Reconstruction mammaire (actualisation du 14/2/2014)

Photo du blog reconstructionmammaire.over-blog.com
Photo du blog reconstructionmammaire.over-blog.com

(En bas de page, une actualisation de cet article diffusé en décembre 2013, en l’honneur du Pr Lantiéri et de ses perpétuelles jérémiades de mal-aimé)

Eh oui, La Crabahuteuse dans un magazine de filles! Incrédibeuuule. J’hésite toujours beaucoup avant de communiquer avec la presse féminine. Enfin. Avec la presse tout court, soyons honnête. La déformation des propos, les interprétations, les sous-titrages malheureux, les citations hors-contexte, les propos qui sont réutilisés pour soutenir des idées que vous ne soutenez pas, m’ont rendue heu… Comment dire… méfiante. Après avoir pris mes garanties auprès de la journaliste (qui, ne l’oubliez pas, doit rentrer aussi dans les clous plantés par la rédaction), j’ai discuté au téléphone, fait une première correction de l’article sur la demande de Christine Durand, puis une deuxième sur la demande de la rédaction et donné mon feu vert, sans avoir cependant pu valider la version finale de mon témoignage diffusé par le magazine. L’article est paru hier (hebdo du 9 au 15 décembre 2013). Il est intitulé « Ablation du sein : Pourquoi tant de femmes ne se font pas reconstruire ». J’y laisse mon témoignage , qui pour une fois, n’a subi qu’un tout petit ajout farfelu et sans gravité pour l’info, à savoir « Pour le moment, cela reste un frein, je ne me sens pas encore prête à sortir de nouveau avec un homme » – qui risque d’en faire marrer un ou deux  et que je n’ai jamais formulé tel quel :-)  , sans doute pour mettre un peu plus de pathos dans ma littérature (Et je doute qu’il vienne de la journaliste). J’y cite les impatientes (et pour une fois, là aussi, pas de censure !). Je vous mets tout en bas de l’article mon premier jet pour comparaison.

Le focus dans l’ensemble est surtout fait sur le DIEP. Un angle choisi par C.Durand, l’auteure de ce papier. Je pense qu’il aurait été judicieux aussi de parler un peu du lipofilling qui a le vent en poupe (car il a l’avantage, comme le DIEP, de ne recourir à aucun corps étranger et qu’en plus, il ne nécessite aucune nouvelle balafre à ajouter au patchwork), mais l’espace d’un article est toujours restreint. Une double-page, c’est déjà un effort louable, surtout quand il invite les femmes à s’informer sans céder aux injonctions diverses et variées!  On peut juste regretter que l’illustration choisie (Là encore un choix de rédaction) soit encore un sein non-reconstruit et dans les canons en vigueur.

J’en profite pour rappeler aux femmes que la reconstruction immédiate :

1) N’est pas toujours possible (pour des raisons techniques que votre chirurgien vous expliquera au cas par cas)

2) Qu’elle est parfois pratiquée par des chirurgiens qui n’ont rien de plasticiens (gare aux résultats!)

3) Que cette technique pousse certains professionnels de santé, adeptes du risque minimum (le zéro n’existant pas), à procéder à des ablations que d’autres, non moins professionnels, qualifient d’abusives. Voir le nombre de mastectomies augmenter dans le cadre par exemple des « cancers » in situ est une tendance qui me fait bondir, le cancer in situ étant mal nommé puisque classé dans les « pré-cancers ». Il représente à lui seul toute la problématique du surdiagnostic soulevée par les campagnes de dépistage systématique organisées par l’état.

4) Que certains chirurgiens ont des intérêts financiers clairs à procéder eux-mêmes à la reconstruction immédiate et que certains également, plus intéressés par leur porte-feuille que par votre pomme, choisira pour vous la technique qu’il connait plutôt que celle qui vous serait le mieux adaptée. Bien sûr, ce n’est pas la majorité, mais mieux vaut prévenir que « guérir ».

5) Que la grande majorité des médecins reçoit une (dé)formation professionnelle continue qui est financée par des labos ou groupes industriels et la grande majorité s’informe sur l’actualité médicale via une presse qui profitent à peu près des mêmes généreux « donateurs ». Il vous conseillera donc peut-être en toute bonne foi, le regard légèrement strabisé ou myopisé par son formatage sponsorisé. Eh oui, à Craboland aussi, l’indépendance et l’absence de conflits d’intérêts est un pur mirage de vos rêves les plus fous.

PS : pour Raoul? ou Léon? Si tu étais sur le point de me déclarer ta flamme et que cet article t’a gelé sur place parce qu’il précise

1) Que je n’ai plus d’airbag sur l’aile gauche : je suis ravie que Maxi m’évite le rateau que tu m’aurais infligée pour cause de spoliation de fantasmes ou tromperie sur la marchandise  ;-)

2) Que je « ne me sens pas encore prête à sortir de nouveau avec un homme » (quelle ringardise sur la forme! Quelle avanie sur le fond, vu le long chemin de réassurance qu’il m’a fallu emprunter pour y parvenir) : je suis fâchée que Maxi contribue à m’éloigner un peu plus de toi et qui sait, de mon sein graal  :-?

Billet lié au sujet : Les différents types d’inverventions chirurgicales

Un autre article de magazine de filles, que j’avais trouvé éclairant sur certains enjeux de la reconstruction mammaire :

Marie-Claire : « Trop pauvres pour une reconstruction mammaire »

 

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 Petit commentaire sur le Pr Lantiéri, prodige du bistouri, bien connu des médias. Le DIEP est un de ses bébés. Il en fait la promotion, rien de plus normal. Je tiens toutefois à rajouter quelques précisions sur le personnage en vous renvoyant aux liens suivants. Certaines Impatientes ont profité de ses talents (ou de ceux de son service, car s’y faire opérer ne signifie pas se faire opérer par Mr Lantiéri). Certaines ont également renoncé devant la facture annoncée (dépassement d’honoraires). Je vous laisse juges sur les polémiques soulevées par ces articles :

Le Quotidien du médecin : « Suspendu d’exercice libéral, le Pr Lantiéri se défend d’être un escroc«  

Le JDD : « Laurent Lantiéri, le roi de la greffe, traité comme un escroc« 

France Info : Le professeur Lantiéri sanctionné par l’AP-HP. « Beaucoup de gens m’en veulent »

RMC/BFMtTV : « Hôpitaux, certains honoraires indécents« 

voir actualisation en bas de page

Première correction de ma part, renvoyée à Christine Durand (les changements suivants se sont faits en raison des contraintes de place, de mise en page, d’angle choisi) :

« Quand j’ai dû subir l’ablation de mon sein en 2008, j’ai immédiatement pensé « reconstruction », essentiellement parce que je n’arrivais pas me projeter dans ma vie quotidienne de femme hyper active avec une prothèse externe et ses contraintes ! Mais j’ai eu la chance de rencontrer un chirurgien qui m’a exposé les différentes techniques existantes et leurs conséquences et qui m’a conseillé de prendre le temps de la réflexion. Un précieux conseil. Il y a tout un travail de deuil à faire et trop de femmes, parfois encouragées par leurs oncologues, se précipitent dans la reconstruction immédiate, sans réfléchir plus avant, pensant atténuer la souffrance de cette mutilation, mais il arrive que  la déception soit au rendez-vous car le sein reconstruit n’est jamais celui qu’on a perdu ni celui qu’on a espéré. Personnellement, je me suis informée de façon exhaustive sur les différentes options possibles, ai opté pour la technique la mieux adaptée à mon cas en fonction de ma morphologie, de la qualité de ma peau, des traitements subis et j’ai cherché un chirurgien plasticien réparateur compétent, spécialiste de la technique retenue (en l’occurrence le Grand Dorsal) et SANS dépassements d’honoraires !… Tout cela prend du temps, mais je voulais choisir, non subir.

Hélas, suite à une récidive, il a fallu sacrifié en 2010 le sein reconstruit ! J’avais déjà un long parcours médical derrière moi, de réflexion aussi et j’ai décidé de renoncer à toute nouvelle reconstruction. J’ai réappris à aimer ce corps asymétrique et je le regarde désormais avec tendresse. Ce qui est plus compliqué à gérer, c’est le regard de l’autre. Les femmes amazones, pourtant nombreuses, sont invisibles dans notre société. Le sein est un tel symbole de féminité, de maternité, de sexualité, qu’il est difficile de faire accepter le choix de la non reconstruction. C’est un sujet qui reste tabou ou parfois même, dans le cadre du couple, conflictuel. Mais même si je croise parfois des regards curieux ou angoissés, je n’hésite plus à aller à la piscine ou à la mer sans prothèse. Il n’y a pas de prosélytisme dans cette démarche, juste l’envie que le choix de chacune soit entièrement respecté. L’important, c’est que ce dernier soit fait de façon éclairée et que chaque femme dispose d’une information solide avant de prendre ses décisions.

Si je fais partie du forum des Impatientes*, un lieu d’échange entre femmes atteintes d’un cancer du sein, si j’ai créé un blog* et si j’en ai tiré un livre*, c’est parce que j’ai à cœur d’informer et d’aider ces femmes sur le difficile parcours qu’implique bien souvent cette maladie. »

Actualisation du 14/02/2014

Publication dans Le Figaro du 14/02/2014  Pr Lantiéri : «On m’ennuie parce que je suis une grande gueule»

Pôvre piti Caliméro! Qu’on pleurerait presque avec lui . Sa technique du DIEP à certes révolutionner le paysage de la reconstruction mammaire, mais Monsieur Le Professeur oublie de dire qu’il réclame AUSSI des dépassements d’honoraire aux cancéreuses qui ne viennent pas vraiment le voir pour de la chirurgie esthétique mais bien « réparatrice » hein. Quelques petits aperçus de mails reçus sur la boîte de la crabahuteuse ou témoignages de patientes en forum. Mais bon, ce sont peut-être des mythomanes en plus d’être des cancéreuses. Va savoir Charles…

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Bé nan, c’est pas parce que vous êtes une grande gueule Monsieur Le Professeur que j’ai un peu de mal avec vos jérémiades régulières dans la presse ou médias grand public, c’est juste parce que vous vous foutez un tout petit peu du monde…

 

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  5 comments for “Reconstruction mammaire (actualisation du 14/2/2014)

  1. février 17, 2014 at 18 h 10 min

    Bonjour Hélène,

    Dois-je comprendre que la reconstruction n’est pas couverte financièrement par l’assurance santé en France? Ce serait bien la première fois que votre système de santé public se classerait sous le nôtre à ma connaissance…

    Personnellement j’ai envisagé la mastectomie bilatérale préventive après mes traitements. Elle était acceptée par mes spécialistes, avec reconstruction simultanée, même si ce n’était pas nécessairement requis dans ma situation. Acceptée en raison du statut HER2 positif de ma tumeur. Deux médecins devaient la pratiquer ensemble: ma chirurgienne et une plasticienne.

    Et je n’avais rien à débourser, du moins que je sache, en tout cas rien pour l’intervention, c’est certain. Aurais-je payé la prothèse, laquelle aurait été remboursée par mon assurance collective? Je ne sais plus.

    Je me suis rendue au stade du choix de la prothèse et j’attendais sa livraison, prévue 6 mois plus tard, lorsque j’ai changé d’idée. Avec l’approbation de ma chirurgienne en oncologie, nous avons décidé de remettre la réflexion et l’intervention à une éventuelle récidive, qui n’est pas survenue depuis.

    Merci de ton travail instructif livré avec humour!

    Johanne, alias princesse rebelle
    Montréal, Québec

    • admin
      février 17, 2014 at 18 h 53 min

      Si si, normalement, tout peut être pris en charge par notre système de santé Johanne, mais les chirurgiens ont parfaitement le droit, pour le moment, d’appliquer des tarifs qui sont bien supérieurs au remboursement prévu par la sécurité sociale française. Rien ne les en empêche. Les femmes qui bénéficient d’une bonne mutuelle de santé peuvent voir une partie ou la totalité pris en charge. Les autres, euh… bah tant pis pour elles. Certains praticiens le font de façon raisonnable, arguant du fait que leurs équipements coûtent chers, d’autres, forts de leur notoriété, oublient tout sens de la mesure et pratiquent des tarifs exorbitants, pour moi parfaitement choquants dans le cadre d’une chirurgie réparatrice… Mais c’est un avis tout personnel, comme d’hab ;-)

  2. ARRIGNON
    février 19, 2014 at 19 h 00 min

    Comme d’habitude, c’est clair et surtout magnifique ! J’étais arrivée moi aussi à ce constat mais je ne me sentais pas capable de mettre les mots bout à bout. Ouvrir les yeux de nos  » copines de galère  » est important. Tu dis :  » le sein reconstruit n’est jamais celui qu’on a perdu ni celui qu’on a espéré » . C’est effectivement là le problème ! On fait prendre aux gens des vessies pour des lanternes. Et la chute est souvent terrible sans compter les sommes dépensées. Je n’écris pas mais je rencontre des femmes amazones et je discute en essayant de mettre le pour et le contre. Merci ma douce Pernelle de mettre toi aussi ta plume au service de toutes les amazones. Bises

  3. février 21, 2014 at 16 h 50 min

    Dans mon cas, lipomodelage, j’ai choisi le chef de service de la reconstruction du centre anticancer mais en libéral. Soit tu vas le voir via le centre et rien à débourser mais 2 ans d’attente, soit tu vas le voir dans son cabinet et il opère dans une clinique privée et tu attends seulement 1 mois mais les tarifs sont avec de bons dépassements d’honoraires.
    Depuis le début de ce cancer, j’ai pris une méga top mutuelle qui rembourse les frais réels mais son adhésion n’est pas cadeau…

    • mars 28, 2014 at 18 h 09 min

      Ah bon merci! Alors cela se passe comme au Québec, l’option publique et gratuite est disponible, mais l’option privée existe aussi.

      Nous lisons et entendons tant d’histoires d’horreur sur la reconstruction… Ce serait bien de connaître le taux de «réussites», ou de patientes satisfaites. Cela dit, j’imagine bien que le sein reconstruit ne se compare pas au réel.

      Si la situation se présente, je crois tout de même que je tenterai le coup, dépendant de mon âge à ce moment, mais avec une bonne recherche préalable sur les risques.

      Joyeux printemps outre-Atlantique! (sous la neige au Québec pour le moment… soupir!)

      Johanne

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