Atelier couture

couture20/10/2013, La Pernelle

14h45 : Je passe vite fait chez le photographe de l’hosto avant de grimper faire un dernier (j’espère !) coucou au Dr Pervenche, histoire qu’il vérifie que tout est en ordre, qu’aucun bistouri ne s’est égaré au coeur de ma merveilleuse anatomie et qu’il n’y a aucun signe d’épanchement pleural à l’horizon après la thoracoscopie de juillet.

Le cliché est paaaarfait. A part les nombreux clips dispersés ça et là au cours des interventions passées, rien d’incongru. Les bobos intercostaux encore très présents non rien d’inquiétants.

C’était prévu au menu et sans supplément.

Je m’en retourne donc guillerette, avec le tampon « Apte à se refaire charcuter ».

Prochain atelier couture…demain.

Une fois n’est pas coutume, Bécassine décide d’aller traîner un peu en ville. Mes deux Loulous sont dispensés de cours cet après-midi. Rendez-vous au tas de sable pour un p’tit kawa en famille. Mais voilà. Bécassine a mis ses chaussures de fille. Et n’a pris aucun cours de conduite accompagnée avec escarpins. Ce qui est une grave erreur.  Car   sournoise est la plaque d’égout citadine (particulièrement les jours de pluie.).

Glissade. Moulinage. Rattrapage. Ouf. Pas d’étalage. L’honneur contadin est sauf. Par contre, la plèvre ? les côtes ? les muscles ? semble-t-il un peu moins… Du « sourd et lancinant », le bobo intercostal est repassé en phase « aigu et fulgurant ».

Je sers les dents, efface tant bien que mal les étoiles qui se sont allumées au plafond et poursuis le programme planifié avec un peu moins d’enthousiasme… Quelle idée aussi de ne pas rentrer directement à l’étable La Noiraude…

2/10/2013

La nuit a été hachée menu. Les douleurs thoraciques, les angoisses et cauchemars de veilles de bloc ont consciencieusement fait leur boulot. Morphée n’a pas arrêté de se carapater. Mais à 7h sonnantes et trébuchantes, je pars avec mon taxi préféré et retourne à la capitale (meuh nan, pas celle de l’Eiffel Tower ! Suivez un peu ! Pour Bécassine, la capitale, c’est le nom que porte toute agglomération de plus de 50 000 habitants dans un rayon d’à peu près 50 km autour de sa chaumière).

8h : Je découvre pour la première fois les chambres du centre Kèrberos. Petit salon privé à l’entrée, avec canapés, placards, attenant à la salle de bain. Immense chambre… Aaaarg… double ! Merdoum et ratatoum. J’ai complètement oublié de demander la suite single !!!

Ma voisine, (appelons-là Georgette) est trop stone pour le moment pour que je puisse évaluer l’étendue des conséquences de cet oubli inqualifiable. On verra ça plus tard.

Pour l’heure, il faut que je me concentre sur le baptême du jour : mon premier lavement par sonde. A 43 piges, il était quand même temps que je découvre cette petite gâterie. Et en public siouplaît. Trop chouette ! Je vous passe les détails. Les curieux scatos iront voir   si ça les chante. Ah si ! Je reprécise quand même que les toilettes sont dans l’entrée, à l’autre bout de l’immmmmense chambre-DOUBLE. Qu’il faut passer, pour si rendre, devant Georgette… qui prend son petit déj ;-) . Question cohabitation, je trouve qu’on démarre très très fort…

8H45 : Départ pour le bloc de la schtroumfette dûment vidangée. Les p’tits bons hommes verts papillonnent autour de moi comme les abeilles autour du pot de confiture, mais très vite, c’est l’infirmier Stéphane qui va devenir mon coach exclusif et s’occuper de ma préparation, qui se fera en salle de réveil en attendant que la candidate précédente revienne à la case départ. Il a l’oeil qui frise, le sourire lumineux et la boutade facile. Ça m’arrange. Sur les starting blocks du bloc, le ping-pong desprogien est le sport que j’affectionne le plus (et c’est quand même plus sympa quand on joue à deux, au ping-pong). Jusqu’au retour de la première fournée, tout se passe bien. Même si je rêve prairies et bouses de vaches, je n’ai pas le même stress que d’habitude car je sais que le Dr TséTsé, cette fois-ci, ne me neutralise qu’à moitié. Pas d’AG, pas de réveils à la noix. Mais c’est sans compter sur le formidable mécanisme de mes p’tits méninges, conditionnés par la force de l’expérience (Euh bah c’est que si je ne me goure pas dans mes calculs, je fête aujourd’hui mon 17ème bloc opératoire. Forcément, ça laisse des traces hein). Lorsque Patiente Number One sort enfin de la chambre à glagla, les phrases rituelles de l’équipe soignante me retourne l’estomac aussi sûrement qu’un shoot de morphine.

- Madame Machin… Madame Machin… L’intervention est terminée… Tout va bien… Ouvrez les yeux Madame Machin… Oui, c’est ça… Vous m’entendez Madame Machin… Montrez-moi que vous m’entendez… Gardez les yeux ouverts…

Glurps… Illico, la nausée au bord des lèvres, les yeux au bord des larmes, ou vice-versa, je ne sais plus très bien. Infirmier Stéphane comprend vite qu’il doit tout reprendre à zéro. Il fonce me chercher un joli paravent look Ikea, avec plein de coccinelles rigolotes, histoire de restreindre mon champ visuel à un succédané de panorama bucolique, me taquine pour m’occuper les tympans et babille ainsi jusqu’à l’arrivée de l’anesthésiste. Ce dernier est doux et gentil. Et plus il est doux et gentil, plus je deviens fontaine. Infirmier Stéphane le vire avec douceur pour reprendre la main et arrive à stopper le flot lacrymal avec ses pitreries.

On y est. L’aiguille, (que dis-je ! La banderille), se cale dans mon dos et Infirmier Stéphane devant moi.

La Noiraude : « Est-ce que vous avez eu des bébés ? »

Infirmier Stéphane : « Euh… Oui… Euh… Pourquoi ? »

La Noiraude : « Juste pour savoir si vous avez un peu d’entraînement »

Piquouse.

Broyage de mains d’Infirmier Stéphane, le temps de la brûlure, le temps du court éclair de diffusion anesthésique.

Infirmier Stéphane : « Oumpf… Ah d’accord… Ah oui c’est ça. Ça me rappelle quelque chose »

La Noiraude : « Sans la tête de polichinelle en récompense. Désolée. Les risques du métier. »

La suite, aucun souvenir. Dr Tsétsé, sournoisement, a injecté un « p’tit calmant » dans la perf. Il paraît que j’ai beaucoup tatassé (comme c’est bizarre) pendant que le Dr Phénix estourbissait mon ovaire survivor. Mais le retour à la surface c’est fait sans encombre.

Un vrai bonheur. Ou presque.

13H : réintégration de ma suite royale. Georgette a l’air beaucoup plus fringante que ce matin. Respiration de buffle asthmathique, voix de maquignonne en pleine foire, mon p’tit doigt me dit que nous n’allons pas garder longtemps les cochons ensemble.

Dodo

18h : Les sonneries de téléphone tintinnabulent dans tous les sens. Georgette est capable de répondre sur le fixe ET sur son portable en même temps, sautillant allègrement d’une conversation à l’autre sans même s’emberlificoter les neurones. Faut dire que les fils conducteurs sont assez clairs. A tribord, les misères de Georgette avec Georges. À babord,  les dernières emplettes de Georgette chez Carrouf.

Heureusement, les coliques commencent à m’occuper suffisamment la caboche pour ne pas en prendre trop ombrage.

20h : J’ai la dalle mais impossible d’avaler la « soupe » maison.

Georgette est toujours auX téléphoneS. Mais Georgette a un don ubiquitaire bien plus  sidérant encore que je ne le pense. Car, en prime, elle vient d’agiter le truc plastique qui sert à réveiller en même temps Gilles Bouleau, Vincent Peillon, Silvio Berlusconi  et Astérix (sans référendum, ç’la va de soi !). Là, j’avoue, l’espèce de dinosaure rétrograde qui n’a plus la téloch depuis… pfiou, au moins… a vraiment failli lui faire avaler la sonnette! Mais Georgette fut sauvée par le gong. L’équipe de nuit, qui venait faire son premier tour de service, a mis fin sur le champ à la Guignolade. Un simple coup d’oeil de l’infirmière sur l’accent circonflexe de mes sourcils planté au milieu de mon front blafard et le couvre-feu de 39-40 était rétabli !

2h du matin : Je me venge méchamment des ronflements de Georgette, provisoirement métamorphosée en 32t, en appelant l’aide soignante à peu près toute les heures. Les seuls antalgiques auxquels je puisse prétendre font leur boulot de pipi d’chats dans les violons et elle m’apporte une bouillote bien chaude à me coller sur le bidou pour tenter de calmer un peu la braise qui couve (le feu par le feu). Adorable, elle en profite pour me masser dos et épaules pendant 10mn si elle n’a pas d’autres appels de chieuses entre temps, histoire de décrisper un peu mémé-jeunette .

3/10/2013

7h30 : ¡Milagro ! Miraculum ! ¡Bendido sea Dios ou son remplaçant de garde !  Les douleurs pelviennes ont à peu près baissé pavillon. Georgette se prépare pour partir au bloc. Je vais pouvoir PIONCEEEEER !

10h30 : Visite du Dr Phénix. Je lui dis que tout va bien dans le meilleur des mondes et que j’ai entendu les bruits de couloirs qui sifflaient sur tous les tons la pénurie de chambres dans le service aujourd’hui. Je lui propose une libération conditionnelle avec effet immédiat, faisant valoir que j’ai n’ai mal nulle part (rhhhho Pinocchiote !), que je suis une pro de l’auto-piqure AVK, que je me reposerais bien mieux chez moi, que j’ai un taxi super réactif, que j’ai oublié ma brosse à dent, que… ça les arrangerait bien…

Brève hésitation.

Dr Phénix : « Vous êtes sûre ? »

La Noiraude : «  OUI »

Dr Phénix, à l’infirmière : « Ok. Vous pouvez enlever la sonde urinaire de Madame B. Si la miction revient à la normale et que TA et température sont ok, vous la faites sortir en début d’après-midi ».

Dommage. Je ne peux vraiment pas danser la mazurka. Mais le coeur y est Dr Phénix. Vraiment!

13h : Désincarcération. Mince. Georgette n’est pas encore remontée du bloc. Je ne vais pas pouvoir lui faire manger son portable en mode vibreur. Tant pis. Après tout, je pense qu’au niveau tortures, ils s’en sortiront très bien sans moi…

PS : oui, je sais, je suis à la bourre sur les news… Suite de l’épisode demain, lundi 21 octobre 2013… Si je veux…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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  1 comment for “Atelier couture

  1. Chappaz MN
    décembre 15, 2013 at 21 h 54 min

    Bravo! C’était génial. Pas le vécu, non. Mais le rendu. Formidouble!

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