Un « P’tit effort » !

klimtExtrait de l’article d’Anne-Laurence Fitère, publié sur le site La Maison du Cancer, qui m’a fait sortir de mes gonds il y a quelque temps:

« La maladie perturbe la vie sexuelle d’un couple. Fatigue, séquelles corporelles, médicaments hormonaux, aboutissent souvent à une perte de désir. Mais pour que son conjoint ne cède pas à la tentation d’aller voir ailleurs ou, pire encore, ne claque la porte, il faut parfois, comme l’explique la psychologue Maryse Vaillant (paix à son âme même   si nos points de vue divergeaient sur cette question) , se forcer un peu (sic) …            L’article entier peut être consulté sur le site de la Maison du Cancer . Je vous retranscris ici le p’tit coup de gueule que j’ai poussé alors sur les commentaires de La Maison du Cancer. Allez, on dira que j’étais un p’tit peu énervée, mais je persiste et je signe…

Les p’tits efforts accordés dans ce domaine, en temps normaux, beaucoup de femmes en connaissent la signification. Au risque de paraître caricaturale (j’assume), je dirais que le système hormonal de nos compagnons ne les agitent pas tout à fait de la même façon, pas tout à fait dans les mêmes contextes, pas tout à fait pour les mêmes raisons et pas tout à fait au même rythme que nous. Ben oui, il y a deux sexes, deux catégories avec ses grandes lignes directrices, nuancées par autant de couleurs, de fonctionnement que d’individus. Et même si bien sûr l’harmonie sexuelle existe dans les couples, force est de constater que ce n’est pas la partie la plus facile à jouer au cours d’une vie.

Alors en cours de chimio… Alors en cours de radiothérapie… Alors après une ablation, deux ablations… Alors sous hormonothérapie… Certaines n’auront aucun souci… Certaines verront leurs besoins de tangos charnels augmenter… Certaines redouteront jusqu’à l’heure du coucher, tous les soirs. Tous les cas de figures existent et il n’y a aucune règle, aucun manuel pour vous aider dans ce domaine. Mettre des mots sur tout ça avec votre ou vos partenaires (ben oui, chez les filles aussi y a des gourmandes) me semble la seule option viable.

Mais les p’tits efforts au lit pour qu’Léon s’fasse pas la malle, en cours de traitements, et même au-delà… là, M’dame la psy, je coince ! Vraiment ! Pourtant me direz-vous, vous êtes une crabahuteuse vous aussi, dotée d’un diplôme universitaire respectable. J’ai lu de très jolies choses sous votre plume, fort justes… Comme quoi, on peut être cancéreuse, psy, et parfois foutrement maladroite ! Une expérience personnelle, même un télescopage violent avec un crustacé, ne donne pas de prérogative particulière. Chacun va réagir différemment face aux traitements, aux mutilations, aux séquelles physiques, psychologiques. Et il n’y a pas plus d’universalité au lit qu’ailleurs. Alors que vous parliez de votre vécu, oui ; mais que vous hissiez au rang de règle à suivre ces p’tits efforts sous prétexte que cela vous a servi à garder votre moitié à la maison, non ! Vous imaginez la culpabilité d’une nana au fond du fond, qui ne supporte même plus l’odeur de la peau de ses propres enfants, le contact d’un simple drap, qui sait par cœur que son mari crève de ne pas pouvoir la toucher et qui lit votre article ? Et vu que nous sommes assez nombreuses à voir notre cher compagnon s’envoler en plein milieu du bouillon, vous imaginez les conclusions qu’elle en tirera si elle n’a pas fait son p’tit effort ? Dire que des dizaines de crabahuteuses vont le lire vot’papier, frappé du sceau si charismatique de votre activité professionnelle. J’espère que leurs yeux glisseront jusqu’aux quelques commentaires que vos bons conseils ont généré avant de courir chez le… psy ! (Dommage que vous n’ayez pas pris le temps d’y répondre)

Réponse de Pernelle (ma pomme) : Se forcer un peu…

On lit des trucs rigolos quand même !

Alors, programme pour les p’tites cancéreuses ablationnées et/ou chimiothérapées et/ou radioXisées et/ou hormonobouleversifiées.

Se forcer un p’tit peu à :

– Manger (oui ! oui ! on oublie les nausées, les vomitos, faut pas maigrir).

– Ne pas manger (Ah bah ! l’hormono, c’est une chance, mais ça peut faire un p’tit peu enfler !).

– Bouger (Des crampes ? Des articulations d’octogénaire? Un dynamisme de gastéropode ? Chut… allez, l’activité physique est propice à diminuer toutes ces misères et une récente étude nous montre qu’elle aurait en plus le mérite de faire chuter les probabilités de récidive… Faut savoir c’qu’on veut, mesdames !)

– Faire comme si, au moins de temps en temps, vous aviez l’âge de vos artères (Vous vous êtes pomponnées, maquillées, perruquées, c’est bien pour qu’on vous dise que vous avez l’air en pleine forme, nan ? Les gens, y z’ont tellement envie d’y croire ! Ils ont tellement pas envie de voir ! Ce serait bête de les voir tous déguerpir juste pac’que z’avez la flemme de faire un p’tit effort !)

– ………

– ………

– …… etc.

– Et puis donc, au lit (Bah oui, vous nous permettrez d’oublier la table de la cuisine, le parquet du salon ou la pelouse du jardin quand même, non ?), malgré la sécheresse vaginale, malgré les démangeaisons vulvaires, malgré le moral en berne, malgré les mutilations toutes fraîches, votre corps en patchwork, votre crâne d’œuf, vos muscles tétanisés, vos crises de crampes, vos maux de tête carabinés, vos kystes fonctionnels, vos bouffées de chaleur, vos fissures anales, vos crises hémorroïdaires, vos petons en feux, votre chape de fatigue écrasante, suffocante… se forcer… UN PEU ?

Ah bah oui ma p’tite dame, quand on veut garder son homme, y a pas trente-six solutions…

Je crois rêver… Heureusement que nos amoureux ne sont pas tous de si vulgaires tas de testostérone incontrôlables. Oui, ça les fait souffrir de ne plus goûter à la petite mort sous prétexte que nous crabahutons pour éviter La Grande, de ne plus avoir le droit aux tendres tangos charnels, aux ébats jubilatoires… C’est malheureusement un des ingrédients amers contenu dans leur part de gâteau crabesque, à notre plus grand désarroi… Je vous admirerais presque M’dame La Psy, de vous sentir capable, d’avoir été capable d’un tel sens de l’abnégation. Faut dire qu’elles ont de l’entraînement les minettes, des siècles d’expérience en matière de don de soi… Mais vous m’excuserez, la canonisation, c’est pas trop ma tasse de thé. Je risque fort de perdre mon chéri si je ne pratique pas le p’tit forcing si attendrissant que vous nous proposez ? Mais même pas peur madame, même pas peur… ma petite flamme pour lui ne dépend pas de la déficience ou non de sa prostate, et même si j’ai appris depuis longtemps que garçons et filles ne fonctionnent pas tout à fait de la même façon de ce côté-là, j’ai l’outrecuidance d’attendre la même chose de lui, avec ou sans mes seins, avec ou sans libido. Non, je ne me forcerai pas, même un tout petit peu. Ce p’tit bonheur passera moins souvent, le temps de mes traitements, le temps de ma SURVIE… Et vraiment, vraiment, s’il part pour cette raison-là, eh bien…. bon vent beau rossignol !

 

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  2 comments for “Un « P’tit effort » !

  1. avril 4, 2014 at 23 h 50 min

    Tant de finesse dans ton propos, j’ignore comme tu peux faire l’effort (encore un) d’une telle patience !
    C’est juste complètement odieux, cette idée, « se forcer un peu ». Déjà dans le « un peu » : se forcer c’est se forcer. Je crois pas que l’amour ni le partage du désir ne puissent s’épanouir dans la contrainte et encore moins dans la peur.
    Et je ne crois pas non plus que ça puisse aider quelqu’un de, rappelons le au besoin, malade, d’avoir à s’infliger le poids d’une culpabilité par anticipation ni la violence qu’est le simple concept de « se forcer ».
    Groumpf.
    Que je te trouve intelligente dans ta réponse. Je ne crois pas que j’aurais eu tant de mesure.

  2. Assémat
    novembre 14, 2014 at 12 h 03 min

    Bonjour,
    je viens de découvrir votre site, et pour ainsi dire, découvrir aussi un peu de vous.
    Mes mots pourront être maladroit : excusez moi par avance.
    Anna, ma Compagne, mon Amour, a subit masectomie d’un sein, tumeur grade 3 infiltrante, Her 2+, et a débuté il y a 2 semaines le protocole FEC 100 puis taxotère/herceptin, puis radiothérapie.
    Nous sommes donc au début d’un long traitement, auquel elle ne croit absolument pas, ce qui complique tout. (pour résumer, je suis le méchant qui la « pousse » à faire un traitement vendu par ses salaups de labos pharmaceutiques , ce qui « va la tuer », au lieu de se soigner exclusivement par nathuropathie comme elle l’a fait pendant 2 ans avec le résultat que nous connaissons….)

    Concernant la sexualité : elle m’a fait comprendre qu’elle s’était un peu forcée ses derniers mois. Et bien, je peux vous dire que cela m’a rendu très malheureux pour elle : j’ai l’impression d’avoir abusé d’elle !!!!!! Je la désire comme toujours énormément, notre perte d’intimité depuis 3 semaines me manque déjà énormément, sa tendresse au quotidien se fait beaucoup plus rare, mais mon dieu, oh diable ce conseil de devoir « se forcer un petit peu ».
    Aujourd’hui, elle se rase la tête car ses cheveux tombe trop fortement. Elle est psychologiquement extrêmement touchée. Mais je vois qu’elle fait déjà tout pour que je n’en sois pas affecté (malheureusement, j’ai honte mais elle a raison : la voir ainsi m’est très difficile, je suis désolé Mesdames) . Comment pourrais je lui « demander » quelquechose ?

    Pour finir, j’ai la chance au contraire de vous de ne pas avoir de cancer. Il n’en demeure pas moins que je suis complétement désemparé : comment l’aider ? que lui dire au quotidien ? je le lis tout ce que je peux, j’ai vu un psy, j’appelle Cancer Info Service. Mais je ne sais plus quoi faire.

    Bon courage Mesdames, à toutes, sans exception.

    Xavier
    44 ans, Paris, papa de 2 petits gars d’un premier mariage, agés de 8 et 12 ans.

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