L’achaine et l’anophèle

balade-de-sante-64848/12/2010, La Pernelle

Aux premiers scintillements des pavés citadins, inondés de cette fausse lumière de gala depuis de nombreuses années, je n’ai qu’une envie : déchirer la jolie page neigeuse de mon calendrier PTT racorni et esquiver le tralala de ses réjouissances programmées.

Ce mois de décembre, jonché de tristes débris d’enfance, d’adolescence, de jeune femme, d’épouse, de maman solo, est aussi le temps qu’a systématiquement choisi le cancer pour venir ingénument me tapoter sur l’épaule (tiens donc) : trois fois, il est venu ajouter du plomb dans le ciel chargé de ses déjà sombres commémorations.

Trois fois, il a plongé dans mes chairs avec une voracité d’éboueur pendant que mes semblables se gobergeaient dans les agapes de circonstances.

Trois fois, j’ai saupoudré d’un peu plus d’hiver la légèreté des miens.

Alors forcément, quand les sapins commencent à répandre leur suave fragrance de résine au cœur des chaumières, le mien (de cœur) se tétanise, attendant bravement que la zone de turbulence passe, que s’estompent les vieux fantômes.

Cette année, ce vieux rêve de désertion va prendre corps. Et âme. Je m’en vais troquer vents mauvais contre alizés, hellébore contre hibiscus, plomb contre écume. Et je vais vivre… « avec l’achaine, l’anophèle, avec les chaumes et les sables, avec les choses les plus frêles, avec les choses les plus vaines, la simple chose, la simple chose que voilà, dans l’écoulement du jour… » (Saint-John Perse, Exil, 1942). Enfin, si les flocons laissent mon oiseau d’acier me porter outre la mer !

Je vous abandonne, le temps d’un soupir, un temps d’insouciance, pour mieux vous revenir, après les paillettes de notre bon Sylvestre.

Je vais voir ma môôôman à la Mââââtinik !!!

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