Une journée arc-en-ciel

Capture d’écran 2014-03-15 à 09.19.5614/03/2014

Chère lectrice, cher lecteur,

Ce jour est un jour particulier. Un jour d’anniversaire. Enfin. De deux anniversaires. Qui iront toujours de concert dans ma mémoire de crabahuteuse. Un anniversaire siamois.

Il y a trois ans, mon premier bébé de papier voyait le jour, fidèle frangin de mon blog de l’époque. Plus introverti, plus intime, plus doux sous la main fébrile, moins intimidant pour les menottes qui ont peur des souris et des arcanes de la toile, plus facile à glisser dans le sac d’une amie, d’une soeur, d’une grand-mère, d’une voisine.

Un livre.

Qu’on peut laisser trainer sur l’oreiller d’un conjoint qui ne comprend rien à cette nouvelle vie qui s’impose, qui ne comprend plus cette compagne que le cancer lui a volée ;

qu’on peut lire à voix basse, à voix haute, à son toubib quand ses écoutilles se font trop distraites ;

qu’on prête à un(e) collègue à la pause kawa dans la salle de garde, à une patiente tétanisée par l’Annonce, celle avec un grand A, celle de la bascule d’une existence ; à un carabin qui fait ses armes en crabologie.

Un ouvrage que l’on  relègue avec une joie incommensurable au fond de la bibliothèque quand la terrible vague est passée …

Il continue son petit bonhomme de chemin, porté par des lèvres qui murmurent aux creux d’oreilles de filles et de garçons qu’il est un vagabond sérieusement drôle ou drôlement sérieux… Il trace la route d’un pas tranquille et régulier, loin des feux de la rampe,  la tôlière refusant tous les ans les plateaux racoleurs du canardage des marronniers d’octobre, le tôlier n’ayant eu aucun retour de lecture des grands manitous médiatiques (qui, il est vrai, n’accordent bien souvent que dédain aux faire-part qui ne mentionnent ni cocktails, ni noms d’étoiles, surtout quand le bambin fait plus de 400 pages, qu’il n’y a pas d’images et qu’il babille cancérieusement …)

Si tu ne connais pas l’histoire de sa conception, tu peux regarder cette interview là, totalement improvisée au milieu du joyeux brouhaha du hall d’entrée du centre Eugène Marquis à Rennes, en octobre 2011.

Je suis cancéreuse, mais aussi bloggopathe, twittophile, foreumeuse et facedebookée : une grande malade quoi ;-) . Une bécassine sauvage qui ne parle pourtant bien souvent qu’avec parcimonie au quotidien, et encore, plus fréquemment à ses ziozios ligériens et à ses aristos qu’à ses contemporains. Mais dont le flot de pensées, particulièrement lorsque son Carcimore lui chatouille les méninges, a besoin d’être déversé quelque part. D’ici quelques semaines, un petit frère d’ « Il est moins tard que tu ne penses » devrait donc voir le jour, toujours chez JFE, histoire

  • de consigner ma logorrhée de multirécidiviste ailleurs que dans des limbes cyberspaciaux,
  • d’actualiser le « p’tit manuel  pour cancéreux débutant »,
  • de refaire une ou deux séances dédicaces entre un héron et un canard à deux pas de ma chaumière et de ma Loire
  • de concurrencer Jean-Christophe Grangé ou  Fred Vargas dans la catégorie « best sellers-thrillers-frenchies »
  • d’apoplexer  les deuz-trois grincheu(ses)x  et/ou envieu(ses)x qui ont mouruuuu (hu hu) d’Ô rage et d’Ô désespoir à la naissance de mon premier fils de papier,
  • de faire hurler le frangin qui ne veut pas LIRE mes zaventures en plus de se les COGNER et qui va encore se faire tanner par ses beau-papa/belle-maman parce qu’un livre « c’est paaaas paaaareil menfin ! »

Un autre projet, collectif, pluridisciplinaire celui là, va également occuper ma plume dans les deux ou trois mois qui viennent. Mais chuuut… Je te reparlerai de tout ça en temps et en heure…

Il y a trois ans, c’était aussi le départ de Pierre vers le pays des P’tits Princes.

Oui, ce fut une journée particulière ce 14 mars 2011, où le rêche linceul s’est égaré auprès de la layette papelière. Où j’ai pleuré. De joie puis de chagrin. Une journée arc-en-ciel. Un patchwork de sentiments bigarrés, comme la vie – cette salope cette drôlesse – sait si bien les confectionner.

Je t’ai fait une promesse bel éphèbe, au dessus de ton cercueil-berceau. Je la tiens, vaille que vaille, cahin caha, mais je la tiens. Elle flotte entre toi et moi, entre ton monde et le mien et elle me sert de filin de sécurité dans les descentes en rappel. Bien souvent.

Aujourd’hui, j’ai une pensée tendre pour tes parents et pour ton frère, des personnes merveilleuses, à qui tu manques cruellement, forcément, mais qui opposent au sort l’éclat de leurs sourires et le pétillement de leurs regards avec panache et douceur. Des lueurs d’iris qui te portent partout, sans pesanteur, comme un achaine sous la brise, discret et virevoltant, dont tu dois être bien fier, où que tu sois, où que tu vogues avec tes poètes d’outre-monde …

 

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  8 comments for “Une journée arc-en-ciel

  1. mars 20, 2014 at 12 h 44 min

    Super nouvelle ce deuxième bouquin, tiens nous au courant…
    Bisous

    • laurec
      mars 26, 2014 at 10 h 08 min

      Bonjour,
      Pourquoi écrire de façon si complexe ? c’est tout a fait imbuvable au comment des mortels! Mais peut être est ce fait exprès ?

      • admin
        mars 26, 2014 at 10 h 26 min

        Peut-être êtes-vous simplement hermétique à cette plume là en particulier. D’autres, tout aussi communs que mortels, s’y retrouvent. On ne peut pas plaire à tous et pour être honnête, si c’était le cas, j’en serai fort marrie. Je ne cherche pas à écrire « comme ci » ou « comme ça ». Cela sort sous cette forme, sans remaniement ni travail stylistique, je ne prémédite ni les tournures ni le ton de mes billets. Je transcris mes pensées telles qu’elles viennent, voilà tout. Mais l’avantage d’un blog, c’est que cela n’a rien d’une cantine collective. C’est seulement une auberge particulière : personne n’est obligé de franchir la porte. Une fois rentré, nul n’est tenu d’apprécier le menu, une fois déçu, tout le monde peut repartir, ayant consommé ou non, sans jamais payer et sans se faire agonir ;-)

  2. olivier
    mars 26, 2014 at 10 h 54 min

    Pas de problème, c’était de la curiosité pour cette écriture différente, sophistiquée et la personne qui va avec. Curieux aussi de connaitre cette personnalité dont on sent l’égo surdimensionné s’épandre sur la page blanche. Voila ma curiosité satisfaite.

    • admin
      mars 26, 2014 at 11 h 08 min

      Ravie de vous avoir rassasié, bien que je doute fort que vous ayez lu grand chose de ma logorrhée verbale et que vous passiez par là par simple curiosité. Si la catégorie « p’tit journal », forcément auto-centrée vous ennuie, reportez-vous à la catégorie « P’tit manuel », plus neutre et informative. Enfin. Si cela vous concerne. En humble lecteur de l’université d’Angers, vous y trouverez peut-être deuz-trois trucs qui pourront aider autrui… Sait-on jamais…

  3. Don juan
    mars 26, 2014 at 11 h 21 min

    Ego sur-dimensionné? glose abstruse pour d’aucuns? Bin
    1) vous n’êtes pas obligé de la lire
    2) depuis quand une certaine tournure et un raffinement est un problème?
    Je ne suis pas sur twitter, et pas chez moi, sinon vous m’auriez plus entendu …

  4. Paperboy
    mars 26, 2014 at 14 h 20 min

    On ne critique chez l’autre que l’insupportable reflet qu’il nous renvoie de nous même, je me demande alors qui a un « un ego sur-dimensionné ». Quant à critiquer la complexité de la langue, je ricane bassement devant le « comment des mortels » alors qu’une simplissime recherche Google lui aurait appris que la locution est « commun des mortels » mais même cette simple image parait trop complexe pour ce commentateur .

    Enfin chacun et tous ont la liberté de choisir le la forme et les mots qui transmettront leur ressenti , à moi, lecteur de faire suffisamment preuve d’empathie pour entendre les émotions derrière les mots (ou pas)

  5. jeanne
    mai 12, 2014 at 19 h 17 min

    Bonjour,
    Je découvre depuis ces derniers jours les blogs, les forums (impatientes, BRCA etc…)
    Je trouve votre écriture simple, jolie, douce et cruelle aussi parfois.
    Je trouve que vos écrits (blog, forums) permettent aux proches des malades d’être moins maladroits, plus justes, moins accablés aussi parfois! J’y trouve bcp d’énergie; je répare un le deuil ( peut-être jamais fait?) de ma mère décédée il y 20 ans quand j’étais jeune, parce que je comprends mieux les ténèbres, les inquiétudes et la solitude qu’elle a du traverser alors… à l’époque ni blog, ni forum, ni personne pour nous dire ce qu’elle endurait! même si .. je vis mieux et surtout j’accompagne meiux! leS cancers du seins qui sévissent de nouveau tout tout près de moi ces derniers temps, etc etc etc..
    Bref, je me sens chanceuse de vous lire et au passage, vous trouve d’un grand courage, pleine d’humour, de lucidité, et bla et bla et bla…

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