Contraception, sexualité, procréation

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A. Contraception

En France, sur les quelque 50 000 femmes que le cancer du sein atteint tous les ans, 20 % sont âgées de moins de 50 ans (en 2005, 2 388 étaient âgées de moins de 40 ans et 8 211 de 40 à 50 ans). La contraception après cancer du sein peut donc théoriquement concerner plus de 10 000 nouvelles femmes par an.

Bien entendu, cette contraception utilisée chez une femme traitée ou ayant été traitée pour un cancer du sein ne doit pas avoir d’effet délétère sur la maladie cancéreuse. Or, dans l’état actuel des connaissances, rien ne permet de confirmer l’innocuité ou la nocivité de la contraception hormonale après cancer du sein (résultats d’études contradictoires). Les choix de prescription doivent rester basés sur la prudence et donc a priori se porter vers des méthodes neutres sur le plan hormonal. Ce sont en tout cas les recommandations que L’AAI (AFSSAPS + ANAES + INPES) a éditées en 2004 pour la stratégie de choix des méthodes contraceptives après cancer du sein. Pour tout moyen de contraception œstrogénique, l’interdiction est claire en cas de cancer hormonodépendant. Concernant toutes les contraceptions progestatives, l’AAI contre-indique leur utilisation en cas de cancer du sein actuel mais ne pose pas de contre-indication absolue après cinq ans de rémission si aucune méthode plus indiquée n’est disponible ou acceptable, ce qui n’est pas spécifié dans le Vidal®.

Donc, il y a un vaste débat chez nos crabologues concernant le stérilet hormonal (dispositif intra-utérin au lévonorgestrel), communément appelé Mirena : les pour, les contre.

Vu la tête de mon onco et ses envolées lyriques quand je lui ai annoncé que c’était ainsi que se prénommait mon squatter utérin, j’ai soudain eu la vilaine impression d’avoir fait une énooooooorme bêtise (pourtant avec la bénédiction de mon généraliste et de mon chimiothérapeute !).

J’ai été priée de « me faire virer ça » illico presto ! Comme il a réussi à me coller les chocottes avec ma bombe à retardement, c’est la mort dans l’âme que j’ai fait procéder à son retrait. Rendez-vous compte ! Il fallait que je repasse de ma Rolls Mirena (que je supportais impeccablement, qui me privait magiquement de mes trucs de filles depuis des mois) à la vieille guimbarde du DIU cuivre qui allait encore me transformer en crevarde anémiée par ses règles niagaréennes. Rassurez-vous, toutes les minettes ne le supportent pas aussi mal que moi (heureusement d’ailleurs !). J’ai obéi. Lu. Réfléchi. Et finalement désobéi. Pose Mirena, retrait Mirena, Pose DIU cuivre, retrait DIU cuivre, Repose Mirena. Mais ce choix n’engage que moi (et n’est plus d’actualité vu qu’aujourd’hui j’ai le dispositif ESSURE et que j’ai ensuite été ovariectomisée)

Il reste donc quelques parades pour conserver votre statut de femme libérée. Dans la panoplie non hormonale,

A. Les méthodes locales : diaphragme, préservatifs, crèmes, ovules spermicides (je sais, c’est pas la joie !).

B. La stérilisation tubaire : si vous avez plus de quarante ans, que vous ne voulez plus participer au dynamisme de la natalité gauloise et que vous tombez sur un médecin qui accepte de le faire si jeune (la méthode étant définitive, certains docs gynéco préfèrent que vous soyez plus proches du demi-siècle), l’opération se fait en chirurgie ambulatoire, par hystéroscopie, grâce au dispositif Essure (qui obture les trompes). Il n’y a pas de nouvelles coutures, pas d’anesthésie générale et vous retrouvez un cycle naturel (celui que vous avez sans contraception). L’intervention dure à peu près une demi-heure. Une version beaucoup plus light que la ligature des trompes. Le seul inconvénient, si on la compare à cette dernière, c’est que son efficacité est différée à trois mois, ce qui impose un autre moyen de contraception durant ce laps de temps.

C. Le DIU (stérilet) au cuivre : s’il ne vous provoque pas de règles trop abondantes, il est fiable et sans effets secondaires trop pénibles et vous libère la tête pendant quelques années.

D. La vasectomie : une option tout à fait envisageable (et que pourtant peu de médecins pensent à vous présenter) si votre projet parental a été réalisé, que vous vivez en couple, et que vous êtes certains de ne plus vouloir d’enfants. Cette stérilisation masculine est pourtant fiable, définitive, présente l’immense avantage de n’avoir aucune répercussion néfaste chez votre compagnon et de régler tous les soucis liés au chapitre de la contraception par le biais d’une simple opération, légère, rapide et très peu douloureuse. Pas toujours facile à vendre à nos z’hommes (qui ont souvent une grande méconnaissance de la technique et de ses répercussions et qui craignent de façon totalement irrationnelle de devenir impuissants ou qu’on atteigne leur virilité), mais il existe des z’amours qui sont prêts à franchir ce tout petit pas pour nous épargner une galère supplémentaire. Je sais, j’ai toujours des symptômes du syndrome du Père Noël, mais ça vaut le coup de lui suggérer. J’ai bien connu un oiseau rare qui a fait plus qu’y réfléchir. Pourquoi pas vous !

Attention : la chimiothérapie comme le Tamoxifène peuvent provoquer des périodes d’aménorrhées (absence de règles) transitoires, des troubles de l’ovulation. La disparition de vos règles ne signifie pas que vous pouvez vous passer de moyens contraceptifs

B. Sexualité

La sexualité et le cancer du sein : un sujet complètement passé sous silence durant tout mon parcours de soin, de 2002 à 2010. La seule allusion faite par mon chimiothérapeute, dans les renseignements généraux de la première consultation fut le suivant : « Il n’y a aucune contre-indication aux rapports sexuels durant le traitement… »

D’un point de vue purement clinique, il n’avait sans doute pas tort. Quoique quelques périodes critiques, particulièrement sous chimio, imposent certaines précautions : la baisse courante des défenses immunitaires proscrit clairement certaines pratiques sexuelles, considérées à risque. Mais qu’une équipe médicale puisse évacuer un aspect si important de la vie des patientes par une phrase aussi passe-partout donne le la quant à la prise en compte des difficultés que les femmes atteintes d’un cancer du sein sont susceptibles de rencontrer à court, moyen et long terme.

Le minimum syndical aurait sans doute été de me demander si j’avais un compagnon ou non, quel moyen de contraception j’utilisais, quels moyens contraceptifs m’étaient interdits, quelles aides (psychologique, médicamenteuses…) pouvaient m’être proposées…

Là encore, je me questionne : – spécialiste qui se cantonne à sa spécialité ? – personne peu à l’aise avec le sujet ? – question taboue ? – question considérée comme subsidiaire ? – trop peu d’études consacrées au sujet ? Et pourtant… encore un aspect non-négligable de la maladie qui mériterait un peu plus… d’attention. Lors d’une conférence des 2es assises françaises de sexologie et de santé sexuelle (Lille 2009), MM. B. Letombe et J. Bitzer ont montré à quel point cette dimension de la vie de la patiente était bouleversée en fonction des traitements subis. À consulter sur le site de l’AIHUS, Association Inter Hospitalo-Universitaire de sexologie

Le Dr Yohann Loriot de l’Institut Gustave Roussy (IGR) à Villejuif (Val-de-Marne) et ses collègues se sont également penchés sur l’impact des traitements des thérapies ciblées sur les troubles sexuels, tout comme le Dr Mary Panjari, de l’hôpital Alfred à Prahran (Australie-étude BUPA) : cette dernière, d’après une étude effectuée entre 2004 et 2006 auprès d’une cohorte de 1 011 femmes de moins de 70 ans, rapporte que parmi ces dernières, 82 % des femmes déclaraient avoir une fonction sexuelle bonne et satisfaisante avant le diagnostic de cancer. Lors du premier questionnaire de suivi, soit un an après leur recrutement dans l’étude, 70 % des patientes faisaient état de fonctions sexuelles altérées.

La majorité des femmes connaissaient en effet une dégradation de leur fonction sexuelle dans les deux ans après le diagnostic : 72 % présentaient une baisse significative de leur désir (contre 20 % avant le diagnostic), 73 % ont constaté une diminution de leur activité sexuelle (contre 21 % avant), 49 % s’inquiétaient du niveau de leur désir (contre 8 % avant), et 64 % souhaitaient voir ce désir augmenter (contre 20 % avant).

Ces dysfonctions se retrouvaient particulièrement chez les femmes entrées en ménopause après le diagnostic. Rencontrés par 77 % des patientes, les symptômes vasomoteurs (bouffées de chaleur, suées nocturnes) doublaient également le risque de troubles sexuels, voire le multipliaient par 3,5 chez celles qui prenaient des inhibiteurs de l’aromatase.

Mais cette question, pourtant intimement liée à la qualité de vie des patients n’a pas l’air de passionner nos chercheurs.

Bien entendu, avec un peu de bon sens, on imagine facilement les répercussions psychologiques que l’annonce du cancer, l’aspect mutilant de l’ablation, la perte des cheveux, etc., etc. peuvent avoir sur la libido des patientes qui voient si soudainement et si violemment leur féminité (ou l’idée qu’elles s’en font) chahutée.

Physiquement, certains traitements sont clairement responsables d’une baisse de cette libido, de sécheresse vaginale, de douleurs lors des rapports sexuels. N’hésitez pas à en parler avec un gynéco, un psy, un sexologue, ou votre onco (si ce dernier ne botte pas en touche dès que vous parlez de galipettes !). Outre le bien que le simple fait d’aborder cette blessure si intime vous fera, un entretien avec un professionnel pourra vous fournir quelques pistes pour améliorer très concrètement cet aspect de la maladie si souvent passé sous silence (crèmes ou ovules lubrifiantes non-hormonales, ajustement de traitements, etc.).

Piqûre de rappel sur le thème : lire mon p’tit coup de gueule de l’année 2011 sur le thème de la sexualité, consécutif à la lecture d’un article paru sur la Maison du Cancer

À regarder : un joli docu de JD Flaysakier sur la question de la sexualité au sein du couple avec le cancer pour invité

C. Procréation

Environ 7 % des femmes touchées par un cancer du sein ont moins de 40 ans. Les progrès des traitements permettent d’améliorer la survie et de diminuer les effets secondaires touchant à la fertilité en particulier. Ces femmes jeunes peuvent rester fertiles malgré la chimiothérapie, de plus en plus systématique aujourd’hui dans cette tranche d’âge. De nouvelles problématiques médicales se posent donc aux thérapeutes comme la contraception de ces femmes et leur capacité à procréer.

Selon l’AFACS (Association – loi 1901 – Francophone pour l’Après Cancer du Sein), « les différentes recherches menées ces dernières années sur le devenir des femmes qui ont été enceintes après un cancer du sein ont donné des résultats surprenants, avec semble-t-il, aucun effet néfaste de ces grossesses sur le pronostic des cancers du sein, pourvu que des précautions minima soient respectées. »

Il reste cependant encore beaucoup à étudier sur cette question particulière. Si elle vous intéresse, vous pouvez consultez l’enquête de cette association sur le lien suivant : AFACS

Parlez de votre éventuel désir d’enfant dès les premiers entretiens avec votre oncologue. C’est une donnée importante pour les décisions à venir. Il devra en tenir compte.

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