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16/01/2011, La Pernelle

Ah là là. Vont s’dire que la pitite, elle est accro. Que Cinq jours sans poster, c’est au-dessus de ces forces. Qu’elle f’rait bien de songer à la méthadone et d’aller faire un tour ailleurs voir si elle y est.  Cinq jours de silence ! A l’échelle crabesque, c’est peanuts, que d’chique, nada enfin !!!. Pédale douce qu’elle avait dit. Tu parles! Doit avoir des gênes de Janie Longo alors!

Mais croix d’bois, croix d’fer, c’est pô d’ma faute! Pac’que prendre des grandes résolutions de sevrage, c’est bien beau, mais c’est sans compter sur notre bestiole multicéphale. Vous croyez, (ou vous voulez croire), qu’elle vous a lâché une tongue, que vous allez pouvoir aller baguenauder dans les champs, compter fleurette et  vous la rejouer blonde évaporée jusqu’à la prochaine séance photo chez M’sieur l’radiologue… Et pis v’là t’y pas que vous sentez comme une p’tite résistance sur la deuxième tongue.

Nan, nan, nan, pas d’affolage ! Moi, à part la bronchigastro de saison et mes débuts de journée en mode mamie rouillée, je suis à priori dans une forme olympique. C’est juste que nous attendions, avec le frérot et la sœurette, les résultats d’anapath de notre papa. Que ces derniers ne sont pas bons. Qu’il va falloir faire connaissance avec le cousin du mien, de crabe (un membre de la famille qui préfère les régions gastronomiques de nos jolies anatomies), et dans un contexte qui promet d’être grand-guignolesque.

Notre père est en effet ce que, dans le jargon médicalo-juridique, on appelle un « incapable majeur »

Or, vu ce que j’ai pu connaître comme aventures échevelées avec l’hosto en tant que « capable majeure (m’enfin j’crois) cancéreuse »,  je subodore allègrement les fantastiques aventures qui nous attendent au regard du  casting en place :

  • Les toubibs psychiatres en charge du patient interné
  • Les infirmiers, que ce soit psy ou non, en sous effectif criant
  • Les toubibs spécialistes du CHU, qui prennent leurs décisions médicales sur un dossier, sans se pencher trois secondes sur le cas spécifique du monsieur concerné (y a qu’à voir leurs trombinettes quand ils le découvrent pour la première fois en consult…)
  • Le tuteur légal (en l’occurrence, l’un de nous trois)
  • Le juge des tutelles
  • L’expert médical (j’adoooooooooooooore les expeeeeeeeeeeerts, ça f’sait longtemps…)
  • Un patient qui ne communique plus du tout. Qui ne sort du service où il est interné depuis plus de quinze ans que dans une panique qui se comprend aisément. Qui n’arrache pas les perfs qu’on lui pose dans les 5 mn seulement si une personne qui ne le quitte pas d’une semelle l’en empêche.

Woaouh… Ben pour une fille qui ne voulait plus voir l’ombre de la manche d’une blouse blanche  avant la saint glin-glin, c’est un peu raté…

Nous avons déjà eu un coup de fil de l’infirmière-chef de l’HP pour savoir si nous pouvions jouer les infirmiers-ambulanciers pour le prochain RDV avec l’anesthésiste (cause que z’ont vraiment pas assez d’employés pour se permettre d’en larguer un, voire deux, en pleine jungle CHU pour des temps « indéterminés ») Ça tombe bien. Je suis dispo et déjà payée par la sécu. Alors…

Bon, ses patrons (Les Docs Psy), avaient un peu oublié de nous prévenir qu’une opération médicale était prévue. Que cette opération médicale visait une tumeur cancéreuse. La pauvre chérie. Se taper l’annonce à la famille du cancer colorectal de son protégé n’était pas prévu au programme. Après moult bafouilles, elle a réussi à faire l’anguille comme elle a pu, bottant en touche, me demandant de prendre RDV avec la Grande Manitou. Chose bien entendue que je me suis abstenue de faire, ne comptant pas attendre qu’un créneau se libère dans l’agenda surbooké de sa boss. Une petite visite impromptue (et musclée, c’la va de soi, quand on ne passe pas par la case secrétaire-briffée) m’a rapidement fixée sur la finalité de l’intervention chirurgicale prévue. L’échange fut bref, car les Docteurs Freud déteeeeeeeeestent être bousculés par des hystériques non répertoriés dans leur p’tit calepin, ont horrrrrrrrrrrrrrreur d’être mis le nez dans leurs bourdes éléphantesques et syncopent presque quand on leur rappelle que dans la hiérarchie décisionnelle, le tuteur légal de leurs patients leur damne le pion. Qu’AUCUNE intervention médicale prévisible ne peut se faire sans son accord. Une méchante humeur partagée donc, mais plus efficace cependant côté progéniture en rogne, le bien-fondé de ses remarques désagréables n’étant pas contestable. Joueuse (bonne ou mauvaise, ça je ne saurais trop dire), je lui ai fait ma demande de RDV en bonne et due forme pour la semaine suivante, histoire qu’elle ait le temps,

[ en plus de peaufiner de plates excuses à soumettre  à mon tuteur de frangin qui ne manquerait pas de m’accompagner pour lui rappeler qu’il est « un peu fâché » qu’on oublie pour la troisième fois en deux mois de le tenir au jus et qu’il déteste être sonné par le CHU à 7h30 du mat, juste avant l’activation du bistouri, quand l’infirmière en chef s’aperçoit que son autographe n’apparaît nulle part dans la paperasse de rigueur…)]

d’effectuer la petite recherche demandée par ma frangine le mois dernier dans le dossier médical de papa.

- Une petite recherche ?

- Ah. Décidément, une communication merveilleuse dans vos services… Suite à la découverte  que j’ai faite d’une cicatrice chirurgicale de 10 cm sous le mamelon droit  de notre papa lors de son dernier séjour au CHU ma sœur est passée demander à votre équipe à quoi  correspondait cette balafre. Après enquête, aucun membre de son entourage proche ou lointain n’a le souvenir d’une quelconque intervention de ce côté-là. Or mon oncologue, comme nous tous, serait ravi d’avoir des informations précises sur la question, la recherche génétique était un thème d’actualité dans la famille.

- ????????????? Mais je ne me rappelle pas qu’il ait été opéré à cet endroit.

- D’où la nécessité d’une « petite recherche » Madame, car vous devez être à peu près la dixième toubib en charge de mon père depuis 15 ans et personne ne peut décemment se souvenir de tous les curriculum vitae en rayons sur ces étagères.

- Mais si il y avait eu une opération, vous en auriez été informés…

- Ah oui ???? ( Sourire sadique de flagrant délit de connerie). Voulez-vous me rappeler pourquoi je suis en train de gesticuler dans votre bureau ?… Et à moins que vous finissiez par m’annoncer que mon père s’appelle Jésus et que les stigmates lui poussent spontanément, il est plutôt probable qu’à l’époque, il y ait eu  assez de personnel pour se passer de nos services de taxis, et qu’on ait un peu « oublier » de nous tenir au courant…

Alors, bonne recherche et … à la semaine prochaine…

Chais pas pourquoi, mais mon p’tit doigt me dit qu’il vient assurément de se mettre dans un engrenage anti-pause syndicale. En tout cas, une chose est sûre. J’ai fichtrement bien fait d’aller remplir le caddie de vitamine D3 à La Mâââtinik en décembre et  de mettre tous les projets en lien avec mon K en stand-by, pac’que je sens que son cousin germain a lui aussi un ADN fortement chargé en graines de chieurs…

Si vous avez des doutes et n’êtes pas allergiques à la littérature des proses indigestes, lisez ça. C’est croquignolettement prometteur, non???!!!

« L’USAGER INCAPABLE ÉVINCÉ DE LA DÉCISION MÉDICALE :

La lecture de l’article 16-3 du Code civil suscite à la fois réconfort et doute ; il y est posé en principe que le consentement de l’intéressé doit être recueilli avant toute atteinte à l’intégrité du corps humain « hors le cas où son état rend nécessaire une intervention thérapeutique à laquelle il n’est pas à même de consentir ». Dans cette dernière hypothèse, rien n’est spécialement prévu et « l’on se prend à rêver d’un troisième alinéa qui répondrait à nos questions et qui concernerait les personnes incapables mais tel n’est pas le cas » 37. Une fois encore, le droit sanitaire a apporté des débuts de réponse qu’il conviendra sans doute de concilier avec le droit commun des incapacités.

1.L’éviction de l’incapable majeur doit être entendue restrictivement. Ce n’est que lorsque l’incapable majeur n’est pas à même de pouvoir donner un consentement, qu’il est nécessaire de se tourner vers ses organes de protection. Il est important, dès à présent, d’écarter la compétence exclusive du milieu médical: le seul cas où le médecin est susceptible de se passer de consentement est l’urgence. En cette hypothèse, le médecin peut se substituer aux protecteurs naturels de l’incapable: il ne s’agit, ni plus ni moins, que d’une application courante de l’urgence. La qualité d’incapable ne saurait tolérer une quelconque exclusivité du médecin. Trois éléments sont nécessaires pour qu’il y ait urgence :

– nécessité d’une intervention médicale: un péril imminent doit exister pour la vie de la personne. Il s’agit « (d’) un état dangereux ou (d’)une situation critique qui fait craindre de graves conséquences pour la personne qui y est exposée et qui risque, selon les circonstances, soit de perdre la vie, soit des atteintes corporelles graves »

– impossibilité de recueillir le consentement de la personne : cette condition est rappelée par l’article 16-3 du Code civil. Le simple placement sous un régime de protection ne doit pas être confondu avec cette impossibilité d’émettre un consentement: comme nous l’avons déjà indiqué , l’incapacité ne signifie pas que la personne est «hors d’état de manifester sa volonté». L’impossibilité de recueillir le consentement peut indistinctement provenir de l’état d’inconscience ou de l’absence de lucidité.

– impossibilité de recueillir le consentement des représentants de la personne incapable: la plupart du temps, cette impossibilité résulte de l’impossibilité physique de joindre le protecteur du majeur protégé. L’absence d’autorisation ne saurait justifier une absence d’intervention du médecin lequel est susceptible d’engager sa responsabilité pénale.

2. Une difficulté risque néanmoins de survenir lorsque le médecin se heurte à un refus du protecteur du majeur alors même que ce dernier est dans une situation critique : par exemple, le tuteur ou le curateur s’oppose à ce que le médecin prodigue des soins. S’agissant d’un acte grave, comportant par nature des risques importants sur l’intégrité physique, il ne saurait être question que le médecin suive la volonté du tuteur ou du curateur lesquels ne disposent pas du pouvoir de décider seuls. L’article L. 1111-4 CSP a sagement repris cette hypothèse et permet au médecin de passer outre le refus du protecteur lorsque le refus risquerait d’entraîner des conséquences graves pour la santé de l’usager incapable.

Une autre difficulté risque toutefois de naître d’un conflit entre le majeur protégé et son protecteur : le premier refusant les soins, le second les demandant. Il serait ici logique de faire prévaloir la position de l’incapable majeur, mais elle risque fort d’être concurrencée par le tuteur qui peut toujours arguer de son obligation de prendre soin de la personne protégée .Ici plus qu’ailleurs la difficulté essentielle est celle d’une répartition des pouvoirs entre l’incapable, son protecteur et le corps médical 41 dans laquelle le consentement de l’incapable doit l’emporter. Faute de pouvoir recueillir un consentement, il y a lieu de rechercher l’intérêt de l’usager incapable et tenir compte des directives de la loi du 22 avril 2005. Si le malade en fin de vie a pu prendre des dispositions, elles doivent être respectées au moment où il n’a plus de conscience ; s’il n’a pas pris de disposition, faute de conscience, le médecin est appelé à intervenir dans un cadre étroitement contrôlé

3. Le souci de faire triompher la volonté du malade a conduit le législateur à permettre la désignation d’une personne de confiance. Il est désormais possible au malade de désigner une personne digne de confiance qui peut être un parent, un proche (on pense en particulier au concubin) ou son médecin traitant (art. L. 1111-6 CSP). Cette personne peut être désignée par écrit à tout moment ; pareille désignation lui est proposée au moment de son hospitalisation. L’article précise que ces dispositions ne s’appliquent pas lorsqu’une mesure de tutelle est prononcée. En cas de placement sous tutelle 43, le juge des tutelles peut confirmer ou révoquer l’individu désigné. On peut être critique vis-à-vis de cette disposition dans la mesure où la volonté émise par l’usager incapable risque d’être ignorée, toutefois on ne peut nier le risque de conflits entre tous ceux qui veulent protéger: le conjoint, les proches, le tuteur, la personne de confiance… Si la solution proposée est juste, elle mériterait d’être pourtant étendue dans les autres régimes de protection où la personne de confiance risque de perturber le mécanisme de la protection.

Les lois sanitaires ont su rappeler la nécessité de recueillir le consentement de l’usager incapable et jeter les ponts d’une prise en compte de la personne incapable par le droit des incapacités. Si ces lois mériteraient d’être améliorées par une meilleure prise en compte du droit des incapacités, il s’avère nécessaire d’évoluer sur le terrain civil du droit des incapacités 44 afin d’offrir à l’usager incapable une place que sa dignité impose. »

Source : L’USAGER INCAPABLE JEAN HAUSER * & JEAN-MARIE PLAZY **

Gérontologie et Société – n° 115 – décembre 2005

 

 

 

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