Primum non nocere. Deinde curare

épuisement21/10/2010, La Pernelle

Humeur de hérisson porc-épiqué. Mardi soir, gros craquage, larmes de crocodile et participation non-négligeable à la cote en bourse de l’entreprise kleenex. Le gentil monsieur à l’origine de ces débordements intempestifs à même réussi le tour de force d’être quasiment la seule blouse blanche à ne pas m’avoir proposé un p’tit Xanax pour la route tout en réussissant à m’en faire avaler deux en 48 heures !

Quoi qui c’passe ?

Hier, c’était jour d’expertise pour bibi (la cinquième en huit ans). J’en suis sortie la tête et le cœur complètement à l’envers : s’y « négociait » ma reprise de travail.

Mon généraliste, après discussion, a en effet réclamé auprès du comité médical une prolongation de trois mois à compter du 7 décembre pour cause de perte de poids inexpliquée, de tension très basse, de tolérance médiocre au Tamoxifène, d’état général peu satisfaisant, de fatigue importante. Je précise au passage que c’est la première fois que j’ai l’outrecuidance de demander du rabiot par rapport aux recommandations initiales de l’exxxxxxxpert.

Le médecin de la prévention de l’Académie de Nantes, rencontrée il y a quelques temps en Vendée, préconisait une reprise à partir de septembre 2011 en mi-temps thérapeutique, ne comprenant pas que j’imagine, après trois années de marathon, étant seule avec deux enfants à charge, bossant à 40 km de mon domicile ET sous Tamoxifène, de reprendre en février. (Accordez vos violons les gars-les filles). Le Dr Crochet (mon expert de juin), mandaté par le CM pour statuer, ne le voit manifestement pas du tout de la même façon que ses collègues, arguant que si je ne tolérais pas bien le Tamo, le problème allait se poser pendant cinq ans et qu’il n’allait pas, je cite « remettre le couvercle tous les trois mois pour me prolonger ». D’autant que, toujours dixit le monsieur, je suis en train de griller mes cartouches administratives pour mes futures éventuelles récidives… Trop mimi ! Un amour de psychologie. Comme si je n’y pensais pas à peu près quinze fois par jour depuis l’arrêt des festivités !

Quand j’ai eu le malheur – que dis-je, le toupet ! – de lui poser une question médicale en début d’entretien (rapport aux effets secondaires de mon traitement), il m’a brusquement renvoyée dans mes cordes, me disant que pour les consultations, j’avais une oncologue attitrée; que lui, là et présentement, je le rencontrais pour tout autre chose. Le ton était donné !

Je ne vais pas vous conter la consultation, pardon ! l’entretien par le menu. Ce serait trop long et fort peu intéressant. Au final, après bien des palabres secs, il m’a dit qu’il concéderait peut-être à la prolongation de trois mois – les séquelles de la chimio terminée fin mai étant pour lui à la rigueur audibles – mais que pour le reste, il allait devoir en parler à mon onco (la petite nouvelle, qui ne me connaît que pour m’avoir vue une fois étant donné que je viens de changer de crèmerie). « Elle serait peut-être amenée à me faire cesser le traitement si je me plaignais toujours autant(sic) ». Elle, je la vois en visite de contrôle fin novembre. Si elle me sort, après me l’avoir vendu avec ses arguments de choc, qu’entre ma reprise de collier et la poursuite du traitement, elle opte pour la première solution, je sens qu’il va y avoir du rififi dans les voiles. Tamo est pour moi un parapluie, certes pas tout à fait couvrant, mais le seul à pouvoir diminuer mes options radotages : le prix à payer physiquement est élevé, surtout sur une période aussi longue. J’ai eu un mal de chien à le ré-accepter, mais j’ai fini par l’avaler pour n’avoir aucun regret amer dans l’avenir. Manifestement, vu qu’il ne rend pas chauve, qu’il ne va pas me faire perdre mes ongles ou mes dents, je n’ai plus qu’à serrer ces dernières en remerciant le bon dieu d’avoir la chance de retourner au turbin.

J’en ai maaaaaaaarre de passer pour la tire-au-flanc de service, pour la troueuse de sécu inconsciente, de subir ce genre d’humiliations à répétitions. Il croit quoi ce gros c… ? Qu’après ma petite grippounette, je fais du chiqué pour me la couler douce à la maison ? Ça fait plus de deux ans que j’y ronge mon frein, putain ! Il n’avait de toute façon même pas lu mon dossier en entier (encore un !), car quand il s’est lancé dans ses comptes d’apothicaire sur mes arrêts de travail successifs, il a carrément oublié l’année 2002. Je l’ai corrigé, même si, ce faisant, j’amenais de l’eau à son moulin : vraiment, je suis une exagerator N°15. Un parasite… Une simulatrice ? Bon sang, et dire que c’est… un oncologue (Si si :roll: )… Je m’en veux de me laisser fragiliser par ce genre d’énergumène, mais je crois que je suis en overdose, non pas de sucreries, – même si je me venge sur le choco et les fraises tagada depuis ; ça, j’ai du bol, vu la perte de poids, j’ai carte blanche illimited ! – mais de connerie humaine !

Sur mon parcours depuis toutes ces années, c’est ce qui a été le plus indigeste, le plus douloureux, le plus difficile à contrer. Avant le FEC, avant le Taxo, le Tamo, les ablations, la reconstruction, la « déconstruction ». Se taper une séance du genre juste en post-soins lourdingues, là, maintenant, après ces quasi trois années de merde non-stop !… Le voir balayer d’un revers de main le courrier de mon généraliste, sans même prendre la peine de m’ausculter – pfft, de toute façon, quand bien même il aurait eu l’idée de le faire, il n’aurait eu aucun élément de comparaison, il ne m’a pas plus auscultée en juin qu’en octobre ! –, sans même avoir pris le temps de lire le résumé de mes tribulations, tout en me parlant sur un petit ton condescendant, culpabilisant, ce fut un p’tit peu too much.

Faut dire aussi que j’y ai mis beaucoup de mauvaise volonté, que je n’ai pas joué le jeu : je m’étais maquillée, habillée avec soin, me suis tenue droite, je n’ai pas pleuré d’vant l’monsieur, je ne l’ai pas supplié. Il a peut-être pour habitude de confondre dignité et état de santé parfaitement satisfaisant. Quelle idée aussi de jouer les embrouilleuses de neurones !

Je voudrais juste un peu de temps, bordel ! Pour morfler tranquille, pour étudier les options qui me restent si ma déguste se poursuit trop longtemps.

À la fin de l’entretien, il s’est levé, m’a raccompagnée à la porte, et en me serrant la main, m’a sorti le clou du spectacle, grande scène du III :

— Ce n’est pas comme si on vous avait coupé une jambe, Madame !

Je l’ai regardé, interloquée par autant de connerie (bah oui, désolée !) :

— Non, vous avez raison Monsieur, ce n’est pas ça qu’on m’a coupé !

C’est la seule réplique que j’ai pu lui assener car consciente du pouvoir que ce p’tit monsieur avait sur ma vie à venir, j’ai préféré tourner les talons illico sans attendre sa réaction, craignant de ne pouvoir canaliser bien longtemps la colère qui me coupait le souffle et le préavis lacrymal que mes mirettes me lançaient désespérément…

Depuis, ma cervelle d’ex-blonde patine dans la semoule. Alors, si au marché on t’avait proposé de choisir entre

– devenir unijambiste et avoir un espoir raisonnable d’atteindre l’âge canonique de tes ancêtres

canard-boiteux

ou

– perdre un néné, et te demander tous les jours si tu n’es pas trop prétentieuse en te projetant au-delà des six mois qui viennent….. Quoi qu’t’aurais préféré ? Bancroche au premier ou au deuxième étage ? Je n’arrive pas à trancher… Et vous, vous avez une idée ? Voilà. Ce n’est sans doute pas fini. Et puis rien ne me garantit que mon banquier et mon assureur ne s’y mettent pas eux aussi. Ces hauts-représentants de la philanthropie nationale sont, comme l’État, dotés de leur batterie d’experts.

amaz

Alors dormez tranquilles, bonnes gens ! La traque à la fraude est une institution bien rôdée. Bon d’accord. Elle ne vise pas toujours où on voudrait qu’elle vise, pas toujours là où cela semble le plus pertinent, mais elle a le mérite de faire bosser beaucoup de monde… En ces temps de vaches maigres, de chom’du cata, vous n’allez pas faire la fine bouche tout de même ! Nonméhooo !!!

Verdict dans un mois, dans le meilleur des cas.

Ce matin, j’ai envoyé un mail à la Doc de l’Académie, pour voir si elle peut me conseiller sur la marche à suivre et me renseigner sur mes droits en cas de refus de prolongation. La rédaction de cette bafouille m’a fait du bien. Maintenant, j’attends… Et je vais essayer de le faire sans trop penser à cet imbécile heureux, qui prend beaucoup trop de place dans ma vie depuis deux jours… C’est vraiment lui faire trop d’honneur ! Mais voilà : c’est lui qui a main mise sur les mois que j’aurai à vivre dans un avenir très proche, et il faut quand même que je m’occupe un minimum de la situation si je ne veux pas trop mordre la poussière. J’aurais aimé éviter cette nouvelle pollution crabesque, mais comme beaucoup d’entre nous (vu les témoignages reçus depuis deux jours par mes gentilles Impatientes !), je suis bien obligée de m’y coller : la facture, c’est moi qui la paierai, et personne d’autre !

Donc Doña Quijota doit ressortir Rossinante de l’écurie, par la porte ou par la fenêtre ! C’te pauv’bête ! Je v’nais juste de la remettre au garage.

Comment qui disait déjà Hippocrate ?..Primum non nocere deinde curare. D’abord ne pas nuire, ensuite soigner. Ben !… y en a qu’ont dû sécher le premier cours de la première rentrée… Affaire à suivre.

 

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