Lauriers ou bonnets d’ânes ?

KlimtPetite Nouvelle de Craboland, à peine romancée

Pitchoune est depuis 1 mois et demi en soins palliatifs au centre Crabotrope. Le personnel comme la cadre du service où elle a atterri sont adorables. On ne peut pas en dire autant de l’Administration, ni du jeune con de Dr Lacantroll, employé dans le service de soins palliatifs, à qui on a refilé le diplôme de psy. (Le « on »s’est manifestement mélangé les pinceaux entre la distribution des lauriers et celle des bonnets d’ânes ).
Pitchoune communique très mal, mais pige beaucoup beaucoup de choses. Elle a 50 piges mais des centres d’intérêts et la fraîcheur d’une gamine de 12 ans. Elle est née polyhandicapée, au sein d’une famille où elle a grandi comme une princesse, choyée et adorée de tous. C’est un amour. Une nana généreuse, drôle, têtue, tendre comme un Chamallow.
Son cancer métastasé a été découvert en août 2013, déjà généralisé.
Hospitalisée en raison d’une fatigue, d’une attitude passive et tristounette inhabituelle et autres symptômes qui font suspecter une hépatite A, elle ne sait pas que le diagnostic tombe rapidement : Cancer généralisé à tous les étages.
Personne ne lui a dit qu’elle était atteinte d’un cancer incurable. Officiellement, tout le monde est resté sur la version des premières suspicions. Sa famille a fait ce choix au départ, pour lui épargner une annonce difficile à appréhender dans son cas bien particulier. Mère, frère et soeurs ont pris le parti, bien que peu coutumiers de la politique autrUchienne, de ne pas dire, mais de ne pas mentir aux questions directes de Pitchoune à l’avenir. Comme pour une enfant qui posera les points d’interrogation quand elle sera prête à entendre les réponses.
Personne n’est dupe. Pitchoune a certainement compris que tout cela n’était qu’un paravent. Mais détourne immédiatement la conversation quand elle se rapproche de son état de santé, blague sur sa maigreur extrême et son ventre gonflé, ne pose aucune question. Alors que c’est SA spécialité la questionnattitude. Chacun des membres de sa famille respecte ce soudain désintérêt feint.
Mais voilà. Ce n’est pas LA politique du centre Crabotrope. Tout du moins en service de soins palliatifs, où Pitchoune fut accueillie suite à une fracture du col du fémur.
Chez eux, Il FAUT dire la vérité aux patients, même à ceux qui ne veulent pas savoir. La famille a été mise sous pression de façon innommable, particulièrement la maman de Pitchoune, (85 ans, toute sa tête et caractère bien trempé, qui fut sa curatrice jusqu’à il y a peu de temps. Une curatelle qui a été levée, Pitchoune se débrouillant parfaitement toute seule dans bien des domaines). Elle, elle connait sa fille par coeur, et tient à respecter son voeux implicite de non-dit.
Mais directeur et « psy » ne l’entendent pas de cette oreille. Du tout.
Sous prétexte d’une petite consultation anodine, le « psy », le Dr Lacantroll, a engagé le « dialogue » plus ou moins de la façon suivante avec Pitchoune :
Dr Lacantroll – Savez-vous pourquoi vous êtes ici?
P- Parce que je fais de la rééducation pour ma prothèse à la hanche.
Dr Lacantroll – Oui, mais votre hanche va très bien maintenant. Alors pourquoi vous garde-t-on ici?
P : Haussement d’épaules.
Dr Lacantroll – Mais parce que votre famille ne veut plus de vous. Votre mère ne veut plus que vous viviez chez elle.
P- Je veux retourner dans ma chambre
Dr Lacantroll – Vous ne voulez pas savoir pourquoi?
P- Je veux retourner dans ma chambre.
Le Dr Lacantroll , à regret sans doute, ne franchit pas le rubicond qui à l’air de le faire rêver. Il met fin à l’entretien après avoir bien planté sa petite graine de doute en plein myocarde.

Pitchoune est restée muette toute la journée. A été exécrable avec sa mère lorsqu’elle est arrivée pour sa visite quotidienne.
A fondu en larmes quand elle s’est retrouvée seule avec sa soeur aînée. Cette dernière a réussi, en remontant péniblement le fil de ses sanglots, à lui faire raconter tout ça.
Sévère ruade dans les brancards. Direction ? Le bureau du dirlo. Entretien avec famille, Pitchoune, Dr Lacantroll au sommet : Le Dr Lacantroll a bien voulu admettre une « maladresse » mais Pitchoune étant présente, tout le monde a avancé à pas de loups muselés.
Pitchoune réclame depuis un moment à rentrer chez elle, chez sa maman. Cet épisode « psyàlacon », plus l’envie que tout son entourage a de la voir mourir entourée de douceur, a eu raison de la raison. Malgré toutes les difficultés que cette décision va forcément impliquer (pas de prise en charge financière, ni par la mutuelle, ni par les divers organismes sollicités!), c’est l’amour qui l’a emporté. Quelques jours avant Noël, rapatriement vers le sweet-home .
Quand la maman de Pitchoune est allée annoncer au directeur qu’elle l’a reprenait chez elle jusqu’à ce que mort s’en suive, il lui a répondu que, si Pitchoune était restée dans ses services, on lui aurait dit la vérité, avec ou sans l’accord de la famille…
Des fois, j’ai vraiment des envies de meurtres. Non. D’assasinat. Pire. De distribution de métastases à la Desproges. Moi, j’ai trouvé mon « vétérinaire ». Celui qui, contre lois et marées, aura l’animalitude de m’aider à tirer ma révérence dans la dignité quand l’heure de l’embarquement aura sonné. L’État Français tourne autour du pot de l’euthanasie depuis si longtemps que j’ai anticipé sans vergogne sa progression lente et fastidieuse. Les politiques avancent timidement ces derniers temps sur le thème,  mais mon squatteur peut muer. Bien moins poétique que La Fontaine mais tout aussi facétieux, il peut passer de la tortue au lièvre sans crier gare. Je l’attends au virage, armée d’amour et sereine. Poliment, je lui dirai :
« Pedicabo ego vos »

PS1 : Ma Pitchoune, si tu traines par là alors que tu ne l’as jamais fait et que tu te reconnais, c’est que tu étais prête à lire les réponses plutôt qu’à les entendre. Je te dis à tout bientôt, sur cette petite planète bleue ou ailleurs. Je te fais un frotti-frotta tout doux sur ton cou de gazelle, comme celui que tu me faisais quand j’étais en chimio. Tu sais toi quels sont les 3 mots qui se cachent derrière.

PS2 : Cher lecteur, je ne suis pas fâchée avec TOUS les psys de la terre. Il arrive que certains me fassent hurler, d’autres m’ont sauvée. Aucune profession n’est exempte de connards. Toutes sont pratiquées par des humains. Ces petits trucs faillibles. Et mon connard n’est pas forcément le tien.

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et un « long, long chant triste« 

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  9 comments for “Lauriers ou bonnets d’ânes ?

  1. décembre 26, 2013 at 21 h 37 min

    pffff et re-pfff :-(
    Il a pas dû être facile à écrire ce billet.
    Des bisous à toi, des claques à ton crabe.

  2. décembre 26, 2013 at 21 h 49 min

    Je sais que c’est vrai, bien sûr. Il reste que je n’arrive pas à y croire!!

  3. Laurence
    décembre 26, 2013 at 22 h 39 min

    Il y a parfois de beaux salauds doublés d’incompétents tout de même dans ces services qui se doivent d’être « de pointe » qd même ! Ça double le combat – des Hugs à toi – (@lopalomita)

  4. décembre 27, 2013 at 12 h 29 min

    C’est terrible de lire ça!!! Stupide incompétent et traumatisant! Il a sèche ses cours d’empathie et d’annonce du diagnostic! Abruti !
    mon psy heureusement est à mon écoute …et respecte mes silences
    Je t’embrasse

  5. décembre 28, 2013 at 15 h 22 min

    Bonnets d’ânes pour certains, lauriers pou d’autres…. Des cons, il y en a partout ! Merci à toi dénoncer ces attitudes sans aucun sens de la sacro sainte faculté, je les hais parfois de tant de bêtises ! Des bisous.

  6. Monique Plouchard
    décembre 29, 2013 at 17 h 50 min

    Il y a beaucoup d’amour dans ce que je lis ici. Celui merveilleux et émouvant de la famille de Pitchoune, le tien, Hélène, si tendre…
    Et il y a les cons intemporels et malfaisants !
    Mais Pitchoune, elle c’est de l’amour qu’elle aura avant de mourir, donc un majeur dressé pour le Dr Lacantoll !
    Des bises chaleureuses

  7. janvier 5, 2014 at 21 h 23 min

    Minable, irrespectueux, il leur faudrait perdre un peu de leur sentiment de toute puissance

  8. Yvonne Mosser
    février 9, 2014 at 16 h 59 min

    je cherche mon vétérinaire., lupus et melanome ne se soignent pas de concert, et du Doliprane comp. en phase terminale d’1 néo estomac j’ai vécu ds mon taf, horrible d’accompagner cette dame (70ans) échouée en Ehpad car famille nie cancer et pas de place??? en palliatif? ? 2mois terribles, des nuits de cauchemar, elle se savait malade, et elle se croyait dans notre service pour mourir (pensait se trouver en palliatif) j’ai noté par écrit tous les événements et ses demandes, ts les jours, le cadre et les docs n’ont pas réagi, elle est morte une nuit avec moi, je suis restée malgré la centaine d’autres résidents qui attendaient ma tournée, marquée à jamais par l’abandon familial et institutionnel….yvonne

  9. lulu2436
    février 18, 2014 at 19 h 08 min

    Voilà ce qui se passe quand on applique des recettes toutes faites, des certitudes empiriques, des idées préconçues. Ne pas redéfinir son action en fonction de toutes les données médicales et humaines nous rend inhumain. Certes, l’inhumain est humain. Il serait intéressant de voir le Dr Lacantroll lire ce billet.
    Merci,
    Puisse ton blog nous rendre moins connard !

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