L’horloge molle

horloge molle8/06/2013, La Pernelle

Un an sans actualiser mon p’tit journal… Bah quoi qui se passait Madame La Pipelette ? En panne d’inspiration, de réflexions, d’énervations, d’évènements notoires ? Mais que Nenni M’sieurs Dames ! C’est juste que lorsque l’hôpital vous lâche enfin les baskets, que quand Monsieur l’Expert vous juge apte à retourner au turbin, la petite trotteuse de votre « horloge molle » de crabahuteuse devient tout simplement hystérique !

Après avoir regardé comme une vache asthénique et impuissante passer le train de la Réforme du Lycée, il faut tout bonnement se transformer en pur sang anglais et assimiler au galop les trois années de changement radical qui vous sont passés sous le nez. Du flegme bovin à la fougue équine, il y a une grosse marche ! Mais fort heureusement pour moi, la Doc de l’Inspection Académique m’a accordée une étape intermédiaire dans la métempsycose : avec 6h de décharge horaire hebdomadaire, j’ai eu l’immense chance de pouvoir me glisser dans la peau d’un baudet du Poitou avant de tenter la mutation vers Ourasi…

Je suis absolument certaine que cette reprise en 2/3 temps m’a  sauvé la mise car le 1/3 temps accordé (normalement prévu pour pouvoir retrouver votre flegme de  Noiraude entre deux journées de boulot) m’a permis de reprendre de fond en comble toutes mes prépas de cours et de mettre  ma bloggopathie, contractée dans l’ère crabesque, au service de mes chères têtes blondes. . Je termine bientôt ce marathon épique (après quelques dizaines de copies bac à corriger fin juin) sur les rotules, mais raviiiiiiiiiiiie d’avoir tenu le pari : un an sans arrêts de travail pour raison de santé !!! Oh, je ne dis pas qu’il n’y a pas eu de bobos, de gros chagrins, de grand corps malade flanqué au milieu de deux bras ballants, mais j’ai bouclé la boucle, portée par le bonheur de retrouver les petites préoccupations dérisoires de la salle des profs, les défis abracabrantesques de ma chère EN et l’enthousiasme titeufien de mes adorables boutonneux ! C’est fou ce qu’on peut être heureux d’arrêter de participer à la débâcle du budget sécu et de revenir fièrement cotiser à une retraite dont on ne verra probablement jamais la couleur :-)

Donc, j’ai pris des grandes vacances de crabahuteuse : plus d’Ikigaï, plus de twitts cancéreux, plus de posts d’impatientes ! Un nirvana autruchien qui a fait un bien fou à mes neurones saturés de  Craboland…

Mais voilà, la Bêêêête, elle, elle s’en fout royalement de vos petites crises d’amnésie salvatrices… Comme le chat aplati dans le champ de coquelicots jolis salivant devant la musaraigne, oreille rabattues et pattes de velours, elle peut ramper tranquilou entre deux radars en vous laissant tout à votre joie de baguenauder dans les prés… Est-ce le cas de l’hôte de mes bois ? Eh bien that’s The question remise sur le tapis.

27/11/2012 :

Scanner de contrôle (surveillance de la crotte de bique apparue sur le poumon droit à la séance photo du 13 janvier 2012 et de sa copine, apparue en août 2012). « État stationnaire des squatteurs, pas de nouveaux occupants ». On respire et on se consacre le coeur léger à l’avalanche des conseils de classes et aux emplettes du Père Noël.

22/05/2013 :

Nouvelle séance photos. 8h30 du mat, à jeun… Beurk… Depuis 2h, rien qu’à l’idée d’avoir à avaler le demi-litre de l’habituelle substance blanchâtre en guise de petit déj, j’ai le coeur barbouille. J’amène mon petit flacon à la secrétaire, résignée, mais, ô joie ! Cette dernière me dit qu’aujourd’hui, la piquouse suffira et qu’elle garde la mixture pour un autre patient oublieux. (bon, elle fait une boulette, mais je ne le sais pas encore et suis tout à mon bonheur). Poireautage en salle d’attente. Passage sous les feux de la rampe. Repoireautage en salle d’attente pour récupérer les clichés et le compte-rendu.

¾ d’heure de patience et le « Madame Bénardeau » libérateur tintinnabule enfin à mes esgourdes. Mais là, le petit suricate inquiet qui sommeille toujours en moi en ce lieu de misère se dresse soudain sur ses pattes arrières : la voix ne vient pas du côté souhaitable – à gauche, côté Secrétaire Gaffeuse – mais à droite – côté blouse blanche en effervescence. Pouah… Les invitations dans l’antre du grand manitou, j’ai appris à ne plus les prendre pour un privilège. Ici, moins on est VIP, mieux on se porte !

- « Bonjour Madame Bénardeau. Quand est-ce qu’est programmé votre prochain rendez-vous avec votre oncologue »

- ……. (mauvaise entrée en matière. Un doc qui s’enquiert d’un rdv avec votre crabologue est un doc pressé de refiler une patate chaude) « Le 13 juin pourquoi ? »

- « Eh bien, le petit nodule de 5 mm fait désormais 1 cm et je préfèrerais que vous en parliez avec le Dr Arlésie sans tarder… »

- … Heu….oui… D’accord… Faut-il que j’essaie d’avancer le rdv ? (c’est tout vu, mais prenons la température…)

-   Ce serait préférable mais il n’y a pas non plus d’urgence…

- (D’accord, d’accord… c’est pressé mais pas pressé… Décodage : patate chaude potentiellement brûlante). Bon, je vais appeler son secrétariat pour essayer.

Mon Helmut Newton à moi se lève, me regarde avec des yeux de Dobby et, tout en me serrant la pince, me pose sa main libre sur l’épaule en murmurant dans un sourire contrit :

- Ne vous inquiétez pas trop….

- Hummm (Aaaarg…Ben pourquoi que tu fais ton droopy et que tu compatis déjà manuellement alors… Bon, j’me moque, mais je sais que c’est pas le moment préféré de ta journée et que tu veux être gentil hein…)

Passage au secrétariat. Récupération du compte-rendu. «  Apparition d’une nouvelle image. Crotte de mouche celle-là. Hum. J’aime pas les réunions nodulesques. Ça me fatigue les méninges. Sortie. Action. Coup de fil à la secrétaire de ma doc en chef. Explications. Conciliabule inaudible entre filles. Miracle. Du 13 juin, mon rdv est ramené au 27 mai. Euh… C’est super… Mais que j’aurais quand même préféré ne pas avoir trouvé la formule magique. Là encore, un « sésame ouvre-toi » qui fleure moyen-bon.

27/05/2013 :

J’ai eu quelques jours pour anticiper les manoeuvres à venir. Elle va demander un tep, les marqueurs pour le premier débroussaillage. Le seul truc qui me fasse lever le sourcil, c’est lorsqu’elle me dit que si les marqueurs ont fait un bond significatif, on ne se pose pas de questions : on file direct à la case chimio…

- Euh… Les marqueurs sont pourtant réputés pour être des planches pourries avec leur faux-positifs et faux-négatifs nan ? (pour ma pomme, 3 cancers et jamais de flambée de ces messieurs) Une chimio à l’aveugle… Comme ça… Sans biopsie… Sans histologie…

- Euh… Oui, mais il y aurait concordance de signes.

- Ben, ce n’est pas la nécessité de la chimio que je conteste, mais la chimio à l’aveugle… Les cancers secondaires n’ont pas forcément le même profil que le primo, sur l’hormono dépendance, le SBR et le reste, Non ?

- …. Euh… Généralement, les traitements efficaces sur le primo le sont également sur les secondos… Mais il est vrai que je préfèrerai une biopsie aussi… Il faut cependant que je vois ça avec un chirurgien thoracique et un radiologue. A priori, le nodule me parait bien près de la colonne. Je ne sais pas si c’est envisageable.

- … (Mouais, tellement efficaces que j’ai déjà replongé deux fois… Pis les métastases qui changent de profil histologique, c’est quand même pas si rare que ça. Tant qu’à retourner faire un p’tit tour en service gerbi-gerbe, j’aimerais autant qu’on tatonne pas trop longtemps. Mais bon, je vois bien que je ne te pose pas les « bonnes » questions. Je te lâche les tongues pour aujourd’hui) « Ok. On attend l’avis de vos collègues et les résultats du tepscan alors. »

- « Oui, on fait comme ça. On vous recontacte dès que le rdv est pris »

- « Merci Docteur. A bientôt »

Prise de sang. Résultats le surlendemain. Marqueurs toujours en vacances. C’est bien. Mais n’ont jamais été bien courageux donc leur inactivité n’a pas sur moi la moindre vertu analgésique. C’est bien quand même. La panique ne s’installe pas à demeure. J’en prends juste pour quelques jours (semaines ?) de montagnes russes.

Ah ça y est… Ma petite oreille interne le perçoit le rétrogradage du sablier… Les horloges recommencent à dégouliner de partout, les secondes à s’étirer comme des bubble gum… Et mes sabots de Pégaze qui redeviennent de plomb…

Allez. Retour au pays du temps suspendu. Come-back sur Ikigaï. Matraquage de questions pour mes Impatientes. Des twitts à la mer… Rester zen à la maison… Le bac de mon grand loulou dans quelques jours… Chut… Pas de rides en surface… Serrage de fesses quoi qu’il arrive. Un peu de triche avec mes zamours… Pas longtemps… Jusqu’au verdict du staff de crabologues… Nan… Du jury du bac. Bien qu’ayant obtenu les lauriers de ce beau diplôme de fin d’études secondaires il y a 25 ans, je n’ai pas eu le privilège d’exulter ce jour là, un immense voile de tristesse s’étant abattu sur ma famille quelques heures avant l’affichage… Ne pas reproduire… Laisser la sève du bonheur grimper jusqu’à la cime, laisser les étoiles accrocher au plafond. Ça, tu ne nous le voleras pas saloperie, en veille ou en mode matou matois…

 

 

 

 

 

 

 

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