendre la poire et pour te faire part de mon expérience de nette amélioration de mes douleurs articulaires sous tamo (qui n’est pas spécialement mon copain…). Si ça peut t’aider, je combine curcuma et homéo et ça maaarche !!! Une heure après la prise des médocs, net soulagement. L’homéo est pratiquement intégralement remboursée en ALD mais le curcuma est de ma poche. Si ça t’intéresse, je peux te scanner mes ordos…
    Tous mes vœux de prompt rétablissement pour ta patte.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *