Les poupées russes

Poupées russes noëlLes vacances de Nöel approchent. Le mammouth se rappelle à mon bon souvenir en début de mois. En effet, mon arrêt de travail file jusqu’au 20 décembre 2013. La date fatidique des 3 mois de congés ordinaires approche. Le pachyderme me demande gentiment si je compte faire une demande de Congés Longue Durée ou si je veux reprendre.

- Bah voui que je veux reprendre Monsieur Dumbo. Je ne sais pas si je le pourrai, mais on va faire comme si. Donc, pas de courrier au comité médical à rédiger, pas de courrier de mon MG à joindre à la bafouille, aucun des 2 à transmettre, via mon Big Boss, à l’Inspection Académique, qui n’aura pas à  transmettre au Comité Médical. Pas de poireautage de décision de ce dernier et  pas d’exxxxpertise médicale. Des vraies vacances quoi.

Par contre, mes p’tites fées des papelards Éd.Nat., Catherine et Marie-Luce, sont au taquet. Pendant que l’une re-re-re-fait faire un bilan complet de mes droits restant au CLD par le rectorat, l’autre re-re-re-commence à échafauder un dossier pour que ma caisse complémentaire veuille bien dans un ou deux mois (au mieux) me verser le complément de mon salaire qui est désormais divisé par deux depuis le 12 décembre dernier.

Le 20, histoire de prendre la température, de biser mes collègues chouchous, je fais même un p’tit tour au bahut pour trinquer avec eux et leur dire que je réintègre l’équipe tout bientôt. Je ne me sens pas encore d’attaque mais me persuade que ça va viendre…

Arrive le réveillon. Cette année, c’est le grand luxe ! J’ai, pour la deuxième fois depuis 13 ans, le bonheur incroyable de profiter de mes Loulous le 24 et 25 décembre, ainsi que pendant les 15 jours de congés. Le menu, les hôtes, le lieu des agapes, tout est à la hauteur de l’évènement ! Cerise sur le gâteau, ce soir là, pas de bobos qui me contraignent ou à me fourguer la tête sous la couette ou à rester à moins de 5 mètres des lieux d’aisance (j’adore cette expression, surtout dans ce contexte qui le rend hautement antinomique).

table noël

En fin de soirée, Schtroumpf N°1 n’est pas en état d’honorer son contrat de chauffeur, mais peu importe : j’ai mangé léger et seulement goûté aux vins somptueux qui tentaient obstinément d’inonder mes 3 verres attitrés. Nous rentrons guillerets à La Pernelle sans encombres dans la nuit après avoir dûment soufflé dans le ballon. Maman gagne le cocotier haut-la-main avec son 0,3 g/l.

Le lendemain, hormis le dérouillage articulaire, je démarre à peu près en forme malgré une nuit fort courte. La matinée s’écoule tranquillement dans le silence de la maison endormie, juste consacrée à tweeter et à faire mon ménach tranquilou. Vers 14 h, les choses commencent à se gâter. Je sens que ma tension est au ras-des-pâquerettes vu les p’tites étoiles qui m’éclaboussent la rétine dès que je bouge un peu trop vite. Petit à petit le malaise s’intensifie. À 15 heures, badaboum : je ne perds pas connaissance, mais je m’assoie au milieu de la cuisine pour ne pas tourner de l’oeil. Chic idée, comme à chaque fois que je sens la machine se gripper, j’ai gardé mon téléphone portable sur moi. Après des tâtonnements laborieux, je parviens à joindre Schtroumpf N°1 qui est à l’étage, car je sais que je ne vais pas pouvoir franchir les 3 mètres qui me séparent des toilettes pour aller faire mon vomito proprement (merdeuu, je viens de passer la serpillère quoi !). Il a juste le temps de réaliser ce qui se passe, de m’apporter le premier seau venu et voilà t-y pas que j’envoie violemment mon super petit déj rejoindre le fond de mon seau de Conchita. La suite est légèrement floue. Mon grand dadet m’aide à regagner ma chambre. Les vomissements, violents et sporadiques, me maintiennent consciencieusement  au dessus du seau. Si j’essaie de m’allonger en laissant les yeux ouverts, les poutres du plafond dansent comme des derviches tourneurs. Je tremble comme une gazelle en Alaska, frigorifiée. Tom veut appeler un médecin. Je lui dis que cela va sûrement passer, qu’il peut prévenir une amie pour se rassurer, mais bien sûr, aujourd’hui, c’est retour de fiesta. Les répondeurs sont overbookés. Il cherche alors désespérément un médecin de garde. Une espèce qui a totalement disparue de mon secteur géographique. Maintenant, c’est le 15, point barre. Je ne veux pas qu’il panique. Alors je prends le téléphone, et je compose le numéro. L’accueil est super chaleureux. Je me fais engueuler parce que je n’appelle pas au bon endroit.

- Vous n’appelez pas au bon numéro. Vous êtes sur la plate-forme du 44 alors que vous habitez le 49.

- …. Euh, je ne suis pas très en forme, mais je sais encore où j’habite. Et je confirme que c’est bien dans le 44.

- Mais puisque je vous dis que nan ! Je transfère l’appel vers le 49. Au revoir… tut tut tut tut tut

Je regarde mon fils un peu désemparée. Je débloque à ce point-là ???

P’tite musique.

- Bonjour, on m’a transféré votre appel. Comme vous êtes en zone frontalière, le découpage du SMUR est ainsi fait que vous dépendez du Maine et Loire Madame. Que puis-je pour vous ?

(Ouf. Je suis à côté de mes charentaises, mais le cas n’est pas complètement désespéré !)

J’explique ce qui se passe, réponds au fastidieux questionnaire sur mes antécédents, mes traitements en cours, mes allergies connues, mon alimentation de la veille, du matin etc etc…

Comme je m’y attendais, le régulateur me dit de rester bien au chaud, d’essayer de pioncer après avoir avalé un antiémétique quelconque et de rappeler en fin d’après-midi si c’est toujours le grand-huit.

J’obéis avec joie. Aucune envie d’aller à l’hosto. Tu me diras que je n’en ai jamais envie. C’est très très vrai. Mais encore moins aujourd’hui qu’hier et demain.

Mes Loulous sont à peu près rassurés. Ils veillent en geekant près de leur portable.

J’ai du réussir à dormir, mais le réveil est fulgurant. J’appelle mes loulous en renfort pour qu’ils m’apportent la bassine.

- Mais Maman, tu me l’a déjà demandée tout à l’heure. Elle est à côté de toi…

- ……. Tout à….. ?? Smeurglk. Splash…

- Pauv’man. Tu veux de l’eau ? Du coca ? … Un mouchoir ?

……. Pour la bassine, tu ne t’en rappelles pas ???

- Nan… Pas du tout…

Le sol se dérobe quand j’essaie de mettre un pied par terre. La danse des poutres dervichées reprend de plus belle. Je claque des dents, frissonne puis boue comme le Vésuve.

- Je crois qu’il faut rappeler maman…

- Oui, rappelle mon chaton…

Le 15… Même cirque de ré-aiguillage frontalier Maine et Loire/Loire-Atlantique. Le régulateur. Un autre Doc…

- Ils envoient une ambulance. Ils viennent te chercher d’ici 3/4h-1h maximum.

Préparation de la valise de tourisme hospitalier.

Noir.

Quand je me réveille, un duo tout de bleu vêtu s’affaire autour de moi. Un homme et une femme.

Re-questionnaire. En duplex avec le CHU. Ils sont adorables mais ils bougent et parlent trop vite. Je comprends qu’ils blaguent avec les garçons et cela m’apaise d’entendre mes zamours rebondir à chaque réplique. Des vrais pros de l’impro.

- On l’emmène…

Je descends les escaliers marche par marche, un garde du corps devant, l’autre prêt à me réceptionner derrière.

Quand je m’allonge dans l’ambulance, j’ai l’impression d’avoir couru un 200 m avec Usein Bolt. Enfin, derrière Usein Bolt. De ne pas avoir fait plus 30 m et d’être cent fois plus crevée que lui à l’arrivée. Je n’ai qu’une envie : fermer les yeux et virer le bleu tournicotant de mon champ de vision. Mais que nenni. Mission n°1 de l’ambulancier modèle : ne pas laisser le patient pioncer jusqu’aux urgences. 35 bornes de causette forcée…. Pfiou…

Nicolas est au volant pendant que Pimprenelle me tient le crachoir, au propre comme au figuré. Je peste car nous avons oublié tous mes papiers ainsi que mon CV médical, que je garde précieusement dans mon sac en cas d’interrogatoire à répétition. Je lui dicte mon numéro de sécu comme une automate bien programmée, redéroule donc mon historique à sa demande, les évènements de l’après-midi, puis, quand elle a épuisé le stock de points d’interrogation,  elle me livre un peu de sa vie :  ses p’tits bonheurs, ses questionnements, les dilemmes entre la maman et la pro. 15 ans de boutique et toujours la même fraîcheur. Elle aime son boulot et ça crève les yeux, surtout ceux qu’elle s’évertue à garder ouverts.

Quand nous arrivons à destination, c’est un bal de petits bonnets père Noël. Pourtant, je sais que je n’atterris pas vraiment au centre de tri des des Rois Mages.

Le box que l’on m’alloue est tellement minuscule que Nicolas et Pimprenelle n’ont pas la place de se tenir à deux dedans pour le transfert brancard.

Le service est plutôt calme. Ici, le 25 a vu du monde passé, mais en un flux régulier et tranquille. Une infirmière ne tarde pas à prendre le relais. Pimprenelle va pouvoir terminer son service et rejoindre sa famille. Il est environ 19h30.

Re-Re-Re-questionnaire.

L’infirmière me fait transférer dans la salle d’examen, où un petit quart d’heure plus tard, débarque l’externe de service: Un p’tit P4, – enfin nan (faudrait pas confondre avec le jargon de feu-notre-service-militaire keu même) un « D2″ (étudiant en 4ème année de formation quoi) – arborant fièrement son badge sparadrap et son stéthoscope de Docteur en herbe qui s’apprête à remplir sa mission. Me … questionner… Là, je suis épuisée. Je fais du résumé à la louche. J’ai envie de dormir et qu’on me foute la paix, mais bon. Il faut bien que j’amortisse le voyage quand même.

À la case « interventions chirurgicales », aucune envie de lui énumérer les 17 blocs précédents. J’élague à max :

- Curage axillaire / Reconstruction grand dorsal / endomètrectromie / thoracoscopie / ovariectomie.

Avant d’entamer la case « antécédents médicaux », je lui demande son pedigree estudiantin ( y a pas d’raisons. On n’est pas au commissariat : la multirécidiviste, ici, a le droit aussi de poser des questions.

- « Je suis en quatrième année » me répond-il, le torse soudain bombé de fierté et d’assurance.

Ok. Je sens que ça va être sport. Je tape dans le top 10 pour faire court et efficace : les dates et profils du 1er cancer néné, les 3 récidives, l’embolie pulmonaire, le Tako Tsubo, le dernier scan cérébral pour cause de migraines radoteuses, les bébés métastases du poumon devraient lui planter le décor.

Le pauvre chaton. Bien que j’édulcore, je le vois verdir. Tomber sur un ovni un soir de garde de Noël, c’est foutument pas chrétien.

Arrivé à la ligne Tako Tsubo, le blocage neuronal de MiniDoc est patent, bien qu’il fasse des efforts surhumains pour ne pas laisser affleurer son désarroi.

-  Myocardite de stress, ça vous parle peut-être plus ?

Je le vois  farfouiller mentalement  ses cours de cardio de façon hystérique et faire tomber son classeur, fiches en pagaille, dépité.

- Vous inquiétez pas, je ne suis pas certaine qu’en qutrième, on vous ait déjà fait un topo là-dessus. C’est pas du genre fréquent fréquent et en général, ça ne tombe pas spécialement sur des sujets de mon âge. Je n’ai pas de séquelles cardiaques dues à cet épisode. Vous devriez retrouver les comptes-rendus sur votre ordi. C’est ici que j’ai été prise en charge.

Pour les traitements en cours, Femara ne lui évoque visiblement pas grand chose non plus. Je traduis :

- Inhibiteur aromatase. Létrozole

Lumière. On peut continuer.

- Bien. Je vais vous ausculter. Veuillez vous mettre torse nu.

Je m’exécute doucement. Le retour à la position assise réactive nausées et tournoiements.

- Ah. Vous avez oublié de me dire qu’il y avait eu une mastectomie…

- Euh… (Comment dire…). En général, quand on dit « reconstruction par grand dorsal », on sous-entend ablation non ? Je ne connais pas beaucoup de filles qui signeraient pour cette intervention sans être passée par la mastectomie…

Phare rubicond au dernier étage.

- Euh oui… Mais… euh… je ne comprends pas. Je ne vois pas de reconstruction.

- Je vous ai dit tout à l’heure « récidive sur le lambeau du grand dorsal ». Mon chirurgien a préféré le mettre dans le placard des pièces indésirables lui aussi. C’était plus prudent.

- Ah, euh, oui, bien sûr.

On est un peu à l’ouest tous les deux. C’est pas pratique.

La tension. Oui, important la tension. Mais, euh non.

- Pardon, je suis embêtante hein, mais je préfèrerais que vous me la preniez à droite si ça vous ennuie pas. Rapport au curage. J’aime pas trop qu’on embête ce bras là.

Re-phare . Emberlificotage avec tous les fils qui pendouillent. On va y arriver.

- Votre tension est basse.

- Oui, mais il faut relativiser, elle n’est jamais très haute non plus chez moi.

Palpations diverses et variées, tout bien dans l’ordre. Comme dans un livre. La check list parfaite.

- Bon, je vous laisse. Je vais transmettre à l’interne.

Raaaaaa merdoum. C’est vrai qu’on est à l’hosto. Le petit jeu des poupées russes n’est pas encore terminé. J’ai plus envie de faire mumuse pourtant. Mais plus du tout. Je demande à Mini Doc de me filer une couverture parce que je caille sévère et d’éteindre la lumière en sortant. Dodo.

Le répit est de courte durée. L’interne était visiblement en manque d’action et me tire des bras de Morphée avec un bonsoir tonitruant un quart d’heure plus tard. (Eh ! De quoi qu’elle se plaint La Noiraude. Pour une fois qu’il n’y a pas de poireautage !)

- Alors Madame La Noiraude. Que se passe-t-il ?

- Ah nan Mr Doc Junior. J’ai déjà tout dit à l’ambulancière, l’infirmière, votre externe. On va pas tout recommencer à zéro hein.

- Non, bien sûr. Je vais juste affiner un peu et vous réausculter. Je voudrais avant tout écarter le risque d’embolie pulmonaire.

Bon. Affinons alors. L’embolie, je la sens pas spécialement là. Mais je ne suis pas experte non plus. J’ai pas vraiment vu venir la première. So :

Re-palpations, tripotages, re-questionnage. Constantes.

Il est gentil, doux dans ces gestes. Pour lui, pas trop d’inquiétudes. C’est le premier doc hors-staf habituel , sans que j’ai eu besoin de lui tirer les vers du nez, qui me dise spontanément la chose suivante :

- On oublie souvent de dire aux patientes que l’hormonothérapie est un traitement lourd…

- Oui. On oublie aussi assez régulièrement de le dire aux médecins aussi.

Il sourit.

- Oui, c’est vrai. J’ai fait un stage en onco. Ça m’a ouvert un peu les yeux..

Pour le principe, il me fait une « ch’tite » gazométrie artérielle (Woo pitain !!! J’avais oublié comment elle fadait cette piquouse là) et l’infirmière complète par une prise de sang classique.

- On envoie tout ça au labo. On attend les résultats. Je revois le dossier avec le chef de service et je reviens vous voir. À tout à l’heure.

Ok. Bon, là, j’ai un bon bout de marienne devant moi. Je demande à l’aide-soignante qui passe si je peux avoir quelque chose à manger. Il est 21h30, je n’ai rien avalé depuis mon p’tit déj, qui a mouru dans ma bassine et j’ai la dalle.

- Pas de problème. Je vais demander un plateau-repas.

À partir de ce moment là, le rythme de la trotteuse de l’horloge a légèrement fléchi. J’essaie de dormir, mais le bayou que j’ai dans le ventre me tient éveillée. 22h. 22h30. 23h. Manifestement, je ne mangerai pas au frais du contribuable ce soir.

23h. Gros chambardement dans le box voisin. Ma lumière s’est allumée (voui, l’interrupteur lumière, c’est pour les DEUX box. Y a pas de petites économies).

Mon nouveau voisin est… agité. Rond comme une queue de pelle. Aussi raffiné qu’un JM Bigard sous extasy. Et manifestement échappé de l’HP du secteur. La porte oscillo-battante qui nous sépare ne tarde pas à s’ouvrir.

- T’as pas une clope ?

- Non, je n’ai pas de cigarettes.

Il repars, furieux. Gueule, vocifère, crache. Il aime pas l’hôtel. Il veut se casser. Et là. Miracle ! Un plateau repas débarque sur sa tablette.

Maaaaaais que je suis connnnnnnn ! J’ai pas pensé à la version frappadingue affamée ! Le service est nettement plus express…

Pour moi, c’est drapeau blanc. Ce n’est juste plus possible. L’endroit, la date, le voisin :  les fantômes me poussent dehors.

Je me laisse tout doux, boucle ma valise et me rend au bureau des infirmières.

- Pas de nouvelle de mes résultats sanguins ? Du chef de service ?

- Non, aucune.

- Ok. Alors je vais rentrer chez moi là. Tout de suite.

- Ah mais cela ne se passe pas comme ça ma p’tite dame. Vous ne pouvez pas partir sans l’accord du médecin.

Sourire las…

- Mais si ma p’tite dame. Vous allez me sortir un joli formulaire de décharge et je vais rentrer chez moi. Je pourrai manger, dormir, avec deux infirmiers à portée de main. Et dans quelques heures, le cabinet de mon MG va ouvrir. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

- J’appelle le médecin.

- Faites donc.

Décrochage de bigo

- La dame de la 42 veut partir. Elle ne veut plus attendre.

J’entends un charmant et bruyant « Mais elle n’a qu’à se casser si elle n’est pas contente » à l’autre bout du fil.

Je souris de nouveau à l’infirmière confuse.

- Vous voyez. Je serais beaucoup plus en sécurité chez moi. Votre grand manitou ne m’a pas vue trois secondes, ignore dans quel état je fous le camp, et c’est tout juste si il ne me traite pas de grognasse. Il est où votre petite formulaire que je vous fasse un autographe ?

- Attendez, je reprends votre dossier… Ah…euh… Votre entrée n’a pas encore été enregistrée…

- Bah parfait. Comme ça,  je ne suis jamais venue ici. Ça tombe bien. Je ne suis déjà plus là. Au revoir et bon courage.

- Vous repartez comment ??? Vous ne voulez pas que j’appelle un VSL ???

- Nan, c’est gentil. J’ai déjà appelé mon chauffeur personnel. Il sera là plus vite.

valiseAvec ma petite valise bleue, je me colle dans la salle d’attente des urgences. Une vraie cour des miracles. Le père Noël est une ordure. Et visiblement, pas qu’avec moi.

Un petit quart d’heure de spectacle gratoch avant que mon frérot et sa femme ne débarquent, armés d’un hamburger tout chaud et d’un maxi coca. L’amour et la bouffe (oui bon, y a des soirs, on est moins regardant sur le pedigree du traiteur/viticulteur hein), il n’y a que ça de vrai dans la vie…

PS : Un grand merci à Catherine Bohec  , qui m’a soutenue via sms toute la soirée, a assuré le secrétariat twitter pendant mon absence (Voui, y a pas que Schumi qui a son staf VIP) et qui m’a fourni l’illustration parfaite du billet  :-*

 

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  11 comments for “Les poupées russes

  1. janvier 4, 2014 at 12 h 38 min

    On pensait tout savoir de l’inhumanité à l’hôpital. Eh bien non. T’as faim et sommeil, c’est pas grave : la répétition des examens et des questionnaires avant tout. On t’examine tant qu’on en oublie qui tu es. Tu n’es plus que « la dame de la 42″. Ont-ils tout oublié ces gens-là à force de prendre de la distance?

  2. janvier 4, 2014 at 14 h 12 min

    Voilà, je viens de relire ton billet. Et de me reprendre une claque dans la tête. Parce qu’en même temps vraiment c’est terrible, ce que tu racontes, et ça choque profondément une partie de moi.
    Et en même temps, je ne suis pas surprise.
    Parce que j’ai fait ça. En tant qu’étudiante, en tant que soignante, j’ai fait ça. Parce ce que le système est fichu comme ça. A l’hôpital, au CHU, beaucoup. En tant qu’externe/interne, on a l’impression de ne pas avoir le choix (et je ne suis pas certaine qu’on l’ait vraiment).
    Et même maintenant, même pas à l’hosto, ça m’arrive de participer à cette maltraitance organisée du système de soins.
    Heureusement, des témoignages comme le tien rendent plus vigilante.
    Merci pour ce billet.

  3. janvier 4, 2014 at 18 h 05 min

    je t’ai lue ce matin à 4h et tu annonçais ce post pour plus tard et…et…horreur je me suis aperçue que je me réjouissais de te lire et très cruellement je me suis dit qu’en fait je me réjouissais de tes aventures médicales. Ce qui est parfaitement dégueulasse et très sincèrement je ne veux plus me réjouir à l’idée de te lire. j’ai une petite excuse, je me réjouis de ce que tu narres si bien les choses qu’on comprend tout et cela permet aux non-patients d’imaginer cette situation.
    En fait je me dis aussi que ce qui est chouette, c’est de montrer qu’on peut dire non. J’ai pris du temps pour dire non…et dès que je l’ai fait je me suis sentie mieux et surtout considérée non pas comme un cas mais bien comme une personne, certes une personne qualifiée de « chiante » comme on dit d’autres « attention mgel ou attention personnel médical » mais c’est toujours mieux que de se dire qu’on aurait du…
    mais c’est très difficile pour un patient de regimber, il ne maitrise rien, ne sait pas s’il peut, se voit renvoyé à son incompétence, et de plus il est malade et de facto en situation d’infériorité. Bon je ne t’apprends rien. Mais faut il donc forcément être en situation de conflit ou d’opposition ou de défiance pour ne pas être maltraité?

  4. faribole
    janvier 5, 2014 at 17 h 16 min

    « En général, quand on dit « reconstruction par grand dorsal », on sous-entend ablation non ? »

    • faribole
      janvier 5, 2014 at 17 h 20 min

      put*** de b*** de clavier de m…
      oups pardon
      Je voulais dire, je ne suis pas toubib, ni crabahutée, mais j’avais compris.
      Pauv’ ti chou, ça a dû momentanément annihiler ses connexions de tomber sur une patiente qui sait et qui dit.
      Je voulais vous dire merci, 4 de mes amis vivent la même chose que vous, et je comprends mieux par quoi ils passent grâce à ce blog.

      Et aussi je voulais vous souhaiter une bonne année, avec tout ce cirque qui se calme, avec la sérénité, le retour à une mer d’huile après les tempêtes. Bisous.

  5. Joad
    janvier 5, 2014 at 18 h 57 min

    Normalement, le « P4″ que vous avez rencontré ne doit pas s’appeler un « P4″ mais un « D2″.. C’est une question de cycle : PCEM1, PCEM2, DCEM1, DCEM2…

    Après, je risque de passer pour le méchant de service mais je vous trouve bien cruelle et injuste avec le petit externe. Je ne sais pas si c’est ce qui s’est passé dans le box ou si c’est un effet de style de votre billet.
    En tant qu’étudiant, je dois avouer qu’il m’arrive souvent d’être embarrassé voire d’avoir honte de certains de mes camarades qui peuvent manquer de tact ou de retenue avec les patients… Peut être que l’externe que vous avez rencontré ce soir là l’a bien mérité.

    Après 3 années et demi de médecine seulement, et au bout de 12 heures de garde, il ne me semble pas anormal qu’un étudiant ne soit pas tout à fait au point sur la cancérologie et sur des maladies cardiaques rarissimes…
    Ce n’est pas si faute si vous êtes malade, ce n’est pas sa faute si ça a été la misère pour atterrir dans un lit à l’hôpital et ce n’est pas non plus sa faute si son rôle est de vous rencontrer avant l’interne et les médecins senior.

    Mais je comprend votre épuisement et votre lassitude.

    • admin
      janvier 5, 2014 at 19 h 36 min

      Joad, je pense que vous n’êtes pas un habitué de ce blog ni familiarisé avec mon ton habituel, bien souvent ironique ou sarcastique. Je fréquente les hôpitaux de France et de Navarre depuis plus de 30 ans pour d’autres raisons que le cancer et jamais je ne porterais un regard désobligeant sur un étudiant en médecine, sur un apprenant tout court d’ailleurs. C’est la base de mon credo professionnel. Ici, la situation était trop cocasse pour que je ne m’amuse pas du décalage de connaissances entre celui qui portait tous les signes extérieurs du savoir médical et ce que j’ai appris depuis ces dernières années en SVT ;-) . C’est ma plume qui est leste. Lui, je l’ai regardé avec un oeil plus attendri que critique, croyez-moi. Il est vrai que sa réflexion à la découverte de ma mastectomie m’a un peu-beaucoup-énormément surprise : car même sans l’histoire du grand dorsal, 1 K du néné et 3 récidives sans ablation, il ne va pas en voir beaucoup dans sa carrière et euh… je pense qu’en 4ème année, il serait quand même temps d’avoir les « bases » en onco (mais bon, il est vrai que je ne sais pas ce que l’on vous a raconté exactement sur le sujet à ce stade de formation). Mais je ne l’ai pas incendié, ne l’ai pas viré pour incompétence notoire comme d’autres patients le font parfois. Je connais les poupées russes de l’hôpital par coeur. Il faut bien apprendre son métier et je trouve cette formation indispensable. Il était frais comme un gardon, n’a manqué ni de tact ni de retenue. Juste de savoir. Et mes remarques ont toutes été faites sur un ton bienveillant. Quand j’écris ici mes petites aventures, je les tourne assez systématiquement à la dérision. Faire un compte-rendu « clinique », c’est pas trop my cup of tea. D’où le P4, une référence à l’armée d’antan que vous êtes sans doute trop jeune pour connaître. (mais je vais modifier légèrement la tournure car ainsi exprimé, c’est effectivement trop obscur pour être pigé). Étant dans la position d’externe, je comprends que vous ayez été un peu mortifié de mes piques vis à vis de votre camarade. N’en prenez pas ombrage. Les faits se sont déroulés exactement de cette manière, mais sans mes commentaires in petto bien sûr. Soyez certain que bien que maltraitée plus souvent qu’à mon tour par le SYSTÈME hospitalier, j’aime l’hôpital public avant tout autre établissement de santé et c’est vers lui que je me dirige spontanément quand j’ai le choix. Cela n’empêche en rien d’avoir un oeil critique sur ces dysfonctionnements. Ils existent et vous les connaissez malheureusement par coeur si vous vous y formez…

      • Joad
        janvier 7, 2014 at 23 h 14 min

        Oh, d’accord.
        En réalité, j’ai découvert l’article par le biais de médecins et d’étudiants qui semblaient culpabiliser d’être malgré eux des acteurs d’une maltraitance hospitalière… Et à la lecture du billet, j’ai eu l’impression que la présence de l’externe était une source de nuisance dans la prise en charge du patient alors que les portraits de l’ambulancière et de l’interne sont bien plus bienveillants.

        Je n’ai pas été particulièrement mortifié par la description de l’étudiant mais elle m’a évoqué 2 souvenirs d’externe :

        La rencontre avec un médecin urgentiste qui avait beaucoup de considération pour les étudiants qui passaient dans son service et qui veillait particulièrement sur le fait que les patients ne manquent jamais de respect pour les externes. Par exemple, je l’ai vu partir au quart de tours quand des lourdauds se permettaient des remarques sexistes envers les étudiantes. A la question « vous êtes en quelle année de médecine? » posée par certains patients qui se considèrent comme trop importants pour êtres d’abord examinés par des étudiants, ce médecin nous conseillait de rétorquer : « et vous, vous avez fait combien d’années de médecine? ». Cela m’avait marqué.

        Autre souvenir; en hôpital de jour dans un service d’onco-hématologie avec des soignants absolument remarquables; dans la chambre d’une patiente pour qui les dernières années étaient une série de cauchemar; il était programmé un examen désagréable pour surveiller sa guérison -que je devais réaliser- et l’interne était avec moi pour lui expliquer. Et tout au long de l’entretien, la patiente s’est comportée de manière odieuse avec nous deux… Sur le moment, moi qui me donnait 50 heures par semaine à fond pour les patients, j’étais anéanti : je me suis senti coupable de sa maladie, coupable de la médecine, coupable de devoir lui faire des misères…
        Et rapidement, j’ai pris du recul et j’ai saisi que c’était cruel et injuste de la part de la patiente : personne n’était responsable de sa maladie, tout le long elle avait bénéficiée des meilleures soins que l’on puisse avoir en Europe (les médecins, les infirmières étaient vraiment admirables), et ni moi ni l’interne n’avait l’intention de lui nuire. (Au final, j’ai réalisé l’examen avec le même soin qu’avec n’importe quel autre patient et cela s’est très bien passé)

        Voilà, je crois sincèrement que vous avez était bienveillante avec l’étudiant que vous avez rencontré mais sur le coup, le billet m’a rappelé ces patients aux urgences qui veulent voir tout de suite un « vrai médecin »; et cette patiente qui semblait vouloir nous faire porter le poids de sa maladie. Le ton et les commentaires m’ont trompé.

        Mais pour être honnête, si j’avais eu à raconter cette histoire du coté de l’externe, je l’aurai certainement raconté sur le ton du genre : « au secours je suis à la ramasse! »

        • admin
          janvier 9, 2014 at 9 h 41 min

          Oui, la bêtise n’est pas un virus qui attaque exclusivement les soignants ou les bien-portants. Être malade n’est pas un label d’intelligence, ne dispense ni de la courtoisie, ni de l’empathie.La vie n’est ni juste ni injuste, elle est belle et cruelle, elle est faite de méandres et d’apprentissages, de blessures et de petits et grands bonheurs : mais il nous appartient pleinement, à tous, de rendre ce maëlstrom harmonieux. Cela demande du travail, de la persévérance, de l’auto-critique, des yeux, des esgourdes grands ouverts sur le monde, sur LES mondes. Sur l’autre.Ce n’est pas un chemin aisé, mais il vaut que l’on entame la marche.

          « Caminante, son tus huellas
          el camino, y nada mas ;
          caminante, no hay camino,
          se hace camino al andar.
          Al andar se hace camino,
          y al volver la vista atras
          se ve la senda que nunca
          se ha de volver a pisar.
          Caminante, no hay camino,
          sino estelas en la mar.
          Antonio Machado « Chant XXIX Proverbios y cantarès »,
          Campos de Castilla, 1917

          Traduction de José Parets-LLorca
          « Marcheur, ce sont tes traces
          ce chemin, et rien de plus ;
          Marcheur, il n’y a pas de chemin,
          Le chemin se construit en marchant.
          En marchant se construit le chemin,
          Et en regardant en arrière
          On voit la sente que jamais
          On ne foulera à nouveau.
          Marcheur, il n’y a pas de chemin,
          Seulement des sillages sur la mer. »

  6. janvier 5, 2014 at 19 h 25 min

    Je fais partie des professionnelles qui se battent contre cette maltraitance ordinaire banalisée et si vraie. Cela parait tellement surréaliste !
    Merci pour ta façon de raconter ton vécu, on sent bien que c’est du lourd !
    Oui, les patients, vous avez le droit de dire non, de râler et de dire que cela ne vous convient pas…Dites le haut et fort !
    Merci Hélène pour tes billets toujours très pertinents, en espérant que tu vas mieux !

  7. janvier 5, 2014 at 21 h 13 min

    Je suis vraiment désolée de lire ton passage à l’hosto aussi inutile que navrant. J’espère que tu vas mieux, que tes migraines ont trouvé leur maître et que tes nuits sont plus réparatrices.
    Le protocole est tellement inadapté aux cas particuliers !
    Je te souhaite un prochain séjour hospitalier le plus éloigné possible dans le calendrier.
    Au moins un avantage, tu n’as pas à prévoir un régime dans tes résolutions après fêtes !!
    Bisous et prends bien soin de toi

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