La Pink Attitude

Oui_oui_vol_14-12365720032005Qu’on soit bien d’accord. Je suis TOTALEMENT CONVAINCUE de l’utilité de cette campagne de prévention annuelle. Elle permet de communiquer sur la maladie. De sensibiliser jeunes et moins jeunes pour les  les rendre plus vigilantes. De faire état des avancées de la recherche, des pistes explorées pour la prévention…

Passons sur le cliché du « Rose », (qui m’agace un p’tit peu, il faut bien le dire).

Passons sur la récupération mercantile qu’en font certaines entreprises (qui m’indispose, je l’avoue (Cf article ICI)

Passons sur le voyeurisme de certaines émissions, sur leur propension à donner dans le pathos pour doper l’audimat. (qui me révulse, c’ la va de soi)

Passons sur l’étalage poitrinaire des campagnes pleines de bonnes intentions ( Ils se déculottent quand les solidaires des cancérisés de la coucougnette? ;-)

Passons sur les proclamations d’autosatisfaction de notre ancienne ministre de la Santé (qui a l’aplomb de venir nous exposer ses belles intentions, ses magnifiques projets, tout en envisageant de dérembourser pour les ALD, une partie des chimios orales, des transports VSL, en acceptant le déremboursement de médicaments indispensables aux petits cancéreux, en instaurant franchises médicale et hospitalière, en poursuivant le démantèlement du réseau d’oncologie provincial (cf : fermeture du centre de radiothérapie dans la Creuse), en modifiant le statut même de l’ALD, en ne se battant pas pour que les incapacités NON-LIÉES au travail soient elles aussi reconnues comme des cas de dérogations pour le maintien de la retraite à 60 ans…etc etc). Là, pourtant, disons le haut et clair, c’est carrément urticant, (et je ne prends aucun risque en parlant au nom d’une grande majorité de français…) ou de la nouvelle qui ne fait pas grand chose pour détricotter ces inepties.

Allez, soyons magnanimes. On en parle et c’est déjà beaucoup.

Mais voilà. Je suis une emmerdeuse, exigeante, critique. Indécrottable.

Si le rose m’agace, c’est surtout parce qu’il symbolise parfaitement l’impression globale que j’ai de tout ce mois tourné vers le carcinome nénesque (et quid des autres cancers ? Les noirs, les marrons, les violets, les jaunes ?…) Télévision, radios, journaux,  rivalisent de reportages, d’interviews onctueux, un peu sucrés, résolument optimistes, les seuls images ou commentaires un peu « trash » étant soigneusement relégués dans les limbes des plages nocturnes.

Nombres de titres des journaux, d’accroches de documentaires ont plongé nos concitoyens, nos concitoyennes, dans une confusion qui pourtant règne déjà bien assez dans l’opinion publique. Toutes les femmes déjà atteintes d’un cancer du sein vous le diront : on leur a toutes, à un moment ou à un autre, bassiner les oreilles avec des pourcentages fantastiques de « guérison » (sic), avec les progrès de la sciences, avec les merveilles du plan cancer, avec leur « fantastique courage » d’ « héroïnes ordinaires ». Et vu ce que l’on a entend et voit en ce mois automnal, leurs petits agacements ont encore de beaux jours devant eux !

Qu’il faille rester résolument positif, nous n’en doutons pas.

Mais comment ne pas s’énerver quand on lit dans le journal Le Monde (25/10/2010) un titre comme « Une maladie qui peut-être guérie dans 90% des cas si elle est détectée tôt. » puis entrer dans le détail de l’article (que si peu liront !) et y découvrir cette petite précision de taille « Lorsqu’il est détecté tôt la survie A CINQ ANS est de 90%. »

Comment, dans un canard si en vue, peut-on faire l’amalgame entre une SURVIE à 5 ans et une GUÉRISON. Et ça vous va, vous, 5 ans de perspective de vie ? C’est si joyeux ? Si merveilleux .

Comment ne pas bondir devant le documentaire « Infrarouge » de France 2 diffusé, jeudi 21 octobre 2010 à 22 heures 50, « Mes deux seins, journal d’une guérison » qui certes, est un témoignage de parcours personnel respectable, mais qui pourrait dangereusement laisser croire que les choix de la protagoniste principale ont une portée universelle, que TOUTES les femmes atteintes d’un cancer du sein peuvent les faire dans les mêmes conditions : le néophyte qui regarde ce témoignage est (et c’est bien normal !) incapable de faire la différence entre le cancer IN SITU de Marie Mandy et un carcinome canalaire infiltrant triple négatif !!! Alors il ressort de ce reportage avec des idées totalement erronées: bah la chimio, c’est pas obligatoire. Bah la radiothérapie, on s’en passe. Bah l’hormonothérapie, c’est moins bien que les huiles essentielles Pfffff….Vulgariser ne signifie pas être approximatif.

Devant le webdocu « Comment le cancer du sein m’a changée », certes émouvant et très bien pensé, comment une caissière de Prisunic,  une Rmiste,  une minette de 27 ans qui n’a pas encore eu d’enfants,  celle qui n’a pas eu la chance d’aller à l’école au-delà de ses 16 ans, peuvent-elles se reconnaître, s’identifier à ces femmes qui parlent de « maladie rédemptrice », qui n’ont aucun nourrisson dans les bras, qui ne pointent pas à Pôle Emploi, qui ont une formation solide, une aisance d’expression orale, des postes de cadre…

J’ai pesté maintes fois en écoutant France Inter, constatant que journalistes (même spécialisés !), médecins (même oncologues), font la promo effrénée du dépistage sans parler du surdiagnostic qu’il induit et qui utilisent allègrement le mot de GUÉRISON en lieu et place du mot RÉMISSION : une petite nuance sémantique qui pourtant, je vous assure, ne vous échappe pas quand le crabe vous a mis le grappin dessus !

Et puis surtout, surtout, quelle agacement de ne voir le micro tendu que devant ces supers docteurs, hommes et femmes d’exceptions, chefs de service émérites, précurseurs, qui nous ont vanté la mise en place du « dispositif d’annonce », du PPS (Programme Personnalisé de Soins), de l’accompagnement en post-soins et autres supers points du Plan Cancer en long, en large et en travers sans le tendre aussi régulièrement à ceux qui hurlent sur le patinage dans la semoule d’un nombre incalculable  de mesures annoncées dans les successifs Plans Cancer jamais mises en place.

On omet juste de nous dire que la réalité qu’ils nous décrivent n’est pas une réalité nationale, répartie de façon homogène sur tout le territoire. On a juste un peu oublier d’interroger les patientes, les associations de patients, qui grattent là où ça fait mal, qui prennent de plein fouet, dans leur quotidien, les insuffisances de notre système de santé, de notre système administratif, de nos politiques, de nos banquiers, de nos assureurs …

Vous me direz, ce n’était pas LE but. Soit. Mais bon sang un peu d’exigence, un peu d’objectivité pourrait aussi aider les cancéreuses ou les futures cancéreuses du sein. Ce n’est pas après cet Octobre Rose qu’elles vont cesser d’entendre les « Ah, le cancer du sein, ça se soigne super bien aujourd’hui » ; « oh, la chimio, maintenant, est très très bien supportée. Ils l’ont dit à la télé » ; « Pourquoi tu t’inquiètes ? T’es GUÉRIE maintenant ! » Je ne voudrais pas voir le phénomène « trithérapies-y-a-plus-d’Sida » venir foutre en l’air la PRÉVENTION et compliquer un peu plus le travail pédagogique de toutes les bonnes volontés qui s’efforcent de la mettre en place

Oui, je sais je sais : nous avons déjà beaucoup de chance d’être malade en France et pas ailleurs. Oui, mais cela justifie-t-il que l’on pratique la politique de l’autruche, qu’on nous vende le monde de OUI-OUI à chaque coin de rue, qu’on repeigne tout en ROSE

Oui, je sais, je sais, « être guéri, c’est un état d’esprit »…Hmmmm. Un état que j’ai fort bien connu…mais c’était avant d’être déguérie trois fois…

J’espère sincèrement que producteurs, réalisateurs, journalistes fassent en sorte à l’avenir que médecins et patients militants, mécontents, traumatisés, souffrants, méconnus, aient un peu plus le droit à la parole. Qu’ils aient l’envie de soulever les vérités moins roses, (bah oui), mais si RÉELLES dans la vie des crabahuteuses, des crabahuteurs, quels qu’ils soient… Et tout ça sans verser dans le larmoyant, l’anxiogène, le désespérant… Ok, c’est un boulot d’équilibriste, qui exige finesse, connaissances pointues et parfois insolence. Mais bon sang, il doit bien encore exister, quelque part, une poignée de journalistes français qui sachent conjuguer ces trois qualités…

Et puis ce serait également très appréciable de voir nos généralistes intégrés dans cette jolie campagne. Histoire de « commencer »(sic) à mettre en application l’un des trois grands thèmes prioritaires du Plan cancer 2009-2013 ? Pour rappel :

•                une meilleure prise en compte des inégalités de santé pour assurer plus d’équité et d’efficacité dans l’ensemble des mesures de lutte contre les cancers ;

•                l’analyse et la prise en compte des facteurs individuels et environnementaux pour personnaliser la prise en charge avant, pendant et après la maladie ;

•  Le renforcement du rôle du médecin traitant à tous les moments de la   prise en charge pour permettre notamment une meilleure vie pendant   et après la maladie.

Je vous avais prévenu : emmerdeuse, exigeante, critique. Indécrottable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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  1 comment for “La Pink Attitude

  1. Sandrine
    novembre 26, 2013 at 11 h 47 min

    Tout à fait et pleinement d’accord avec toi petite sœur crabahuteuse. J’aimerai juste ajouter un petit point que personnellement je trouve très très important.
    La majorité de la presse le reconnait maintenant: les raisons du crabe sont plurienvironnementales, nous sommes donc les victimes de lobbies divers et variés qui ont interagis avec ce que l’on a mangé, bu, respiré,touché etc.
    Alors sans pour autant chercher des coupables, je trouverais juste et normal que les pouvoirs publics nous octroient ce statut et nous adoucissent par tous les moyens, les jours que le crabe voudra bien nous concéder.

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