Asclépios et les Pignouses : Le projet CANTO

pignousesL’une des choses liées au cancer qui m’a régulièrement, invariablement, incurablement donné, qui me donne, et me donnera sans doute encore longtemps l’envie de donner cinquante mille coups de sac à main à certains crabologues croisés au cours de mon trek de valétudinaire patentée, c’est la négation des effets secondaires des traitements.

Un échange récent avec ebjb sur le site des Impatientes portant sur le thème (fort récurrent malheureusement sur le forum) m’a fait bondir. Armée de plusieurs de nos témoignages, elle a en effet tenté de rendre ses souffrances plus crédibles auprès de son onco, de lui prouver par A+B qu’elle ne fabulait pas en lui parlant de ses bobos, que bien d’autres nénettes ressentaient des choses similaires, des mois après la fin des cures chimiesques.

À la lecture de cette joyeuse littérature, ce dernier n’a pas bronché d’une oreille, droit dans ses petites bottes de M’sieur-je-sais-tout- pisque-chuis-spécialiste-que-merde-c’est-pas-une-cancéreuse-qui-va-m apprendre-mon-taf.

Selon lui, tous nos p’tits bobos de pignouses, les crampes, les douleurs articulaires, musculaires, thoraciques, les fourmillements, brûlures de nos petons, de nos mimines seraient, je cite « un aspect psycho de l’après-chimio »… (Sic)

J’ai eu à peu près les mêmes réactions de mon côté avec certains soignants (pas tous heureusement !) concernant les troubles apparus avec mon traitement anti-hormonal.

Meeeu non meeeu non, mes p’tites dames, la vue qui baisse, les dérouillages d’octogénaire au lever, les migraines carabinées, etc., etc., ce sont des vues de l’esprit, du psychotage de cancéreuse bileuse. Un p’tit Xanax, une pilule du bonheur, et tout va rentrer dans l’ordre, ma p’tite dame ! Que cette jolie potion magique ne fonctionne pas ne les défrise d’ailleurs pas beaucoup, parce que contre la mythomanie, savent bien ces grands Asclépios que leur arsenal est malheureusement limité.

Alors si ces messieurs daignent consacrer deux minutes à un truc aussi insignifiant que la qualité de vie de leurs patients en traitements ou post-traitement, j’aimerais qu’ils répondent à cette question qui me turlupine sévèrement : comment se fait-il que parmi les dix projets de recherche en santé lauréats de l’appel à projets Cohortes 2011 (doté d’une enveloppe globale de 200 millions d’euros) figure le projet CANTO ?

Quels sont donc ces martiens irresponsables qui vont consacrer 13 870 288 € à un objectif aussi vulgaire que, je cite « l’étude des toxicités chroniques des traitements anticancéreux chez 20 000 patientes atteintes d’un cancer du sein localisé. (Le projet est coordonné par l’Institut Gustave Roussy en forte coopération avec le Centre de Lutte Contre le Cancer Georges François Leclerc de Dijon et la Fédération Nationale des Centres de Lutte Contre le Cancer). Ce projet permettra de disposer d’une importante base de données clinico-biologiques sur les toxicités chroniques liées au traitement du cancer (problème de santé publique émergent et encore sous-étudié), ainsi que d’une biobanque unique attractive pour des partenariats académiques et industriels. » ?

Je cite toujours : « Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez les femmes des pays développés. En France, on estime qu’environ 50 000 femmes se verront diagnostiquer un cancer du sein en 2011. Les progrès médicaux spectaculaires accomplis ces dernières années permettent aujourd’hui la survie au-delà de 10 ans de plus de 80 % des patientes diagnostiquées. Malgré leur efficacité indiscutable, ces traitements présentent une toxicité tonique qui va toucher plus de 30 000 patientes par an, et qui changent finalement la qualité de la vie, le statut social tout en aggravant fortement les dépenses de prise en charge. Les impacts attendus du projet CANTO sont le développement de nouvelles thérapies, une amélioration de la qualité de la vie des patientes et une diminution des dépenses de santé. »

Je propose qu’on les enferme tout de suite ces drôles d’olibrius qui vont gaspiller autant de sous pour la bande d’affabulatrices que nous sommes…

Si ça, ce n’est pas la preuve flagrante que les Docs qui nous rabattent les couettes avec ce genre d’affirmations péremptoires se basent sur du vent, il faudra que l’on m’explique ce que c’est ! Eux qui ne jurent de coutume que par leurs sacro-saintes statistiques, d’un seul coup d’un seul, ils se passent allègrement d’études randomisées à large spectre et balayent nos questions d’agitées du bocal d’un petit sourire dédaigneux.

Alors je me permets, moi, la pauvre malade imaginaire, l’hypocondriaque de service, d’y aller aussi de ma petite diatribe dogmatique, de mon p’tit diagnostic à cent balles : tout toubibs qu’ils soient (et bien qu’incontournables, indispensables à notre survie), ceux qui affirment de telles âneries ont tous un point commun : on leur a inoculé en cours de formation le même virus. Et ce dernier est fort méchant, car il a la particularité de leur arracher violemment la mâchoire à chaque fois qu’ils devraient dire « je ne sais pas ». Les pôôôvres. Faut les comprendre aussi. Pour un habitant du mont Olympe, l’impuissance, ça fait trop trop mal !!!

Je vous rassure : selon ma très fiable analyse, ce n’est pas la seule catégorie socio-professionnelle touchée par l’épidémie. Toutes celles afférentes au savoir sont largement contaminées. Je le sais. Je suis prof !

Savoir et médecine : à lire, sur le blog Le bruit des sabots, chroniques d’un internat de médecine générale le billet « Transmission de savoir »

 

 

 

 

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