La reconstruction mammaire

Photo du blog reconstructionmammaire.over-blog.com

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Même si physiquement, une mastectomie est en soi tout à fait supportable (peu de douleurs physiques sont directement liées à cette intervention), il n’en va généralement pas de même pour nos petites caboches. Dans les représentations collectives, ce sein est un tel symbole de féminité, de maternité, de séduction, que les femmes qui doivent subir cette perte connaissent bien souvent une blessure psychique intense, d’autant plus difficile à vivre qu’elle est totalement liée à leur intimité, à l’image qu’elles ont d’elles-mêmes et que peu de personnes, même parmi les plus proches, oseront aborder le sujet sans craindre de blesser plus encore. Une mutilation donc bien souvent vécue dans un silence terrible et dévastateur. Certaines parviendront à faire le deuil, à accepter cette nouvelle image et apprivoiseront doucement l’étrangère qu’elles croiseront tous les matins dans le miroir après l’ablation. D’autres non.

Pour ces dernières, la médecine est aujourd’hui en mesure de proposer ce que l’on nomme, dans ce contexte particulier, la reconstruction mammaire. Mais même parmi celles-ci, bien peu franchissent encore le pas. Seulement environ 30 % des femmes mastectomisées ont recours à ces techniques de reconstruction en 2013. Bien souvent, la peur de souffrir à nouveau, d’obtenir des résultats médiocres, de repasser par des étapes de chirurgie lourdes ou douloureuses, la méconnaissance des techniques utilisées, les dépassements d’honoraires de plus en plus pratiqués dans ce secteur chirurgical conditionnent ce refus.

Sachez que dans ce domaine, les choses évoluent de façon spectaculaire depuis ces dernières années, que les options proposées sont de plus en plus nombreuses et que des progrès incontestables ont été faits sur les résultats esthétiques. Il n’y a bien sûr pas de prosélytisme à faire, dans un sens comme dans l’autre. Il n’y aucune gloriole à tirer du fait que l’on assume d’être une amazone ou du fait que l’on ait eu le courage de retourner sur le billard. Ce qui compte, c’est de prendre ses décisions en fonction de son ressenti et des options médicales qui vous sont proposées.

Un conseil si vous vous lancez dans l’aventure : demandez plusieurs avis et des devis avant de choisir votre chirurgien. Oui, le mot écorche un peu les oreilles. On a l’impression de parler d’un vieux tas de tôle froissée qui va s’offrir une deuxième jeunesse chez le garagiste ! Mais il faut être réaliste. Comme sur n’importe quel marché porteur, vous croiserez un petit peu de tout : des pros compétents et hors de prix, des vraies brelles tout aussi chères, des magiciens qui ne prennent aucun dépassement d’honoraires, etc. La gamme est très large. Faites marcher le bouche à oreille, demandez conseil à vos médecins, mais essayez aussi d’entrer en contact avec des patientes qui ont déjà procédé à leur reconstruction. Et au cas où vous jetteriez quand même votre dévolu sur un praticien pratiquant le dépassement d’honoraires, demandez à votre mutuelle ce qu’elle va prendre en charge exactement. Il est plus prudent d’avoir une vue bien nette de la facture finale. Je précise cependant que votre pathologie n’a rien à voir avec le syndrome des pépettes siliconées. Vous n’allez pas procéder à de la chirurgie esthétique mais bien à une chirurgie réparatrice. Ce qui ouvre droit à un remboursement à 100 % sur votre reconstruction, du remodelage du sein jusqu’à la finition aréole-mamelon, en passant par l’éventuelle symétrisation. Il existe des médecins spécialisés extrêmement compétents et dont les honoraires sont intégralement remboursés ! Si, si ! J’en ai même rencontrés ! Je ne vais pas vous détailler par le menu toutes les techniques existantes. Des fiches explicatives très bien faites vous seront remises sur demande dans les centres anti-cancéreux. Des articles, forums, dossiers consacrés à ces différentes techniques fleurissent un peu partout sur le net. De plus en plus de centres dédient des pages bien illustrées sur leurs sites professionnels.

Attention : la mode est à la reconstruction mammaire immédiate. Sous prétexte d’épargner aux femmes une période douloureuse psychiquement (période amazone), nombre de chirurgiens/oncologues encouragent les patientes à se faire reconstruire dans le même geste opératoire. Tous les chirurgiens ne sont pas des plasticiens. Si c’est le cas du vôtre, ok. Dans le cas contraire, méfiez-vous…

Plusieurs liens intéressants

Un petit résumé des différentes techniques existantes avec avantages, inconvénients, sur le site de La Maison du Cancer :

Un article sur la technique qui a le vent en poupe : La Maison du Cancer « Le lipoffilling »

Deux sites dédiés au DIEP (Deep Inferior Epigastric Perforator flap), c’est-à-dire le lambeau des perforantes épigastriques inférieures, est une technique microchirurgicale de reconstruction mammaire par greffe autologue, ne laissant pas de séquelle sur le site donneur. Technique en pleine évolution mais spécialité qui regroupe encore peu de praticiens en France) :

DIEP ASSO ou DIEP MEDICALISTES

Si vous n’êtes pas adepte d’internet, je vous recommande la lecture d’un magnifique bouquin, écrit par le Professeur Pascal Bonnier, superbement illustré, qui parle de la maladie, mais sans rien cacher, ni cicatrices, ni mutilations ; qui montre les résultats obtenus selon chaque technique de reconstruction existante, sans tabou, sans militantisme. Il donne à voir ce qu’on ne peut que très difficilement imaginer : J’ai un cancer du sein. Et après, éd. Romain Pages.

MON EXPÉRIENCE PERSO : Le grand dorsal

J’ai bénéficié de la reconstruction dite « par lambeau du grand dorsal » en janvier 2009. Ma dernière irradiation ayant eu lieu en 2002, ma peau était de bonne qualité, mais bien que taillant un modeste 90B, il n’y en avait pas assez pour songer à l’implant d’une simple prothèse. Cette opération est assez lourde, demande à accepter l’ajout d’une nouvelle cicatrice (dorsale cette fois-ci), présente un risque de nécrose (et impose donc pour les fumeuses, un arrêt du tabac deux mois en amont et deux mois en aval pour éviter cet écueil) et une perte relative d’autonomie physique. On me l’avait vendue comme sans séquelles physiques pour les pratiques sportives ; je mettrai quand même un petit bémol à l’enthousiasme médical : certes, j’ai pu, deux mois et demi après l’opération, reprendre une activité nautique assez intense (un kilomètre de nage cinq fois par semaine), mais dans la vie quotidienne, même un an après, j’étais encore très gênée dans tous les gestes qui demandaient une traction (descendre une échelle, tirer un placard lourd, faire les vitres, passer la serpillière…). J’avais également la sensation permanente, même nue, de porter un soutien-gorge trop serré, le muscle du grand dorsal qui passait sous mon bras gauche étant extrêmement tendu. Mais comme malheureusement, pour cause de récidive, cette reconstruction a dû elle aussi être retirée, je n’ai certainement pas assez de recul pour avoir un point de vue tout à fait fiable.

Le résultat esthétique était bluffant et pour moi très satisfaisant. Ma chirurgienne est réellement une petite virtuose du bistouri et possède un œil sûr : je n’ai même pas eu à faire d’opération de symétrisation pour mettre faux et vrai nénés au diapason.

Si vous optez pour cette technique, résistez à la tentation de l’immobilisme. Il est très important de mobiliser votre bras très rapidement (kiné, piscine dès que la cicatrisation le permet).

Il arrive qu’il y ait besoin d’une ou deux ponctions de lymphe au niveau dorsal dans les quinze jours suivant l’opération. Celles-ci ne sont pas douloureuses, donc pas d’inquiétudes inutiles.

Ne vous formalisez pas sur les cicatrices et les différences de teintes peau du dos/peau du torse. Un an après, tout cela s’estompe énormément et l’ensemble devient harmonieux.

Vous aurez également à faire un choix pour les finitions aréole-mamelon. L’aréole peut s’obtenir par greffe d’un bout de peau prélevé sur l’aine ou par tatouage. Le mamelon se reconstruit aussi de différentes manières : tortillon de la peau en place, greffe de la moitié de l’autre mamelon, greffe d’un bout d’oreille, de grandes lèvres, d’orteil…).

Pour ma part, j’avais opté pour le tatouage (qui me plaisait car rectifiable et la greffe de la moitié de l’autre mamelon (bluffant de naturel et pas du tout mutilant en ce qui me concerne pour l’autre sein – encore heureux d’ailleurs vu la suite des événements !)

Je n’avais pas opté, sur le conseil du chirurgien qui a procédé à mon ablation, pour la reconstruction immédiate, et ce, pour plusieurs raisons :

1° Car comme lui, je pense qu’un temps de deuil est nécessaire. Le sein reconstruit n’est qu’une illusion physique, un confort pratique retrouvé, une réparation de silhouette. J’avais trop peur de faire une comparaison peu flatteuse avec le survivant et du coup de mettre beaucoup de temps à l’accepter. J’ai laissé passer un an entre ablation et reconstruction, et j’ai ainsi pu bien dissocier le chagrin de la perte et la joie des retrouvailles.

2° Parce qu’un chirurgien apte à procéder à une ablation ne l’est pas forcément pour procéder en spécialiste à la reconstruction par grand dorsal. Je préférais, et de loin, avoir affaire à un chirurgien-plasticien, qui a mis toute son énergie dans l’approche de la perfection esthétique durant sa formation

À lire, à voir :

« Cachez ce sein coupé que je ne saurais voir » de Dominique Gros

« The scar project » par David Jay

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