Déferler les voiles

Catherine valette

Catherine valette

22/02/2011, La Pernelle

Les lueurs du jour commencent à s’étirer, les violettes pointent leurs museaux d’améthyste  et même si les nuages s’obstinent à faire de la Loire un morne ruban ardoisier, on sent bien que le printemps mandate  au compte goutte ses fidèles hérauts pour annoncer son retour.

Je me prépare, comme la gogane, à déferler les voiles. Je vais bientôt quitter mon école buissonnière, reprendre les chemins du lycée. Je me réjouis de retrouver mes têtes blondes, leurs baskets de plomb, leurs mèches rebelles, leurs fragiles espérances, leurs colères de jeunes pousses. J’ai peur bien sûr. Cela fait si longtemps. Et j’ai si peu de repères encore sur ma résistance. Parce qu’il en faut de la belle énergie avec nos chérubins ! Faire ce boulot sans elle est un exercice périlleux. Mais j’ai envie. Cela devrait être suffisant pour me maintenir en équilibre sur le filin. Enfin si le comité médical, qui statue aujourd’hui même sur mon cas, daigne bien m’accorder une reprise en douceur. Pour le temps plein, je sais que la marche est trop haute. Mon remplaçant, malgré son enthousiasme débordant, sa santé étincelante et son intégration parfaite est littéralement sur les rotules. Le poste est lourd, les niveaux  sont nombreux, les réformes épuisantes et les regroupements de classes totalement hétérogènes légions. Un peu de suspense donc. Verdict dans trois jours.

Comme plane aussi l’éventualité d’une nouvelle expertise, forcément, j’ai également un petit pincement à l’idée de me retrouver devant le Dr Crochet. Quel trauma ça été de croiser ce personnage… Je me disais ce matin qu’il y avait  comme un relent d’injustice dans les beuglantes  que j’ai adressées aux Dr B. et C. Même le Dr A. a reçu son remontage de bretelle épistolaire après mon séjour à la Limande. Alors que tous, j’en suis persuadée, sont vraiment passionnés par leur travail et que tous furent réellement affectés d’avoir participer à l’âpreté de mon année 2010, bien involontairement. Pourquoi n’avoir balancé aucun Scud à ce Monsieur là alors ? Parce que la Don Quijota a perdu le feu sacré ? Parce qu’elle est trop crevée ? Non… Non… J’avais beau écrire le mois dernier que mes illusions se mouraient, je crois en fait que de ce côté là, je suis increvable et que ce n’est pas la cause de cette inertie. Je pense juste que je m’épargne les frais totalement inutile d’un timbre poste. Parce que piquer une colère n’a jamais ni fait pousser une empathie qui n’existait pas, ni guimauvé  les cœurs asséchés. J’ai pressenti en écrivant à ces trois médecins que je les toucherais, qu’ils réfléchiraient, que je ne jetterais pas mon encre par les fenêtres. Là, j’ai eu trop de doute sur la bienveillance de l’oiseau.

Allez, espérons que je n’ai pas à repasser par la moulinette de ses sentences glaciales. Ce s’rait trop pô juste !

 

 

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