Les Anglais, la rupture de contrat et le bulletin de notes

pro-et-anti28/01/2011, La Pernelle

Il y a des journées comme ça, où il vaudrait mieux creuser son igloo sous la couette et marmotter jusqu’à ce que la fée Carabosse ait fini de piquer sa crise. La tête martelée par quinze mille piverts qui ont bossé toute la nuit, je me rends compte au petit matin qu’après plus d’un an d’abscence, mes trucs de filles sont revenus. Pfff. La chimio, qui m’a à peu près laminé tout ce qu’une nana considère habituellement comme les atouts de son faible sexe, n’a pas daigné me flinguer le seul truc de la panoplie Barbie que j’aurais adoré envoyer au diable! L’usine à hormones n’était donc qu’en stand-by. Vu le pedigree de mon Crabus, ce n’est pas exactement ce que j’appellerai une bonne nouvelle. Dépitée, le cœur dans les tempes, j’ai alors eu l’heureuse idée d’aller prendre l’air dans le jardin en espérant que le frimas de janvier allait me remettre les idées en place. Passant devant la boîte aux lettres, j’en profite pour relever le courrier. Tiens, tiens… Une lettre du centre Poussenibard.

Vu que ce n’est pas exactement le genre d’entreprise à vous envoyer ses meilleurs vœux, j’ouvre sur le champ, mi-curieuse mi-inquiète. C’est ma Doc toute neuve, le Docteur Arlésie, qui m’envoie un billet doux.

En quelques lignes succinctes, elle m’explique que mon prochain contrôle est avancé de trois semaines (???) et en profite pour me dire qu’elle ne pourra pas tamponner elle-même ma carte de fidélité à cette occasion, vu qu’elle me refourgue dans la file d’attente du Docteur Catéchou.

C’est quoi c’t’affaire ? Un licenciement à l’amiable ? Une rupture de contrat à la patron-voyou ? Oh, elle finit bien sa missive en m’assurant qu’elle travaille en étroite collaboration avec son collègue, qu’elle sera à notre disposition en cas de soucis et qu’ elle s’excuse pour le dérangement, mais d’explications, j’ai beau retourner la lettre : point !

Ventrebleusaperpouillottebordelàcouettes !!! j’ai mis troiiis mois à prospecter, à tirer son nom du chapeau, à prendre mon courage à deux mains pour envoyer ma demande de divorce au centre Figaro, et v’là qu’elle me donne son congé sans préavis ! Ils sont vraiment rigolos des fois mes crabologues… J’imagine tout à fait mon médecin de campagne m’envoyer un truc pareil… Bref.

Dr Catéchou… ça me dit vaguement quelque chose. Après avoir récupéré la deuxième lettre qui m’attendait au fond de la boîte, je file chercher le classeur où je range consciencieusement, en bonne petite enseignante organisée que je suis, tous les comptes-rendus que me photocopie mon généraliste. Oui ! oui ! c’est bien ça ! Le Dr Catéchou, c’est le bébé Doc du dernier contrôle technique. Vu qu’il n’avait pas encore eu le temps de se faire faire sa belle plaque en cuivre, peut-être qu’il manquait de dames-crabahuteuses pour se spécialiser ? Peut-être que sa collègue oveeeerbookée a bien voulu partager le gâteau avec lui!

Bon, aucune importance. De toute façon, ça tombe bien. Je l’avais trouvé mimi comme tout la dernière fois et étant donné que mes illusions sont en phase terminale, sa gentillesse va tomber à pic. D’ailleurs, comme il est gynéco, on va avoir un sujet de conversation tout trouvé.

À présent que je suis revenue case pré-ménopausée, va-t-il falloir que je me coltine, en plus de Tamoxifène la castration chimique d’Enantone ? Fait-il partie des adeptes de la méthode parisienne ou en restera-t-on là ? Bah oui, c’est le bonheur de la crabologie, ça ! Les pro et les anti. Pro et anti crème post-rayons. Pro et anti stérilet hormonal au lévonorgestrel. Pro et anti Enantone. Pro et anti chimio-thermique, etc., etc.

La patiente, elle, c’est seulement à la fin de la foire qu’elle peut compter les bouses. Ou les ramasser. Selon qu’elle a opté ou non pour l’équipe gagnante.

Allez. Je n’ai pas les neurones assez huilés ce matin pour traîner sur ce type de casse-tête chinois. Affaire suivante. Je décachète la seconde enveloppe qui, elle, m’arrive tout droit de mon lycée. Il s’agit de la proposition de note administrative que notre boss nous donne tous les ans :

  • Ponctualité, assiduité : très bien
  • Activité/efficacité : très bien
  • Autorité/rayonnement : très bien (si si, ça rayonne un prof ! Même les pas crabahuteux)
  • Appréciation : professeur sérieux et compétent ; bonne implication dans l’établissement

 

Dommage que les frangins-frangines ne soient pas là. Ils se loupent une bonne bosse de rire. Me voir, encore à quarante piges, recevoir mon bulletin de notes à la maison, je pense qu’ils trouveraient ça gouleyant ! Surtout une année où je n’ai pas mis les pieds dans une seule salle de classe ! Mais mon patron reste pragmatique tout de même, car si je n’ai point démérité, il n’en gèle pas moins la fameuse note qui conditionne une partie de mon évolution salariale. Faut pas déconner non plus. Il ne va pas grever le budget de l’État qui se montre déjà si magnanime avec moi en m’attribuant un ou deux dixièmes supplémentaires. Sachant que l’autre note (ladite pédagogique, celle attribuée par l’Inspecteur Académique), est également gelée depuis des années pour absentéisme aigu, ce n’est pas encore cette fois-ci que je vais réussir à contribuer à l’effort national en payant l’ISF. Mes supérieurs hiérarchiques font leur boulot, soit. Personne n’y peut rien, d’accord. J’ai déjà du bol de toucher mon salaire, O.K. Mais si plaie d’argent n’est point mortelle, il n’empêche que les dommages collatéraux de la bêêête immonde commencent sérieusement à émousser mon sens de l’humour. Surtout quand ils se manifestent dans le brouillard, par -2°c et… un jour de regnegne !

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