De Charybde…

épuisement29/02/2012, La Pernelle

Oui oui, je sais. Je ne suis pas en avance sur le p’tit journal. Mais comme vous le verrez dans le récit de mes rocambolesques aventures, j’ai un ou deux billets d’excuses. Que toutes les  personnes qui m’ont adressée courriers ou mails restés sans réponse veuillent bien m’excuser pour mon silence. J’essaie de rattraper mon retard, mais je cours encore après le train!

Novembre est donc le mois de la reprise du travail. Mon cartable sous le bras, je me débats tous les matins jusqu’aux vacances du p’tit jésus entre ma cervelle qui aspire à retrouver un peu de vie sociale et ma carcasse qui me demande grâce du dépliage matinal à l’affalement vespéral. Plombée par d’épouvantables migraines qui reviennent au galop malgré les bétabloquants avalés pour les atténuer, lestée par les bétabloquants qui font joyeusement stagner ma tension entre 8 et 10, j’arrive cahin-caha à tenir le choc jusqu’à fin décembre, siestant monstrueusement tous les après-midi, limitant les tâches ménagères au strict minimum et me contentant d’un lamentable métro-boulot-dodo quotidien qui étouffe jusqu’à la plus petite étincelle de satisfaction professionnelle et personnelle. Les congés de Noël tant attendus se résument à une immense cure de sommeil qui  n’a pas  plus de prise sur ma fatigue que les dopants naturels que j’avale tous les jours. Je fais malgré tout mon come-back début janvier en vaillant petit soldat, exténuée, mais déterminée à ne pas capituler : j’ai en charge des classes de terminales et de  BTS et aimerais vraiment que les pauvres ne subissent pas sur une année d’examen un véritable défilé de remplaçants.

C’est sans compter sur ce corps qui, furieux de ne pas être écouté, décide de tirer le rideau sans avis préalable. Malaises vagaux, étourdissements s’enchaînent pour bien me faire comprendre que je suis la reine des pommes et que me mettre derrière un volant devient clairement synonyme d’inconscience suicidaire et  de volonté assassine.

Bilan des courses  hypra original : arrêt de travail début janvier. Pour bien enfoncer le clou, une toute mignonne adénomiose s’invite au bal, me laissant exsangue et anémiée, des fois que j’aurais l’irrationnelle envie de me mettre à gigoter.

Ma neurologue prend la décision de cesser le traitement des bétabloquants entamé en août 2011, devenu inefficace et invalidant, pour le remplacer par le Nocertone. Le  Dr Catéchou, mon baby-onco-mimi, m’envoie voir une collègue chirurgienne gynéco pour régler le problème de métrorragie pendant que le Dr Alfange programme le scanner de contrôle pour le suivi imposé par l’apparition de mon ovni 2011.  Compte-rendu du 13 janvier pour ce dernier : « Présence d’une petite image nodulaire de 3mm au niveau du segment de Fowler droit qu’il convient de considérer avec attention, celle-ci n’étant pas visible lors du contrôle précédent. »

Chouette… J’ai le droit à une deuxième séance photo deux mois plus tard pour voir si bébé nodule deviendra grand… Un xanax ? Un chtite séance de yoga ? Un verre de visky ?

Nan nan nan. Rien ne vaut un  peu d’action pour leurrer les neurones hyperactifs, donc je m’occupe des emmerdements sur lesquels, à priori, mon staff médical peut avoir prise de façon immédiate et efficace ! Février sera donc consacré à :

- IRM cérébrale pour écarter la responsabilité de crabus dans l’extension inconsidérée de mon élevage de pics-verts crâniens.

- échographie pelvienne pour déterminée la source de mes chutes niagaresques utérines

- discussions avec la chirurgienne qui me propose une endomètrectomie et accepte de me virer mon stérilet cuivre que je veux troquer contre le dispositif Essure. Je tique un peu quand elle m’annonce que tout cela doit se faire sous anesthésie générale, refroidie que je suis par les moult réveils sympathiques des interventions passées, mais la perspective de régler les saignements qui me laminent depuis deux mois – mon flux menstruel devant se réduire à celui d’une toute jeune fille ou carrément disparaître après l’intervention et le problème de contraception, si problématique pour les crabahuteuses hormonodépendantes promettant lui aussi de trouver une solution radicale et définitive – j’accepte l’idée de la salle de réveil tournoyante, des haricots-carton pleins de bile et de la semaine de schamallow post-opératoire. De plus, tout ça est prévu en ambulatoire…

- donc rendez-vous préopératoire avec l’anesthésiste

- électrocardiogramme pour s’assurer que mon palpitant  est apte à recevoir sa xième dose de jus de mouches tsétsé.

En toile de fond,  pendant les temps morts, j’ai quelques paperasses à rédiger car mon carnet de santé ainsi que ma situation administrative m’incitent à refaire une demande de CLM et une demande d’allègement horaire pour l’année scolaire 2012-2013 (oui, oui, la démarche officielle doit être faite en mars pour l’année scolaire suivante ! Ne cherchez pas d’explications rationnelles à cette fièvre anticipatrice, c’est l’éternelle logique du mammouth !),  car

1) je suis physiquement à genoux

2) comme mon gros coup de blues 2011 a grillé mes cartouches de Congés Maladie Ordinaires, dès début janvier, je n’ai plus droit qu’à un demi-salaire en cas d’arrêt. Mon médecin généraliste fait de son côté un courrier détaillé au comité médical pour que celui-ci puisse statuer sans tarder et sans passer par la case expertise médical (qui risque de repousser de quelques semaines la décision, et, par voie de conséquence, mon complément de salaire) et les secrétaires de mon bahut effectuent les démarches pour que ma caisse complémentaire prenne en charge le manque à gagner avant que mon banquier ne s’énerve.

La littérature pourtant extrêmement claire de mon médecin  ainsi que mon dossier médical qui a  l’épaisseur d’un bottin, n’a malheureusement pas augmenté la capacité décisionnelle du comité médical (ou son goût pour la lecture ?), qui, comme d’hab, mandate un expert pour statuer sur la légitimité de ma demande. Le 24 février, je reçois une convocation de la secrétaire du Dr…. Crochet  (aaaarg !) qui doit me faire passer mon audition le 28 février! Et merde ! Pfffffff… pas lui…. pas l’avant-veille d’une intervention ! L’estomac vrillé par la perspective de me recoltiner une séance avec ce cher humaniste, je rédige en catastrophe en courrier au CM pour accepter l’expertise mais refuser l’expert, en expliquant mes motivations… pour la jeter au panier en réalisant que si je l’envoie, je suis bonne pour prendre deux mois de plus dans la vue sur la décision administrative. J’essaie alors de trouver quelqu’un de mon entourage pour m’accompagner à ce rendez-vous, histoire d’avoir un témoin avec moi et de calmer les ardeurs revêches de mon interlocuteur. Mais forcément, un mardi à 14h, tout le monde est au boulot : faut bien que quelques uns de mes congénères valides bossent pour financer mes turpitudes!…

Je me résigne donc à l’affronter seule, me rassurant en me disant que s’il  se montre aussi psychologue et chaleureux que la dernière fois, que si l’échange vire au pugilat (parce que là, je suis bien décidée à ne pas repartir le cœur gros d’humiliation) et que s’il me refuse le CLM, j’aurais toujours le recours de la contre-expertise…

La rate au court-bouillon, je me présente donc au rendez-vous et réalise rapidement que j’ai gaspillé beaucoup d’adrénaline pour pas grand chose : apparemment, muni de mon courrier, de celui de mon MG, d’un résumé de mon parcours sur la dernière année fourni par mon centre anti-cancéreux (et avec peut-être encore en mémoire la conversation qu’il a eu avec mon onco à la suite de ma dernière expertise), il ne semble pas suffoqué par ma demande et me dit qu’il n’y aurait sans doute pas de problème pour qu’on m’accorde un répit jusqu’à début juillet. Va comprendre Charles ! Là, pas l’ombre d’une réticence pour m’accorder 6 mois de CLD alors que juste après chimio et RT, 3 mois de rallonge de CLM lui paraissaient presque incongrus ! En apnée durant toute la conversation, je ressors immensément soulagée : je vais avoir du temps pour essayer de contrer les effets dévastateurs du traitement anti-hormonal, pour consolider mon moral capricieux et me remettre de l’intervention à venir…

 

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