Une femme à la mer

femme à la mer

13/07/2011, La Raitherie

Le goût de la vie. Le goût des autres. Jusqu’au goût des miens. Tout m’a déserté, radicalement. Les turbulences des deux derniers mois, les nouvelles questions, souffrances, épuisements, qui sont venues se rajouter au mille-feuilles des anciennes, les éclats de verre qui sont venues consteller mon cœur m’ont emportée dans un pays que je n’avais pas encore visité et dont je ne garde que quelques images floues et chaotiques.

Plus de lumière, plus de forces, aucune envie de poursuivre ce chemin âpre et sévère, malgré la puissance de mes instincts maternels, malgré la tendresse dont je suis entourée. Un trou noir que loin de fuir j’ai appelé. Une reddition  complète. Le monde ne me parlait plus et je n’avais plus rien à lui dire.

Je ne dois qu’à mes proches de n’avoir pas rejoint les  tristes bancs de l’HP que mon père use depuis 20 ans. L’asile, je l’ai trouvé dans leur volonté de ne pas me laisser choir, dans leurs décisions impérieuses qui sont venues pallier ma veulerie, dans leurs demeures qui se sont ouvertes sans questions, sans  plus d’exigences que de me voir réapprendre à manger en attendant patiemment que les cannes chimiques des anti-dépresseurs  viennent les épauler pour que je ne sombre pas totalement.

Je n’en pouvais plus d’être Doña Quijota, mère courage, pilier inamovible, amante lumineuse, épaule infaillible. Je n’en pouvais plus de replonger encore et encore tous ceux que j’aime dans les affres de l’angoisse. D’être découpée, recousue, douloureuse. De ne pouvoir me blottir, le soir venu, dans les bras protecteurs d’un homme amoureux. De  voir mes amis crabahuteurs disparaître, un à un, dans d’effroyables tortures, dans la déchéance physique et mentale que je redoute tant pour moi-même. D’attendre, une fois de plus, le cœur serré à en étouffer, que les Docs me donnent le verdict des dernières analyses. N’ai pas supporté leur impuissance à se prononcer sur la nature  de mon OVNI et de voir que se formait au-dessus de ma tête l’ombre d’une nouvelle épée de Damoclès. Des coups assénés par  les quelques envieux, amers, paumés, torturés, qui m’ont attribué, lors de la publication de mon livre,  des qualificatifs insupportables, des intentions sordides, alors que je n’étais que dans le don et le désir profond d’éviter de la souffrance à des frangines de galère.

Je n’avais plus l’énergie nécessaire pour prendre du recul, étais trop à fleur de peau, trop éreintée pour être sage et laisser glisser toutes ces dernières flèches décochées par l’existence.

Cependant, je reprends pied, doucement. C’est fragile, cristallin, mais  à l’aube, quand  je sors du refuge du sommeil, je ne suis plus submergée par cette vague amarescente qui me lestait les paupières ; il m’arrive, un peu plus chaque jour, d’attribuer de la joliesse à ce qui m’entoure ; et les rires, la senteur délicate de la peau de mes loulous me manquent à nouveau, furieusement.  Un début de rémission. Des pas premiers, chancelants, et encore fort dépendants des bras tendus à l’entour, mais des pas. Me reste à passer de l’homo erectus à l’homo sapiens. Y a encore du boulot …

PS : Le dernier labo consulté n’a pas plus de nom d’oiseau à donner que ces condisciples au nodule suspect retiré en mai. Il a donc préconisé un scanner, que j’ai passé la semaine dernière, pour être sûr que l’OVNI était seul dans la galaxie. Ce qui est le cas. Comme nous restons sur un mystère, par précaution, je bénéficierai désormais de contrôles plus rapprochés, avec imagerie systématique

IRM et échographie programmées en septembre pour que le dossier de l’onco-généticien soit complet avant qu’il ne me donne les résultats de la recherche lancée il y a onze mois. RDV à prendre avec un neurologue dans les même temps pour tenter de soulager une migraine quasi omniprésente.

PS2 : Quelle douceur que vos commentaires, vos mails perso, que pour beaucoup je ne découvre qu’aujourd’hui. Les vôtres, mes p’tites fées d’Impatientes, mais aussi ceux des p’tites souris, lectrices, lecteurs inconnus et discrets, sortis de l’ombre pour lancer leurs petites bulles solidaires.  Merci à tous, à toutes, de ces filins jetés à une femme à la mer.

 

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