Le test Oncotype DX ® : ce que les associations de patient(e)s doivent savoir

Globalement, encore actuellement, il s’administre TROP de chimiothérapies dans le cadre du cancer du sein :

Pourquoi  administre-t-on une chimiothérapie?

Parce que certains primo-cancers sont agressifs, ont un pronostic inquiétant. Parce qu’une récidive, ça peut être grave, parce que le bénéfice, au niveau collectif semble réel.

Chimiothérapie évolution

À l’échelon individuel, il n’en va pas forcément de même car l’évaluation du risque est peu performante, et que celle du bénéfice l’est encore moins.

Pour évaluer le risque, on dispose de plusieurs sortes de stratégies. Parmi celles-ci, les biomarqueurs.

Le développement des marqueurs biologiques, qu’ils soient déterminés par des méthodes anatomopathologiques (immunohistochimie ou hybridation in situ), biochimiques ou par biologie moléculaire, permettrait de mieux identifier les femmes pour lesquelles un traitement par chimiothérapie pourrait être évité :

  • les biomarqueurs tumoraux pronostiques sont utilisés pour prévoir l’évolution clinique d’un processus tumoral spécifique avant traitement. Ils permettent d’identifier les tumeurs à faible risque de récidive et pour lesquelles une chimiothérapie ne serait pas justifiée 
  • les biomarqueurs tumoraux prédictifs sont utilisés pour prédire la réponse ou non à une thérapie donnée.

Pour qu’un biomarqueur obtienne l’AMM en France (et donc soit remboursé par la sécurité sociale), il faut qu’il remplisse des critères bien précis.

Parmi ces derniers, un petit nouveau a fait une percée fantastique sur le marché mondial : l’Oncotype DX , breveté par Les laboratoires Genomic Health inc, société américaine.

Pourquoi donc cet engouement, qui a amené plusieurs pays comme les États-Unis et bien d’autres encore, à autoriser sa mise sur le marché et à procéder à son remboursement partiel ou intégral ?

Parce que :

•  Le test Oncotype DX permet l’identification des patientes qui bénéficieront ou pas d’une chimiothérapie adjuvante en fonction de la biologie de leur tumeur

•  qu’il quantifie la probabilité de récidive à 10 ans (importance pronostique) et évalue le bénéfice anticipé de la chimiothérapie (importance prédictive)

•  qu’il s’adresse aux patientes atteintes d’un cancer du sein en phase précoce ayant des récepteurs hormonaux positifs et n’exprimant pas HER2 (Les cancers du sein ne sont pas tous éligibles pour Oncotype DX)

Bien sûr, Genomic Health n’est pas la seule entreprise à avoir travaillé sur les biomarqueurs. Les espoirs qu’ont fait naitre la génomique pour l’amélioration de la prise en charge de pathologies lourdes et courantes ont motivé bien des chercheurs et dans bien des domaines. Ils ont également aiguillonné beaucoup d’entreprises car, outre la perspective de pouvoir récolter des lauriers flamboyants, les laboratoires voient en la génomique un petit Eldorado, bien tangible celui-là, susceptible de leur rapporter des sommes absolument colossales.

Des biomarqueurs comme uPA/PAI‐1 ou MammaPrint®  sont également sous haute surveillance depuis un moment et bénéficient d’évaluations plus ou moins prometteuses :

Niveaux de preuve

Niveau de preuve

Si on prend  par exemple le test  uPA et PAI-1Si vos ganglions lymphatiques sont clairement des cellules cancéreuses (envahissement ganglionnaire), et votre tumeur est sensible aux hormones , de faibles niveaux d’uPA et PAI-1 peuvent indiquer que votre risque de récidive est très faible. Dans ce cas, la chimiothérapie ne serait pas clairement susceptible d’améliorer votre survie, ou si vous optez pour la chimio, votre chance de survie serait améliorée d’environ 1%. Si vous avez des niveaux élevés de uPA et PAI-1, le risque de récidive est élevé, et la chimiothérapie vous serait utile. Un plan de traitement qui comprend cyclophosphamide , méthotrexate et 5-fluoro-uracile (CMF) chimiothérapie permettrait d’améliorer vos chances de survie.

Pas négligeable hein quand on connait la kyrielle d’effets secondaires d’une telle chimio…

Mais revenons-en au test Oncotype DX, sujet central de cet article.

Oncotype DX est inclu dans toutes les recommandations internationales du cancer du sein en tant que test prédictif:

St Gallen – ESMO – ASCO – NCCN

Au niveau de son intérêt financier, les études pour le marché français sont faites et sont on ne peut  plus parlantes :

•  Chaque années, 53.000 nouvelles patientes sont touchées par un cancer du sein

•  Sans le test Oncotype DX® : 52% de ces patientes seraient susceptibles de recevoir une chimiothérapie entraînant un coût total de plus de € 143 millions

•  Si le Oncotype DX® était remboursés, 10 128 patients seraient susceptibles d’en bénéficier dans la pratique clinique.

•  Plus de 37 millions € pourraient être économisés en évitant une inutile chimiothérapie.

•  Lorsque l’on prend en compte le coût du test, on estime que la sécurité sociale pourrait économiser plus de 5 millions € (€ 496 par patiente testée) avec le test Oncotype DX ®.

Mais alors ma bonne dame, pourquoi ce test n’a toujours pas reçu l’adoubement de la Haute Autorité de Santé française ???

Mais parce que la France, pendant que d’autres pays ont déjà choisi d’utiliser ce test à grande échelle, fait du « programme pilote ».

En effet, a été mis en place, avec les Agences Régionales de Santé, des projets pilotes (Enfin, avec CERTAINES ARS, ce qui forcément génère, une fois de plus quelques petites inégalités territoriales dans la prise en charge des patientes)

•  Principes du pilote:

– L’ARS finance le test Oncotype DX pour un nombre défini (ex. 100) de patientes (prix unitaire: 3180€)

– Le test Oncotype DX est proposé à des patientes pour lesquelles le bénéfice de la chimiothérapie est incertain, et qui en l’absence du test,  recevraient une chimiothérapie “par précaution” (critères cliniques pré-établis (recommandations de Nice Saint Paul) et cas discutés et décidés en réunion multidisciplinaire,)

– Si les patientes ont un score de récurrence élevé (RS>31) et donc que la chimiothérapie s’avère être utile, Genomic Health rembourse le test Oncotype DX (maximum de 15 tests remboursés)

– Ce programme permet à l’ARS de ne pas payer « deux fois » (pour le test et pour la chimiothérapie)

Il y aura une évaluation médico-économique à la fin du programme pilote.

Donc, si tu veux bénéficier de ce test quand tes résultats d’anapath tombent et que le profil de ton cancer du néné est éligible :

- Où tu as eu la joyeuse idée de t’installer dans une région « pilote »

- Ou tu peux participer directement, avec ton petit porte-monnaie, à l’enrichissement de Genomic Health en payant de ta poche 3180 €.

Voilà voilà. Et Madame Bertinotti qui nous affirme sans sourciller que dans notre excellent système de santé française, nous traitons TOUS nos patients de la même manière. Voui voui voui. (Et si il n’y avait que pour l’Oncotype …) Passons…

J’en étais là dans mes réflexions au sujet d’oncotype quand un petit coup de fil de Monique Plouchard, (dont j’avais donné le nom à Europe 1 pour qu’elle me remplace – vu qu’on me demandait de me déplacer à Parigi et que je n’étais pas spécialement en forme pour jouer les « Bécassine à la ville » – à l’interview à laquelle cette radio voulait m’inviter après le coming-out de Mme La Ministre, me mit sérieusement la puce à l’oreille.

Celle-ci, en effet, venait d’être contactée pour « discuter de l’Oncotype » avec une représentante de l’ Agence indépendante, PrPa, dédiée aux relations médias dans la santé.

PRPA

Monique étant cancéreuse toute débutante en a entendu parler sur le forum des impatientes,  principalement par Calliopa, mais n’a qu’une très vague connaissance du sujet. Elle m’appelle pour savoir si j’en sais plus avant de rencontrer la dame qui veut venir jusque chez elle pour prendre une cup of tea et tailler une bavette à propos de l’oncotype.

Je lui dis ce que j’en sais et lui promet de fouiner un peu.

La dame en question fait son job. Elle bosse pour l’un de ses prestigieux  clients : Notre sus-nommé Genomic Health.

Genomic Health

Bien entendu, il s’agit de persuader Monique de l’intérêt de leur produit phare, qui n’est effectivement plus beaucoup sujet à controverse, si ce n’est par notre chère HAS et quelques autres égarés. On ne sait jamais. Le soutien d’une Impatiente convaincue pourrait être utile à la communication. Fédérer une, puis deux, puis trois (etc) associations de patient(e)s autour d’Oncotype pourrait  peut-être avoir raison des derniers chipotages de l’INCa, de l’HAS et acolytes au sujet du bébé de leur client.

Jusque là, rien d’extraordinaire. Un industriel qui paye une boîte de com, que de plus banal.

Sauf qu’au cours de mes recherches de scherlockette en herbe, je tombe assez rapidement sur un rapport du Comité Éthique & Cancer, publié le 13 janvier 2013 et que c’est sur ce paragraphe que je tombe en arrêt :

Le danger d’une situation de monopole

« Parallèlement, le Comité en appelle à une extrême vigilance compte tenu de la situation de monopole détenu par la société Genomic Health. Cette société a le droit légitime de détenir un brevet sur son test, de bénéficier d’un retour sur investissement et de choisir de ne pas commercialiser sa technologie à des institutions tierces. Mais cela signifie que si les autorités de santé décident, après évaluation, de valider l’utilisation de ce test, il ne pourra être réalisé par aucun autre laboratoire que celui de Genomic Health, et notamment pas par les plateformes hospitalières de génétique moléculaire des cancers mises en place par l’INCa. Un tel cas de figure placerait le système de santé en situation de totale dépendance vis-à-vis d’un opérateur unique privé. Il y a un danger à ce que cette situation monopolistique se reproduise s’agissant d’autres tests de génétique moléculaire développés par des sociétés commerciales alors même qu’il sera difficile de résister à la demande des patients pour ces tests dont l’utilité peut être importante. Le Comité invite par conséquent les autorités de santé à rechercher avec la société Genomic Health – et cela dès le lancement de l’évaluation du test Oncotype DX –, et avec les entreprises du même type, des solutions satisfaisantes pour tous, qui devront éviter que le système de santé et d’assurance maladie ne se trouve dépendant d’une telle position de monopole. »

Immédiatement, l’affaire Myriad me revient alors en tête et les clignotants rouges s’allument. Si aujourd’hui une patiente française, susceptible d’être porteuse de la mutation BRCA1 et BRAC2 souhaite bénéficier du test disponible dans l’hexagone pour savoir si elle veut se retrouver devant les mêmes dilemnes qu’Angelina Joly,  c’est bien  à cause de ces sombres histoires de brevets et de monopoles abusifs qu’elle devra patienter entre 6 mois et un an avant d’être fixée . Ou si elle est pressée, elle devra faire comme Manuela : s’offrir elle-même son test et chercher son « bonheur » à l’étranger. Précision apportée le 18/01/2014 suite aux remarques de Martine Carret : Dans tous les cas , c’est son service d’oncogénétique qui évaluera son profil et en fonction d »un scoring des risques (nbre de cas jeunes dans la même branche familiale etc…) décidera ou non si le test sera effectué. la France a effectivement résisté à la pression de Myriad et a fait le choix d’un test plus performant et plus économique – la patiente n’a aucun frais à avancer- mais il demande patience .)

Si l’histoire de Myriad t’intéresse, tu peux lire cet article de John Sulston, Prix Nobel de médecine 2002, publié dans Le Monde Diplomatique. Si tu as la flemme, je te recopie seulement les dernières lignes :

« Nos sociétés occidentales traversent une période d’intensification de la croyance dans la propriété privée, au détriment du bien public. Pourtant, tout démontre notre incapacité à prendre des décisions collectives sensées en nous fondant sur la concurrence commerciale. L’appât du gain a ainsi presque réussi à privatiser le génome, notre code ADN commun ­ et cette menace pèse toujours. Dans cette lutte, la ténacité du projet public a fait de la séquence du génome humain le socle d’un système d’informations biologiques ouvert et libre, qui permettra d’accroître nos connaissances à une vitesse incomparable. C’est là le patrimoine, inaliénable, de l’humanité. »

John Sulston.

Si tu veux avoir une petite idée des enjeux énormes qui existent à tous les étages concernant la génomique, ses Impacts sur la Recherche et le Développement,  sur les modèles économiques des industriels de la Santé, sur les implications le la génomique dans le domaine scientifique, médicale et économique, lis cette étude de Bionet Partners

En tout cas, pour moi, deux choses sont claires :

il faudrait que toutes les associations qui vont probablement être  démarchées  dans les semaines à venir aient au moins lu le rapport de la Commission Éthique et Cancer, aient lu l’article de  John Sulston et posent les bonnes questions à la dame de PRPA, qu’elles se renseignent auprès de l’HAS sur l’état des négociations en cours avec Genomic Health, avant d’aller déguster la moindre cup of tea avec elle, histoire d’aider la HAS  et autres instances concernées à obtenir des conditions acceptables d’accords juridiques et commerciaux avec Genomic Health.

Lectures complémentaires utiles :

Médecine prédictive : l’explosion

Brevetage de l’ADN : interdiction de la cour suprême des États-Unis

Selon l’Institut Currie, une méthode plus fiable et plus économique : EMMA

Le livre de Martine Carret : Cancer? Même pas peur!

À lire aussi :

À quoi servent les tests génétiques?

Sources

Eurocancer

e-cancer

about.breastcancer

Le Comité éthique et Cancer

Institut Curie

Actualisation du 18/01/2014

Important : Lire le commentaire laissé par Kiki de Marseille en bas de page)

 

 

 

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  8 comments for “Le test Oncotype DX ® : ce que les associations de patient(e)s doivent savoir

  1. janvier 13, 2014 at 23 h 22 min

    Merci pour cet article que j’attendais pour comprendre les enjeux de cet « oncotype ».
    Finalement c’est un peu la même problématique que ces paysans indiens qui ne peuvent plus vendre leurs plantes médicinales depuis que des labos en ont déposé les brevets.
    Je vais relire pour tenter d’intégrer le mécanisme de ce tripatouillage…

  2. janvier 14, 2014 at 3 h 12 min

    Super article

    Merci de m’avoir éclairé sur un élément inconnu et m’avoir fait comprendre un peu mieux ce monde dans lequel nous vivons

  3. Danielle
    janvier 17, 2014 at 16 h 53 min

    Bonjour, c’est la petite dame de PRPA, je m’appelle Danielle, mais je ne me reconnais pas sur cette photo qui n’est pas la mienne.

    Je vous réponds car je souhaite surtout lever toute ambiguïté au sujet de votre billet.
    Mon objectif en contactant Mme X était de la consulter pour mieux comprendre le ressenti et le vécu des patientes sur le test génomique dans le cancer du sein. Cette personne s’était exprimée sur les ondes à ce sujet. Lors de notre entretien téléphonique, j’ai précisé à Mme X que notre échange ne porterait que sur l’accès à ce test.

    Avant de diffuser toute information santé, il est de notre devoir de comprendre l’environnement, les freins et le ressenti des patientes. C’est dans cet esprit que nous avons contacté Mme X.

    Pour compléter et préciser vos connaissances sur ce test, je vous invite à consulter l’ Avis n° 21 du 15 janvier 2013 : http://www.ethique-cancer.fr/site/download.php?media=88

    Restant à votre disposition pour toute information complémentaire
    Bien cordialement,
    Danielle

    • admin
      janvier 17, 2014 at 17 h 45 min

      Bonjour Danielle,
      Merci pour avoir tenter de lever le voile d’ambiguïté qui plane sur cette démarche. Pour la photo, je ne signale nulle part qu’il s’agit de vous. C’est une capture d’écran du site de votre entreprise qui fait défiler plusieurs visages sur le bandeau d’en-tête; la vôtre est consultable dans la rubrique qui présente votre équipe.. Pour ce qui est du « ressenti et le vécu des patientes sur le test génomique dans le cancer du sein », je suis étonnée que vous ayez encore besoin de démarcher des femmes au porte à porte pour le connaitre : Oncotype n’est pas un nouveau-né et vous disposez certainement d’une batterie de sondages édifiants sur la question dans d’autres pays que la France.D’ailleurs, évitez-vous le coût de ceux-ci en France. Il est bien évident que n’importe quelle femme touchée par cette maladie sera avide de toutes les infos qui concerne ce type de test. Je me tiens à votre entière disposition pour les diffuser ici : par exemple la liste des ARS qui sont partenaires pilote sur le projet Oncotype, les modalités de prise en charge etc… Mais avant tout, ayez l’amabilité de nous préciser où en sont les négociations avec la HAS quant au contrat que Genomic Health négocie (a négocié?) avec nos institutions (monopole, durée du monopole etc…), la HAS n’ayant manifestement pas eu le temps ou l’envie de me répondre sur ce sujet.
      Pour compléter et préciser vos connaissances sur la façon de lire un article sur le web, je vous suggère de cliquer sur TOUS les liens de celui-ci. Vous y verrez apparaître le lien que vous m’apporter si généreusement et qui est en ligne sur le site de l’INCa. Si vous voulez également connaître mon sentiment sur la philantropie des industries du médicaments et Co, je vous invite à lire mon billet du jour ;-) (Précisions : les liens sont en bordeaux. N’oubliez pas de les ouvrir au cours de cette lecture là. Ils sont essentiels aussi…)

  4. kikidemarseille
    janvier 18, 2014 at 22 h 32 min

    Chère Pernelle,
    j’ai lu avec attention ton « article » sur l’Oncotype.
    D’emblée, il y avait quelque chose qui « clochait » : tu as mis sous « niveau de preuve » le tableau récapitulatif des niveaux de preuve publiés dans la note de cadrage de 2009 concernant ces 3 biomarqueurs. C’est donner un peu trop de qualités à certains tests…
    en fait, la publication de la note de cadrage de janvier 2014 montre autre chose :
    elle étudie le niveau de preuve de plusieurs items, dont l’opportunité de prescrire des anthracyclines, des taxanes… et chez qui selon le statut hormonal, selon certaines caractéristiques tissulaires, si N+ ou 0 …
    on y lit l’existence de nombre d’anomalies méthodologiques dans les séries méta analysées, en particulier l’absence de déclaration de conflits d’intérêt des auteurs dans la plupart.
    elle conclut de façon imparable à un statu quo ante : en fait, ce nouveau rapport n’apporte rien de plus que la note de cadrage de 2009 voire même un peu moins.
    C’est écrit noir sur blanc là
    http://www.e-cancer.fr/publications/86-pratique-clinique/741-rapport-integral-upapai-1-oncotype-dxtm-mammaprintr-valeurs-pronostique-et-predictive-pour-une-utilite-clinique-dans-la-prise-en-charge-du-cancer-du-sein
    en page 54 du rapport in extenso : « D’une manière générale, le niveau de preuve des études médico‐économiques a été jugé faible : seules quatre études sur dix‐sept ont été retenues pour l’analyse critique. Ce constat a été retrouvé par d’autres revues internationales réalisées sur le sujet [SCHARR2011] [OHTAC2010].
    Pour être robustes, les études médico‐économiques doivent idéalement être menées de manière conjointe aux études cliniques (en utilisant un recueil prospectif des données de consommation de
    ressources et des données de qualité de vie). Les futures études médico‐économiques devront utiliser des données sources cliniques détaillées avec un recul temporel suffisant pour réaliser des extrapolations de survie crédibles »
    le coup de grâce est donné dans la conclusion de la synthèse du rapport (on peut le telecharger avec le même lien que ci dessus), page 16
    « 7. Conclusion générale
    Chez les patientes pN0, uPA/PAI‐1, marqueurs d’invasion, ont un niveau de preuve élevé (LOE IA selon Simon) pour la valeur pronostique de la survie sans récidive à 10 ans. Il reste à confirmer leur valeur prédictive de réponse aux anthracyclines. Aucune donnée médico‐économique sur uPA/PAI‐1 n’a pu être identifiée.
    Pour Oncotype DX™ et MammaPrint®, les valeurs pronostique et prédictive n’ont pas atteint à ce jour le niveau de preuve LOE I. Ce travail confirme les niveaux de preuve précédemment établis dans le
    rapport de 2009. Par ailleurs, les données ne permettent pas de conclure à une valeur ajoutée de ces deux tests par rapport aux outils existants. Les données médico‐économiques ne permettent pas de
    statuer sur le rapport coût/efficacité des stratégies utilisant ces tests dans la décision thérapeutique compte tenu d’un niveau de qualité insuffisant pour la plupart des études et d’une forte incertitude
    mise en évidence par les quelques études bien menées. Ces biomarqueurs pourraient avoir une valeur pronostique ou prédictive dans d’autres souspopulations, notamment les patientes N+. Les données doivent encore être validées. Cet état des lieux des connaissances n’a pas concerné l’ensemble des biomarqueurs actuellement disponibles. Il n’a donc pas vocation à hiérarchiser les différents marqueurs sous forme de recommandations.
    En pratique, au‐delà des niveaux de preuve attribuables à la valeur pronostique et prédictive d’un biomarqueur, l’utilité clinique d’un nouveau marqueur dans l’aide à la prescription d’une chimiothérapie repose sur sa valeur ajoutée par rapport aux marqueurs validés (RH, HER2 et les marqueurs de prolifération comme Ki67) et aux critères anatomocliniques.
    Puisqu’ils sont les seuls marqueurs validés à témoigner du processus d’invasion, uPA/PAI‐1 peuvent apporter une information complémentaire et donc avoir une valeur ajoutée par rapport aux
    marqueurs existants. Les données de la littérature manquent pour apprécier le poids de cette valeur ajoutée dans la décision de prescrire ou non une chimiothérapie. L’INCa mobilisera les acteurs de la recherche sur le cancer du sein afin de proposer des travaux
    évaluant l’impact des biomarqueurs sur la décision thérapeutique et ses conséquences.
    Des nouvelles publications pourraient amener à faire évoluer ces conclusions. »
    Voila, CQFD : la clinique, la stadification, les index de prolifération (éventuellement l’UPAI vu son niveau de preuve, et encore…) WHAT ELSE ? NOTHING !!!!
    L’action lobbyiste de GENOMICS fait donc partie d’une stratégie commerciale franchement culottée avec un carton jaune de cette taille collée dans le dos.
    De mon côté je vais surveiller de près mon ARS régionale. En cas d’expérimentation de ce type, je ne manquerai pas d’en appeler à tout ce que la médecine compte de syndicats, unions professionnelles et ordres pour demander à cette auguste instance de revenir à la raison et se rallier aux conclusions de l’InCa.

    • admin
      janvier 19, 2014 at 7 h 51 min

      Merci kiki pour tes précisions toujours aussi pointues et éclairantes. Je ne suis pas assez scientifique pour creuser aussi loin que tu le fais, même si je suis certaine que mon prof de SVT tomberait sur les fesses de mes progrès incontestables en la matière. Le crabe est un professeur sévère et intransigeant : les morsures de ses pinces, si elles sont très discutables d’un point de vue éthique et pédagogique, ont quelques vertus stimulantes… Les tortures professorales de notre instit commun ont manifestement été plus efficaces pour toi que pour moi ;-) J’espère que Madame Danielle saura apprécier ton bulletin de notes du jour à sa juste valeur.

  5. janvier 24, 2014 at 13 h 10 min

    Merci pour cet article qui m’a fait me sentir moins inculte sur le sujet !

  6. lili
    mai 15, 2014 at 20 h 44 min

    Bonjour,

    Merci pour votre article qui est très intéressant. J’étudie actuellement le secteur de la pharmacie et de la santé, aussi les informations que vous fournissez sont très documentées!

    Cela-dit, je voudrais apporter un bémol à propos du risque de situation de monopole. Je ne vous apprends rien en vous disant que la pharma est très orientée R&D et que cela a un coût, d’où les brevets et les propriétés intellectuelles. De fait si l’on définit le marché assez étroitement, tout traitement sous brevet est une situation de monopole car seul le laboratoire qui a développé la molécule peut le produire.
    Bien sûr, d’autres laboratoires peuvent développer des technologies similaires et les mettre sur le marché. Mais si il n’y pas de débouché pour un traitement, car peu de patient(e)s peuvent payer de leur poche, il n’y a pas de motivation pour une entreprise française d’investir pour développer quelque chose de similaire. Pourquoi dépenser en R&D sachant qu’on ne pourra pas rentrer dans ses frais? Ou alors dans un autre pays. Mais cela ne stimule pas l’investissement en France et donc ne diminue pas le risque de monopole.

    Si nous avions la même situation dans un autre secteur où la propriété intellectuelle est la source de revenue, ce serait la même chose. Prenons deux chanteurs à texte, comme Bénabar ou Philippe Delerm par exemple, où on va dire qu’ils se ressemblent un peu. Quel est l’intérêt pour Bénabar de créer un album si il sait que Philippe Delerm n’a pas le droit de vendre ses chansons? (ici, les goûts musicaux de chacun jugeront de la pertinence d’interdire l’un ou l’autre!).

    Pour conclure, il me semble que c’est un peu l’histoire de la poule et de l’oeuf! Malheureusement, je ne sais pas quelle serait la situation idéale pour permettre un accès aux soins tout en s’assurant qu’il n’y ait pas d’abus de position.

    En tout cas, bravo encore pour votre blog et votre courage.

    PS: je ne travaille pas pour un labo ou quoi que ce soit, vous pouvez utiliser mon mail (je suppose qu’en tant qu’admin vous y avez accès) pour vérifier mon profil viadeo!!!!

    Lili

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