La Femme-Papillon

femme papillon1/10/2013, La Pernelle

Madame la prof d’espinguoin a pu faire sa rentrée ! Un lycée, des élèves, des collègues tout neufs ! Les conditions de boulot ne sont pas encore optimales (et donc le Pestacle de « Ô rage Ô désespoir » fut parfaitement assuré autour de la machine à Kawa !) car il manque encore un « peu » d’huile dans les rouages, mais ce nouveau lieu de travail promet des lendemains heureux et rien que la fumée de ce joli présage me rend joie. (C’est l’avantage de passer directement du Néo-stalinien à l’architecture up-to-date sans être passée par la case rafraîchissement : le moindre coup de pinceau industriel vous donne l’impression de rentrer dans le cerveau de Lewis Caroll !).  J’ai pu prendre mes marques, arpenter les immenses couloirs des nouveaux bâtiments, donner le LA dans chacune de mes classes, loucher sur le matériel pédagogique high-tech (juste loucher hein, parce qu’il manque encore quelques câbles dans la boutique), échanger avec une équipe de linguistes redynamisée par ce flot de sang tout frais, échafauder deuz-trois projets sympas. Le début du commencement d’un mini-orgasme professionnel quoi. Ou en tout cas son prélude.

Mais voilà. La fête a à peine commencé qu’il faut déjà rentrer à la niche, l’oeil Droopy et papattes en rond.

Le prochain atelier couture est programmé pour demain…

Depuis le 13 septembre, date de la consult pré-opératoire au cours de laquelle  m’a été communiquée cette échéance, je flotte dans un entre-deux-mondes des plus étranges.

Je sais que je suis malade (bah oui, j’ai quelques absences mais quand même !). Je sais que l’étape est incontournable (J’ai repris à fond mes cours de crabologie, bien écouté mes grands professeurs et encore gagné une image en SVT).

Je sais. Mais je me sens bien. (D’accord, encore un peu de mal avec les clous vissés dans les côtes quand je me mets  au volant de ma Titine, K.O debout quand j’ai plus de trois heures de cours d’affilée, mais globalement, la héraute -oui, au féminin si je veux- de Cervantes a plutôt la pêche.). Le décalage entre ce ressenti et les réjouissances à venir est tout simplement innommable.

(Bah parabolise alors andouille. ! Quand y a plus d’mots, il reste les images…)

Alors je métaphorise :

C’est l’histoire d’une Vanessa Cardui, qui, il y a bien longtemps déjà, butinait de cirses en chardons, légère et diaphane. Elle avait bien connu quelques bourrasques, quelques ondées, mais les ailes au vent, insolente de fraîcheur, elle repartait, badine, après chaque nuée.

Seulement voilà qu’un beau jour, ou peut-être une nuit,  près d’un lac où elle s’était endormie, s’embarqua à son bord un forban malotru. Se délester du gaillard  lui coûta un bout d’aile, quelques tours de manège et un syndrome d’Icare, mais c’est ingambe et fière qu’elle reprit son chemin, virevoussant au vent sans trop s’appesantir sur ces désagréments.

Qu’elle fut donc bien dépourvue, quand la bise fut venue et qu’on lui annonça que son hôte malappris n’était en fait jamais tout à fait reparti. Au bord du précipice, guettée par la gangrène, elle consentit au sacrifice du quart de ses élytres, assurée qu’elle était de se débarrasser ainsi de cet hutin commensal. C’était sans compter sur l’ascendant morpion de ce sinistre animal, qui reprit malgré tout le gîte et le couvert chez son amphitryon. Bancroche ou pas, la chaumière ne perdit rien à ses yeux de ses allures hospitalières.

Ballotée par la tempête des ripostes huissières, les antennes en pagaille et la boussole en déroute, notre chamarrée damoiselle connut alors sa première banqueroute. Son arc-en-ciel pelisse déteignit tant et tant qu’il fallut bien se résigner à se refaire baptiser. Elle revêtit  alors la robe échiquière des ménalargia galathea ainsi que leur petit nom vernaculaire. Cette étrange métamorphose ne pouvait après tout que venir à bout de la psychose de son sinistre poursuivant. Elle ne savait pas la pauvrette que l’habit ne fait pas plus la nonne que le moine, et que le fin limier, pourvu d’un nez surdoué, repérerait sans mal la trace de son cachotier patrimoine.

Il faut alors aujourd’hui, ultime et labile recours, refermer la cambuse, éteindre les fourneaux pour que ce convive que personne n’abuse vienne à crier famine. Privé de sa cantine, affaibli et transi, en viendra-t-il peut-être à perdre de sa roguerie.

Mais qu’elle est triste la Douce de remiser le tablier, d’éteindre la lumière, d’aller jeter la clé au fond de la rivière. Non seulement l’automne s’annonce avec tambours et trompettes, frimas sans bluettes,  mais il va falloir de surcroît bien replier ses ailes, se faire petite et frêle, pour reprendre chrysalide, une de celles que la nature n’a jamais inventée,  lourde et solide, une armure de croisé, en priant le ciel et l’orage qu’elle ne se fasse point sarcophage.

(Bah tu vois, quand tu veux… L’innommable n’est jamais indicible.)

 

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  8 comments for “La Femme-Papillon

  1. Athenaisa
    décembre 15, 2013 at 21 h 56 min

    trop beau… J’adore le ton « badin » du début de ton post, pour finir par un texte magnifique qui nous en met pleins les yeux : oui ça y est non visualise très bien que ce joli papillon que tu es passe encore par une étape, ô combien difficile. Je te souhaite que ta prochaine chrysalide soit encore plus belle que les précédentes et non point sarcophage. Merci.

  2. Lisette
    décembre 15, 2013 at 21 h 57 min

    Wahou…..que c’est beau.
    Quelle plume
    Chaque fois c’est l’emotion…

  3. Frédérique67
    décembre 15, 2013 at 21 h 57 min

    Comme tu nous es précieuse Pernelle la Belle, qui écrit si bien. Je pense à toi très fort et te dis à très bientôt, nous avons trop besoin de toi. Toutes mes pensées positives sont pour toi.
    Merci

  4. Claraza
    décembre 15, 2013 at 21 h 58 min

    ah non on oublie le sarcophage, tu es bien trop chère à mes yeux!!!
    alors hop hop hop , demain on s’accroche toutes à toi
    je pense trés fort à toi LN
    Merci encore et je ne suis de tout coeur avec toi
    Elisabeth

  5. décembre 15, 2013 at 21 h 59 min

    je suis « bluffée » arriver à dire tout ça, même l’indicible, sans que ce soit un tire-larmes
    toujours trop bien

  6. Evyne
    décembre 15, 2013 at 21 h 59 min

    Je souhaite fort qu’un jour le « grand Apollon » ou le « Vulcain » viendront rallumer le feu dans ta chaumière, que « menelargia galathea » se refera « belle dame »… Et qu’on saura bientôt comment faire fuir définitivement ton satané poursuivant.
    Douces bises

  7. Brindeau
    décembre 15, 2013 at 22 h 00 min

    J’attends toujours avec impatience que dans ma boite mail arrive le petit message sympa : « un ouvel article sur le blog ». Ces articles sont toujours magnifiquement rédigés et c’est un vrai petit bonheur même si quelquefois je suis incapable de trouver les mots justes pour y répondre. Comme toujours , j’aurai une grosse pensée pour toi. Encore une étape difficile mais une fois de plus , tu vas montrer à crabus qui tient les rênes et il faudra bien qu’il finisse par comprendre. Je t’embrasse très , trés fort

  8. décembre 15, 2013 at 22 h 01 min

    Juste je pense très fort à toi et sursum corda

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