Les « Plans Cancer »

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1. Qu’est-ce que c’est ?

Les Plans Cancer 2003-2007 et 2009-2013 sont une suite de plans conçus pour lutter contre cette maladie, pour améliorer la prise en charge des patients qui en sont atteints et réfléchir sur les failles de nos institutions pour pouvoir mieux y remédier. Inauguré sous Jacques Chirac, fortement réclamé par les associations de patients (La Ligue contre le Cancer en tête), le premier Plan Cancer a eu le mérite de faire un premier état des lieux et permis d’améliorer quelques points noirs, mais la Cour des comptes et le Haut conseil de la Santé Publique, tout en saluant cette belle initiative, pointe du doigt, en 2008, certaines carences du Plan Cancer N°1, relevant qu’un tiers seulement des 70 mesures qu’il préconisait était effectivement appliquées.

Sous l’impulsion du Professeur Jean-Pierre Grünfeld sera lancé le Plan Cancer N° 2 pour soutenir la recherche, lutter contre les inégalités face à la maladie, améliorer la coordination des soins et renforcer le suivi des malades après leur traitement sur la période 2009-2013. « Il s’agit également de faire un effort sur la coordination des soins (…) en remettant le médecin généraliste au centre du suivi des patients ». « Enfin, faire un effort sur le vivre après le cancer, qui a été un peu laissé de côté dans le précédent plan. Beaucoup de patients ayant déclaré qu’après la phase aiguë du traitement, ils avaient de la peine pour retrouver des repères, corriger les handicaps créés par les traitements et la réinsertion professionnelle ».

Madame Bachelot a annoncé, le 8 octobre 2010, l’ouverture officielle du site du Plan Cancer 2009-2013, que vous pouvez consulter en ligne : PLAN CANCER

2. Ce qui a été fait et ce qui reste à faire

Sur l’une des pages du site Oncoprof, le Professeur Jean-François Heron, a mis sous forme de tableau les principales étapes de ces plans suivis de liens pour en visualiser les objectifs principaux. Vous pouvez donc, d’un rapide coup d’œil, avoir une idée de l’avancée du chantier

Vous pouvez également lire le rapport Vernant, rendu au Président de la République en 2013. La lecture est un peu fastidieuse mais passionnante. En très très résumé, eh bien je dirais, en super prof originale : « Clap ! clap ! clap ! bravo ! bravo ! nette amélioration dans la prise de conscience, quelques progrès remarqués, mais encore beaucoup beaucoup de boulot en perspective ! »

Résumé et point de vue d’OncoBretagne (adresse du rapport téléchargeable su ce même billet)

3. Focus Le point sur la 40e mesure du Plan Cancer : le dispositif d’annonce

Le thème central du 12e Colloque éthique de Bicêtre du 8 janvier 2010 était : « Annoncer le cancer et la maladie grave ». Ce fameux point N° 40 du Plan Cancer, réclamé, à corps et à cris depuis plus de dix ans par les associations de patients, et en particulier par la Ligue Contre le Cancer.

La théorie, c’est

La pratique ICI :  récit des 3 annonces qui m’ont été faites depuis 2002. La première avant la naissance du Plan cancer, la deuxième lors du premier Plan Cancer et les dernière au cours du second.

Pour ma petite personne, comme de très nombreux patients, je n’ai pu faire qu’un triste constat : de jolies intentions… inappliquées. Cependant, les choses avancent, une métamorphose est en cours, et je pense sincèrement que la mutation, si elle est lente, n’en est pas moins profonde et irréversible.

Je pose souvent un œil critique sur l’hôpital, sur notre système de santé (même si j’ai bien conscience que nous ne sommes pas – encore – classés parmi les plus mauvais élèves occidentaux). Si aucun système n’est parfait, je trouve qu’il est indispensable de chercher les causes des malaises, de remettre, sans cesse, le questionnement sur la table, d’éviter le « … regarder la poutre qui trône dans l’œil de notre voisin ! » en se rengorgeant, comme de bons petits coqs de l’Hexagone, en se calant le postérieur dans des acquis qui n’en sont jamais. Si j’ai la dent dure avec mes sauveurs en blouses blanches, c’est toujours au cas par cas. Je respecte trop cette profession et la majorité des hommes qui la pratiquent pour jeter l’opprobre sur tout un corps de métier qui, de toute façon, est le premier à souffrir des inepties dont nous sommes tous témoins.

Par contre, même s’ils (elles) peuvent bénéficier de certaines excuses contextuelles, je pose un regard beaucoup moins tendre sur les hommes de la cité, ceux qui décident de notre vie citoyenne, ceux par qui passent immanquablement la politique de santé de notre pays. Dans leurs rangs aussi circulent des virus terribles, universels, et contre lesquels personne n’a encore réussi à pondre le moindre vaccin.

En vrac, et sans ordre de préférence (liste non exhaustive) : la vue à court terme, le désir de laisser son p’tit nom dans les annales de l’État, l’inadéquation des compétences requises avec les exigences de tel ou tel portefeuille : le titre de gloire semble parfois suffire à l’ego surdimensionné de nos chers ministres, peu importe leurs aptitudes à gérer tel ou tel domaine. Leur omniscience ne fait aucun doute. Entre eux en tout cas.

Bref, tout ça pour vous dire que je suis consciente aussi de la formidable énergie que dépensent certains médecins, soignants, politiques (bah, oui, y a pas que des brelles non plus, faut pas pousser l’bouchon Mauricette !), associations, pour faire évoluer de façon positive la prise en charge du patient.

Sur le site de l’Espace Éthique, vous retrouverez un concentré d’intelligences : humaine, émotionnelle, scientifique, philosophique. Vous pourrez lire, voir des hommes et des femmes, des grands soldats du serment d’Hippocrate et des penseurs, faire travailler à plein régime leurs méninges dans la même direction. Réflexions, autocritique, transversalité, écoute, abnégation, perspicacité, professionnalisme, tout y est : un condensé d’humanité rassurante. C’est excellent pour mon moral (donc pour la sécu) et je rêve (les Don Quichotte, c’est comme ça, ça ne se refait pas !) qu’on impose la lecture de ce genre d’articles à nos décideurs, nos p’tits chérubins qui entrent ou entreront user leurs fonds de culottes sur les bancs de l’ENA, des écoles de Sciences Po ou tout autre organisme susceptible de former l’élite politique nationale de demain. Parce que nos médecins, nos soignants, nos psychologues, nos sociologues, nos philosophes pourront bien se tournicoter les synapses tant qu’ils veulent : sans les moyens, sans une politique globale cohérente et humaniste, ils n’arriveront qu’à établir de magnifiques discours théoriques pendant que les autres leur parleront chiffres, budget, rentabilité.

Bien sûr, il faut être pragmatique, en prise avec le réel, mais il faut l’être des deux côtés. Nos députés ne peuvent pas faire l’économie de la réflexion des hommes de terrain. Ou tout cela restera lettre morte.

Si vous avez peu de temps, allez lire quelques articles sur l’espace éthique  ou écouter « La médecine est-elle toujours une science humaine ? »….. Ce dialogue sur le thème de l’annonce, entre Emmanuel Hirsch et Antoine Spire, a pris plus la tournure de la vindicte personnelle que d’un échange d’idées constructives, mais il a le mérite de montrer à quel point le sujet est complexe et épineux . Le comble de l’histoire, c’est que la voix qui s’est vue complètement couverte par le brouhaha de cette joute d’experts fut celle de Sylvia Tabet, seule patiente sur le plateau ce jour-là… Mais malheureusement, la voix du patient est bien souvent là, comme dans beaucoup d’endroits et sur bien des sujets, la dernière à être écoutée.

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  2 comments for “Les « Plans Cancer »

  1. décembre 10, 2013 at 8 h 40 min

    Oui, soit, sans doute que créer le dispositif met le doigt sur des lacunes et enfonce des portes ouvertes qui parce qu’elles sont béantes ne sont même pas vues! Mais dans mon monde rêvé le dispositif d’annonce ne devrait pas avoir besoin d’exister. Ce que je n’aime pas dans le dispositif c’est le mot:-dispositif avec ce que cela représente en lourdeur administrative, en non-spontanéité, en mécanisation de ce qui devrait être une simple relation d’être humain à être humain. Ce qui me crispe c’est l’annonce lourdingue qu’elle soit dans le cadre du dispositif ou non. L’inf d’annonce qui met ses petites croix crispée sur son écran…parlé chimioX parlé associationX parlé diététiqueX….je fais au pif mais voilà! Au lieu de s’occuper de 1 personne on s’occupe d’un cancéreux, diabétique, dépressif, vieux, etc etc le patient est tronçonné en catégories et le soin est souvent éclaté s’il n’y a pas de service cohérent et génial pour arriver à synthétiser le schmilblick. Finalement on s’aperçoit que le dispositif existe pour s’auto reproduire garantir sa propre existeence en oubliant que l’objectif réele est ce pourquoi il existe: le meilleur soin du patient.
    Avec un conflit d’intérêt certes, mais j’ai rencontré des annonces presque idéales (en enlevant toutefois que c’est toujours la m…le cancer) faites par le médecin traitant qui connait son patient, sa famille, sa biographie etc C’est si simple! Au lieu de concevoir le généraliste en dernière roue du carrosse, comme celui qui ramasse les débris…si on le mettait à la base avec simplicité et sincérité

    • admin
      décembre 10, 2013 at 11 h 33 min

      Chère Martine,
      Pour la place et la reconnaissance du MG, oh que oui. C’est bel et bien lui qui nous voit le plus souvent, qui nous connait le mieux pour peu que nous le consultions depuis un moment et celui qui est le moins mis en valeur, le moins rétribué sur le parcours de soin, le moins informé (ou avec des délais ridiculement longs) par les établissements anti-k qui nous suivent.
      La communication et l’intégration du médecin traitant est l’une des nombreuses petites lignes « plan cancer » qui jusqu’ici est restée lettre-morte.
      Comme toi, le mot « dispositif » m’inspire des sentiments fort mitigés, sa connotation « mécanique » n’ayant effectivement rien d’engageant. Les grands manitous feraient mieux de se pencher sur la formation des Docs en herbe en réintégrant sérieusement les « Sciences humaines » , en les formant correctement à la clinique dans leur cursus universitaire, en révisant les critères de sélection au concours d’entrée (qui fait totalement l’impasse sur les motivations des futurs soignants), en arrêtant de traîner la spécialité MG dans la boue, en sensibilisant tous les acteurs de santé au terme de « Bientraitance », bref, en remettant un peu l’humain au centre de ce vaste charivari médical.cf mes billets « Les blouses blanches, des alliés à choisir », #PrivésDeMG, « Hommage à« 

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