… En Scylla!

Avertissement : si les pages qui suivent s’inscrivaient dans un roman, elles ne seraient probablement pas très crédibles, le trop en rebondissements littéraires étant fort souvent l’ennemi du bien. Mais comme jusqu’à nouvel ordre, je n’ai pas encore été diagnostiquée mythomane, force est de constater une fois de plus que la vie est parfois  bien plus imaginative que les auteurs de  fiction !

coeur brisé

Jeudi 1er Mars :

Comme prévu, j’arrive dans le service de chirurgie ambulatoire vers 11h,  fraichement bétadinée, à jeun depuis la veille au soir, en compagnie de la doyenne de mes trois grâces, qui, aujourd’hui, joue les taxis pour l’aller-retour. On m’installe dans une pièce aveugle, déco beigeasse dans le pur style des années 70, mais peu importe : je dois passer au bloc dès 13h et suis armée d’un excellent bouquin dans lequel je n’ai pas trop de mal à me plonger malgré le contexte. J’entends en toile de fond l’infirmière de service qui passe en revue tous les patients de la veille, revenus chez eux, auprès de qui elle fait une enquête téléphonique pour leur demander comment ils se portent et si ils sont satisfaits de leur prise en charge. J’ai l’oreille qui traîne… Apparemment, pas de récriminations particulières. Je suis pressée d’être à l’autre bout du fil demain, chez moi.

La pendule tournicote.

13h. 13h30. 14h. 14h30.

Pas de brancardier, pas de prémédication. Ça sent pas bon. On me dit qu’il y a du retard au bloc. Mouais. J’avais remarqué.

15h. 15h30. 16H.

J’ai soif, j’ai faim. Je n’arrive plus à lire. Je me venge lamentablement sur mon portable, distillant à droite à gauche des sms à ceux qui pensent à moi et qui m’imaginent  déjà en train de faire mes vomitos en salle de réveil. La colère gronde. Je sens  gros comme une maison que l’ambulatoire est en train de se transformer en nuit offerte par la collectivité. Il faut que je révise l’intendance, que je prévienne mes fistons qu’ils vont sans doute être seuls ce soir, que je vois si quelqu’un sera dispo demain pour me ramener etc…  Mon taxi préféré m’appelle pour prendre la température : tout cela n’a rien de gravissime, mais je m’effondre en larmes au cours de la conversation : l’attente de l’anesthésie dont je redoute tant les effets, les odeurs de l’hosto, ma bouche desséchée, mon estomac qui s’insurge, l’éternelle impression d’être malgré moi le chien dans le jeu de quilles quotidien de mes proches, qui eux bossent tout en s’organisant pour être disponibles lors de mes péripéties médicales, tout cela me pèse tellement… Ma grâce n’a cure de ma culpabilité et débarque illico me tenir compagnie en attendant que l’on daigne venir me chercher.

16h30. 17h. 17h30.

Enfin, je vois le bout du nez de la chirurgienne qui se pointe à ma porte :

- «  je suis vraiment désolée Madame Bénardeau. Rien ne se passe comme je le veux aujourd’hui. Nous avons pris beaucoup de retard. Désirez-vous que l’on reporte l’intervention à une autre date ? ».

Sa frimousse fatiguée me laisse penser qu’elle ne serait pas fâchée que j’acquiesce, mais  voilà, je n’ai pas envie de jouer à la loterie des disponibilités de son planning, de continuer à dévaliser le rayon « trucs de filles» de mon supermarché, de tout réorganiser et …d’avoir poireauter pendant 6h30 dans ce bocal déprimant pour…rien. Alors non, non Dr Frimousse, on s’organise pour me trouver une chambrette pour la nuit et on monte au front

Ben si j’avions su, j’aurions point insisté !… Je l’avais bien dit que je n’aimais pas les anesthésies, c’est pas faute de le chanter sur tous les tons à chaque consult préopératoire ! La douleur fulgurante lors de l’injection, le tangage qui suit l’émergement, avec son cortège de séances au-dessus du bastingage, le flottement cotonneux qui m’enveloppe systématiquement durant 48h, la récupération lente et fastidieuse de la semaine d’après, à l’occasion, le mutisme qu’elles génèrent (bon, ça, c’est extra-exceptionnel, mais le nerf récurrent touché lors de l’intubation de janvier 2009 a quand même réussi à me couper le sifflet pendant presque 9 mois, hein. Et c’est long, ça, 9 mois sans pouvoir faire les Marie-Tatasse au bigophone avec les copines, sans même savoir si je retrouverai un jour la belle voix de ténor  qui me sert d’outil de travail !), bref, les expériences des 10 dernières années ne me poussent pas à faire des risettes à l’entrée du bloc quand on me promet un grand tour de manège avec Morphée. Mais là… Je crois qu’il faudra me courir après dans les couloirs pour y retourner de mon plein gré !

Je n’ai que peu de « souvenirs » de l’épisode. Des « flashs » pour être plus précise. Des p’tits bonhommes verts hyperactifs, tonitruants… L’impression de mourir noyée dans ma ? salive ? Bile ? La silhouette de mon frangin habillé en canari jaune. La fureur d’apercevoir une perfusion sur ma main gauche (donc côté mastectomie, donc pô bien puisque curage axillaire gauche también) et l’impossibilité de faire rectifier le tir car le bec bouché par un tuyau en plastique… Tout cela est vague et sans ordre chronologique bien clair. Lorsque je sors à peu près des limbes, je sens que je n’ai pas atterri exactement là où c’était prévu. Je suis entourée de machines énormes, qui clignotent, qui s’alarment toutes les 10 secondes ; des perfs me sortent des bras, des jambes, et j’ai les naseaux reliés à la bécane qui semble la plus hystérique du parc électronique de la pièce. Une  petite rotation de la tête (oh toute mini rikiki, car  mon cou a la souplesse d’une colonne de béton armé)  sur ma gauche me laisse entrapercevoir l’occupant de la chambre voisine (tout est vitré ici et zont oublié de tirer le rideau qui nous sépare) : pas brillant brillant lui non plus. Aussi branché que moi, trachéo en prime. Aaaaaaaarg… En face, un bocal avec plein de soignants qui font essuie-glace à une vitesse vertigineuse. Je préfère refermer les yeux en maudissant dame nature de ne pas avoir muni  aussi nos esgourdes de lourdes paupières hermétiques.

Quand je les ouvre à nouveau, je découvre Dr Frimousse et un collègue anesthésiste planté au bout de mon vaisseau spatiaI  m’expliquent que j’ai  failli faire tourner chèvre l’anesthésiste de service ainsi que les collègues cardio appelés en renfort jeudi dernier (Jeudi dernier ? Mais quel jour on est ? Samedi… Samedi ??!! Et je suis où ? Au CHU. Ah bon, Je ne suis plus au centre Kérberos ?) . J’ai été, d’après le diagnostic proposé, victime du syndrome de Tako Tsubo (Euh, j’ai déjà les neurones en mode tortillon hein, alors s’ils se mettent à me parler japonais maintenant !) ou syndrome du « cœur brisé » (ah bah en voilà un joli nom fleur bleue qui me sied à merveille !) peu de temps après l’injection anesthésique. Ce ne fut à priori pas un choc anaphylactique  mais un phénomène très rare (non, sans blague !) aussi baptisé « « myocardite de stress » (oh, ça sent encore la responsabilité psychosomatique ce truc là. Va-t-on encore accuser ma petite cervelle de moineau d’avoir la puissance dévastatrice d’un Goliath de mauvais poil?), peu étudié (en décodé : un nom super confort quand un toubib peine à expliquer pourquoi un palpitant a soudain décidé de hisser le drapeau blanc sans préavis.

Bref, après  une stimulation cardiaque musclée, un plongeon dans le coma artificiel, 24h de diagnostic vital « réservé », de piquouses d’adrénaline sur piquouses d’adrénaline après moult arrêts cardiaques, une fois encore, Saint Pierre ne m’a pas trouvée assez présentable  à son goût pour intégrer son sélect club de VIP et m’a renvoyée,  après tergiversations un tantinet longuettes, directement en enfer, service de réanimation chirurgicale.. .Les visites au compte goutte, le bruit permanent, la dépendance totale, la lumière, de jour comme de nuit, la déconfiture de mes proches, épuisés par le suspense des deux jours écoulés, soulagés par mon retour sur la piste, le tourniquet des aides-soignants, infirmières, médecins, 24h/24h… 5 jours de purgatoire qui me transforment presque la perspective du transfert  vers le service cardio en mirage paradisiaque !

Après trois jours d’électrocardiogrammes, d’échos cardiaques, de radios pulmonaires, de prises de tension à répétition, de bains de bouche rendus incontournables par une superbe stomatite qui me prive du délicieux potage hospitalier, on me libère  le 8 mars avec mon ordonnance de bétabloquants, d’IEC, de diurétiques, d’exacyl, de tamoxifène, de kiné respiratoire, en me donnant rdv dans huit jours pour une IRM cardiaque et dans 15 pour une hospit de jour pour ajuster les traitements.

Mon ventricule gauche tourne à 40% de son potentiel, j’ai le souffle d’une vieille bourrique emphysémateuse (c’est normal ma p’tite dame avec  cette insuffisance cardiaque), je crache du sang (c’est surement du à l’atélectasie du poumon droit apparue après le déchoquage…) et j’ai une douleur affreuse dans le dos et devant au niveau des côtes  quand je tente de respirer à fond ( meumeunon ! rien d’inquiétant après tous ces bouleversements !), mais je rentre le sourire épanoui dans mon sweet home  retrouver mes p’tits poussins d’1,84m : je vais enfin pouvoir DOOOOOOOORMIR,  histoire d’être en forme pour la célébration de mon Noël à moi, mon 42ème printemps ( oui, je sais, généralement, on fête Pâques, la résurrection toussa APRÈS  la Noëlle, mais on fait c’qu’on peut !).

Comme j’ai une bicoque à trois niveaux et que passer du lit au fauteuil et du fauteuil au lit me coûte déjà un bras, dès mon retour, j’appelle ma mutuelle pour savoir ce qu’elle prend en charge pour une aide à domicile : les courses, le ménage, le linge sont des objectifs marathoniens que je n’ai manifestement pas la force d’atteindre.

Faites le 1, le 4, tapez étoile, faites le 3, le 2, retapez étoile. Subissez la musique de guimauve comme vous pouvez pendant 15 mn et parlez gentiment à notre fesse-mathieu d’opérateur :

- L’hospitalisation était-elle prévue ?

- Oui, en ambulatoire. Mais en raison d’une complication cardiaque, elle a duré 8 jours au lieu de quelques heures.

- Oui, mais si l’hospitalisation était prévue, l’aide à domicile n’est pas prévue dans votre contrat.

- ????. Mais CETTE hospitalisation là n’était pas du tout prévue au programme !

- Cela ne change rien Madame.

- bah pas merci Monsieur, bonne journée quand même…

Je crois que j’aime encore moins les assureurs que les anesthésistes, c’est dire !..

Bon, alors allons-y pour  les ADMR, la CAF, les certificats médicaux, les questionnaires à la noix. (Ça tombe bien : je suis en pleine forme et je n’ai rien à faire de plus!) J’aurai tout de même le droit au tarif préférentiel de 5€ /heure d’intervention de ma poche, plus 0,40cts/kilomètre en cas de caddie à remplir. C’est chouette. A raison de 3h/semaine, j’en aurai seulement pour 65€/mois. Ça tombe bien, car pour le moment, vu que je suis toujours payée à demi-salaire, que j’ai mes remboursements d’emprunts qui continuent de courir, mes prélèvements téléphone, edf, assurances, eaux, gaz, qu’il faut remplir le fridge etc etc, c’est mon banquier qui se serait frotté les mains devant la note de mes agios  revus à la hausse si j’avais du payer une employée au SMIC…

Enfin cahin –caha , les choses se mettent gentiment en place.

15 mars : CHU, IRM

13h : Je rentre dans le merveilleux tube à musique techno. Pas étonnant qu’il est inspiré Charlotte Gainsbourg après un petit séjour à l’hosto. Jusqu’ici,  les IRM que j’ai eu à subir ne m’ont pas laissée de souvenirs impérissables : certes un peu désagréables en raison de la pollution sonore, mais indolores ; pas de quoi fouetter un chat. Là, ce fut très long  et véritablement harassant : 1H15 dans la machine à tam-tam, sans broncher le moindre petit doigt, avec un exercice  très funny : 10 à 15 secondes d’apnée, 12 secondes de pause, 10 à 15 secondes d’apnée, 12 secondes de pause, 10 à 15 secondes d’apnée, 12 secondes de pause, 10 à 15 secondes d’apnée, 12 secondes de pause, 10 à 15 secondes d’apnée, 12 secondes de pause, 10 à 15 secondes d’apnée, 12 secondes de pause, 10 à 15 secondes d’apnée, 12 secondes de pause etc. Je suis ressortie complètement saoule de cet examen version Grand Bleu. Pour les résultats ? « Il n’y a pas de radiologue dans le service pour le moment donc votre médecin traitant vous les communiquera quand le compte-rendu lui sera envoyé. » Ok. Retrouver l’ambulancier. Rentrer maison. Dodo.

La Pernelle, le soir même : 18h45, coup de téléphone    :

- Bonsoir Madame Bénardeau, Je suis le Docteur Bogosse du centre Kérberos, vous vous rappelez de moi ?

- Oui

- Voilà. Je vous appelle parce que vous avez passé une IRM cardiaque en début d’après-midi et on vient de me prévenir qu’à la lecture des clichés, le radiologue s’est aperçu que vous étiez en train de faire une embolie pulmonaire bilatérale.

- …………. Ah bon !

- Oui, Il faut absolument que vous ayez rapidement des injections d’anticoagulants. Avez-vous un numéro de fax où je puisse vous envoyer l’ordonnance ?

- Euh, personnellement non, mais vous pouvez l’envoyer directement à mon pharmacien en le prévenant au préalable.

- Très bien, je l’appelle de suite. De votre côté, pouvez-vous contacter une infirmière pour qu’elle passe dès que possible vous faire cette injection. J’enverrai également l’ordonnance pour elle par fax  à la pharmacie que vous pourrez récupérer en allant chercher l’Innohep.

- Ce soir ?

- Oui, ce soir. Il ne faut pas que je vous stresse hein, vous avez l’air tendue…

- Euh, c’est à dire… Il y a plus emballant comme nouvelle non ?

- Oui, je sais, mais avec les injections, vous serez protégée.

- Comment se fait-il que ce soit vous qui me préveniez et non le CHU ?

- Euh… Eh bien à vrai dire, je n’en sais rien moi-même. Mais enfin peu importe. Pour le moment, l’important, c’est de faire ce qu’on a dit. J’appelle votre pharmacien avant qu’il ne ferme boutique.

- … Oui, j’appelle l’infirmière et file récupérer vos ordonnances et l’anticoagulant aussitôt après.

- Très bien. Bonne soirée Madame Bénardeau. Je vais essayer d’avoir un RDV petscan rapidement pour étudier cette embolie pulmonaire de près. Je vous rappelle demain pour vous tenir au courant.

- A demain.

Action. L’infirmière me dit qu’elle arrive dans ¼ d’heure. J’enfourche Rocinante et fonce à la pharmacie. Laborantines et pharmacien m’attendent et me dévisagent comme une martienne.

- Mais ils ne vous hospitalisent pas ?

- Apparemment non…

- C’est curieux quand même…

- Euh, oui, mais je n’ai pas trop  eu le temps de réfléchir à la question encore.

Retour à la Pernelle. L’infirmière arrive, me fait l’injection et me pose la question que je vais entendre 40 000 fois dans les jours à venir :

«  Mais comment se fait-il qu’ils ne vous hospitalisent pas ? »

Excellente interrogation. Qui n’aura pas de réponse.

C’est bizarre. Ce soir,  rien à faire. Morphée refuse de me prendre dans ses bras. Faut-il que je panique ? Que je fasse du forcing ? Que je reste tranquillement chez moi ?

Dès que l’heure le permet le lendemain matin, j’appelle mon généraliste qui était en congé la veille. Il me dit qu’effectivement, sa remplaçante a eu un appel me concernant hier dans la soirée et qu’elle lui a expliqué ce qui se passait. Il est sidéré par le déroulement de la « prise en charge »: il a déjà tenté de joindre le centre mais n’a réussi à joindre personne. Il réessaye d’appeler le Dr Bogosse dans la matinée pour avoir de plus amples informations et me rappelle dès que possible. Le Dr Bogosse étant souffrant ce jour, (bah oui quoi. Ça tombe malade aussi les docs!) il réussit à parler avec un de ses collègues. Ce dernier lui dit qu’il faut affiner le diagnostic en effet et qu’il le rappellera. Ce qu’il ne fait point (of course).

Quand il me rappelle, je dis à mon MG que j’ai de ma propre initiative arrêter le tamoxifène et l’exacyl pour être sûre d’avoir bien fait. Interloqué le Docteur !

- Comment ça, personne ne vous a dit de les arrêter immédiatement ????

- Bah non.

- Mais on marche sur la tête hein ! L’embolie à domicile, c’est déjà original, mais là!!!! Ça devient….!!! Bon, bref, vous avez très bien fait. Et surtout, interdiction d’y retoucher ! Pour le Tamo, c’est définitivement terminé. Il est complètement contre-indiqué en cas d’antécédent d’embolie. Vous hésitiez à poursuivre ce traitement, eh bien votre organisme a tranché pour vous. De mon côté, comme je n’ai aucune nouvelle de votre centre, j’ai  pris l’initiative de vous programmer un doppler en ville pour ce soir 18h. Il serait quand même intéressant de savoir si cette embolie pulmonaire est due à une phlébite ou une thrombose quand même.

 

Plus de tamo. J’hésite entre danser la samba – virtuellement of course  - (Plus de MIGRAINES ? De bouffées de chaleur ? De sueurs nocturnes ? De kystes ovariens ? De douleurs musculaires, osseuses ? D’insomnies ? DE FATIGUE ??? ) et m’effondrer (même plus de parapluie percé pour me protéger de crabus ? Que va vouloir faire Dr Arlésie, mon onco en chef ? Me castrer chimiquement ? Physiquement? Me faire passer aux anti-aromatases ? Les questions de crabahuteuses se cognent contre les interrogations de toute jeune cardiaco-embolisée. Pour une fois, je suis ravie d’être épuisée et de pouvoir pioncer tout mon saoul. Plus je dors, moins je cogite. Un week-end de marmotte (soirée de samedi mis à part puisque zamis et zamours viennent arroser dignement mon recalage à l’entrée pour l’Eden)

Dimanche 18 mars :

Douleur sur tibia droit. Apparition d’une plaque rouge, chaude et très sensible. Température 38,2°c ; Vu le contexte, poussée par mes p’tites fées d’impatientes, j’appelle le 15 histoire d’être rassurée.  Diagnostic téléphonique : suspicion d’érysipèle (infection streptocoques). Le lendemain, mon VRAI doc à moi, celui qui me repêche toujours dans tous mes naufrages, confirme la chose.)  »Une patho normalement  plutôt réservée aux plus que sexagénaires. Ce serait bien que vous laissiez un peu d’exclusivité au troisième âge de temps en temps hein » me dit-il en se moquant gentiment … Quand je dis que je vieuzis, c’est pas une image !)

Lundi 19 mars :

Mon MG a pu écarté la phlébite/thrombose comme source de l’embolie grâce au compte-rendu de l’angiologue.   Il a rappelé (pour la Xième fois!) et enfin réussi à joindre quelqu’un « au courant » de mon dossier. Miraculeusement, selon le centre Kérberos, je n’ai plus besoin de tepscan ou de scintigraphie en urgence (sont trop trop forts ! Sans me voir ni m’entendre, les décisions se prennent je ne sais où! Peut-être que si j’avais survécu trois quatre jours  aux p’tits caillots baladeurs estimaient-ils que je n’étais plus prioritaire sur leur planning  plein comme un œuf ???).  De toute façon, tout le monde l’a oublié (sauf moi), mais j’ai un scanner dans trois jours pour la surveillance crabique. Je le lui rappelle. Fulminant encore contre ce lâchage de bestiau en pleine nature, il fait donc un courrier  au radiologue pour le tenir au courant de mes dernières péripéties afin qu’il zieute aussi du côté thrombi. Il transforme mes séances de kiné respiratoire (déconseillées en cas d’embolie…Gnaaaarf. Ça aussi zont oublié de me le préciser) en massages cou, épaules, dos pour essayer de d’assouplir un peu le monolithe que le tout forme. Enfin un peu de douceur dans ce monde de brutes !

Jeudi 22 mars :

Compte-rendu  du radiologue :

- Côté crabe, good news : la crotte d’ovni de 3mm apparue sur le poumon droit au dernier scan n’a pas bougé. Re-scan quelques mois pour voir si elle reste sage.

- Côté embolie : confirmation de « stigmates d’embolie pulmonaire avec persistance de thrombi au niveau de l’artère lobaire moyenne droite mais surtout à gauche au niveau de l’artère lobaire inférieure et au niveau de la branche lingulaire. On note un trouble respiratoire évoquant un infarctus pulmonaire très distal au niveau de la pyramide basale droite dans le segment postéro-basal du lobe inférieur ». Au moins, la transformation de mon ventre en bidou de schtroumphette  passoirisé   grâce aux piqures journalières d’Innohep est-elle clairement justifiée ! Je sens que je vais avoir un paquet de questions à poser demain dans le service cardio où je suis incarcérée en hospit de jour pour un p’tit contrôle de routine rapport au truc japonais. Ils vont l’entendre la samouraï…

Vendredi 23 mars :

Service cardiologie :

9H30 : Prise de tension, température, électrocardiogramme, poireautage.

10H30 : Apparition de l’interne qui m’avait suivie lors de mon séjour il y a 15 jours et qui avait elle-même prescrit l’IRM cardiaque de contrôle passée la semaine dernière. Elle doit procéder à l’écho cardiaque. Juste avant l’examen, je lui donne le compte-rendu du scanner d’hier.

- Vous avez eu une embolie pulmonaire ????

- ….(Hélène, reste calme et courtoise, pense à ton petit cœur fatigué). Attendez… Vous êtes en train de me dire que vous n’avez toujours pas reçu l’information de votre propre service alors que cela fait 8 jours que cette embolie a été détectée à l’IRM que vous avez vous même demandée ????

- Euh… non.

- Mais bon sang, comment vous expliquez alors qu’on ait refilé cette info à mon centre anti-cancéreux, que ce soit un anesthésiste d’un centre voisin qui m’appelle chez moi et non le radiologue ou un cardio de votre unité ? Que personne ne s’occupe de me faire passer un doppler, une scinti ou un tepscan ? Que personne ne me dise d’arrêter immédiatement d’ingurgiter tamoxifène et exacyl ? Que personne ne se soucie de savoir ce qui a pu provoquer cette embolie  A PART MON MÉDECIN GÉNÉRALISTE (BORDEL)?

- Eh bien…. Euh… peut-être que vu votre passif, on a préféré donner les informations à votre médecin référent ?

- Mon médecin référent ? Mais mon généraliste attend encore les comptes-rendus de réa, de cardio, de l’irm cardiaque. C’est LUI qui vous court après depuis 8 jours!

- Je voulais dire votre oncologue…

- Mon oncologue ? Mais qu’est-ce qu’elle vient faire dans cette histoire la pauvre?

- Eh bien, c’est peut-être plus facile de tout centraliser chez elle. Vous verrez avec elle pour la suite des traitements…

- Vous avez conscience que tout ça marche complètement sur la tête au moins ? Je sais que les oncologues sont fortiches, mais en l’occurrence la mienne va avoir bien assez de taf comme ça  avec les derniers évènements sans qu’on lui refile mes soucis cardio-pulmonaires! Et cela n’explique absolument pas  le fait que vous ne soyez au courant de rien alors qu’à priori, vous êtes concernée au premier chef !

- Euh… oui… Il y a manifestement eu des problèmes de communication…

Je n’en tirerai rien de plus. Donc, rendez-vous au tas de sable avec le Dr Arlésie le 5 avril. Je sens qu’elle va être ravie qu’on lui refourgue la patate chaude !

Les bonnes nouvelles du jour, c’est que l’écho cardiaque est encourageante : le ventricule gauche récupère bien (on est passé de 40% à 55% de rendement) et qu’on va me relâcher en fin de matinée car impossible d’augmenter les bétabloquants, même sous surveillance, vu ma tension de gastéropode. Je ressors avec une ordonnance de prolongation de piqures d’anticoagulants pour un mois et toutes mes questions sans réponses. Pis j’ai réussi à pas faire de crise cardiaque malgré mon énervation, c’est bon signe!

Samedi 31 mars :

Je dors encore au minimum 14/24 h  mais petit à petit, les coups de barre s’espacent et mis à part les migraines, toujours aussi tenaces (d’autant plus que je n’ai plus le droit ni aux triptans ni aux anti-inflammatoires pour les soulager) et le port glamour des bas de contention, pas trop de misères. Jusqu’ici, le temps radieux m’a permit une convalescence de princesse-lézarde, dans mon transat côté jardin. L’explosion printanière conjuguée à la tendresse des miens fait que le moral reste stable malgré les dernières montagnes russes. J’attends avec impatience le rdv avec mon onco car j’ai vraiment la sensation étrange d’être complètement lâchée en pleine jachère médicale. J’ai beau avoir une légère inclination libertaire, en matière de santé, un minimum de cadre n’est pas pour me déplaire, particulièrement en période de bizutage sur le terrain de pathologies potentiellement mortelles. Heureusement que le Dr OM rame à côté de moi…

Jeudi 5 avril :

Ma crabologue est effectivement ravie d’apprendre qu’elle a été promue cardio depuis 15 jours (c’est, comme elle dit, une élégante manière de botter en touche !) mais aurait aimé qu’on lui spécifie et, qu’au passage, on lui transmette les comptes-rendus liés à Pépito mi Corazón !.. Sans commentaires. Pour le moment, elle me laisse poursuivre ma série de piquouse d’Innohep pendant encore trois semaines et envoie un courrier à mon MG pour qu’il gère le passage aux AVK (Previscan ou autres), que j’aurais à priori à avaler pendant 6 mois (et non point à vie comme me l’avait annoncé l’interne cardio), le Tamo étant probablement le principal responsable de l’embolie).

Dès qu’on daignera lui faire parvenir la littérature du service Cardio, elle avisera pour les Bétabloquants.

Pour ce qui est de son vrai boulot à elle, elle me propose comme je le redoutais une castration chimique, meilleure solution à son avis pour couvrir mes arrières côté crabus. Je lui dis que pour le moment, il est hors de question de commencer cette nouvelle galère ménopausique. Elle admet que cela ne va effectivement pas être une partie de plaisir à mon âge, qu’une petite pause ne fera pas de mal à mon organisme après ce fantastique mois de mars et qu’elle soumettra mon cas à son staff la semaine prochaine pour ne pas prendre de décision sans l’avis de ses confrères. Elle me rappelle après pour voir où j’en suis de l’acceptation ou non de la roue de secours . Pour la petite image pulmonaire de 3mm détectée au mois de janvier, elle programme un prochain scan dans 4 mois.

Voilà. La tranquillité des prises de décision existentielles par rapport à mon traitement anti-hormonal aura été de courte durée. A moi de re-re-re-re-peser maintenant le pour et le contre. Re-re-re-re-bienvenue à CogitoLand. Encore heureux qu’il n’y ait pas eu trop de dégâts cérébraux après la myocardite. Au moins suis-je encore un chouïa maîtresse de ma petite destinée. Pourtant, il y a des jours comme ça où je rêve presque de lobotomisation. Le 5 avril 2012 en fait partie…

 

 

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