Chats de hasard?

princesseMes loulous l’ont appelée Princesse. Parce qu’elle est altière. Parce qu’elle n’en fait qu’à sa tête. Parce qu’elle a sa cour. Parce qu’elle est belle. Elle a débarqué dans notre jardin en novembre 2001. Famélique, hagarde, sauvage mais gentille, délicate. Elle ne déjeunait que sur l’herbe, ne mettait pas une patte au château, ne tolérait que les révérences. Son royaume, c’était l’herbe folle, les remparts du jardin, la p’tite maison des sarclettes et des pots de fleurs brisés.

Puis décembre. Puis janvier.

En février 2002, je rentre de ma première cure, terrassée, nauséeuse. Enclume sur mon lit, les tempes martelées: j’essaie de glisser dans les bras de Morphée, qui me fuit.

Quelqu’un gratte à la porte. Crissement de griffes sur le bois. Victor ? Hugo ? Non, mes deux autres félins sont lovés près du feu, paresseux. Moustaches au repos. Sommeil de guerriers.

Alors lever de corps, tangage, marée haute, marée basse, et je découvre ma sauvageonne, qui pour la première fois, s’invite au palais, impérieuse.

Non, elle ne crie pas famine. Non, l’appel des flammes sous la morsure du frimas ne semble pas en cause. Elle s’invite. Dans mon lit. Sans ambages.

Est-elle blessée ? Malade ? Pas de plaies, pas de plaques, le museau froid, l’œil azurin, clair, vif, le poil dru et brillant.

Je n’ai pas la force d’éclaircir le mystère. Me refais une petite place sous la couette… Et sombre, enfin… Madame ronronne, tranquille, calée dans mon cou. Je ne comprends rien. Une phobique de la caresse, une fuyarde de mains d’homme. Contre moi. Sereine.

Cette scène se répétera tous les soirs. Pendant 5 mois.

Une gardienne de nuit stoïque : vomissements sporadiques, volcaniques, envolées de draps rejetés, expulsés, soubresauts de corps arqué sous les spasmes des crampes, plaintes étouffées de cauchemars de damnée, coliques véhémentes. Rien du charivari de mes nuits chimiesques ne la délogera de mon chevet. Rien qui ne l’ait départie de son regard de sphinx impassible. De son inertie de statue.

Puis mai, puis juin.

Puis Princesse s’en retourne aux champs… La vague est passée. Hugo peut reprendre son tour de garde… Plus une patte au château. Plus de moustaches dans mon cou.

Pendant… 8 ans. Jusqu’en février 2010. Première cure. Grattements sur bois. Tangages nocturnes.

Regards de sphinx. Museau dans le cou. 5 mois. Puis mai, puis juin.

Princesse est repartie aux champs. Dans la p’tite maison des sarclettes et des pots de fleurs brisés, les jours de frimas. Plus une patte au château. Hugo n’est plus. Les moustaches dans le cou, pour les nuits sans tangage, c’est désormais Natoune..Pensées pour Clopinette, autre féline de mon cœur, princesse d’un autre jardin, sous ses grappes de roses.

Clin d’œil à A. Duperrey, à ses princesses à elle…

Mes autres aristos : Ïaa, Bagarra

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