Marathon

stethoscope-consulto18/09/2010, La Pernelle

Semaine chargée. Lundi : rendez-vous à Figaro pour la recherche génétique.

  • Mardi : rendez-vous préopératoire à Lalimande, pour le retrait du cathéter chimio.
  • Mercredi : rendez-vous chez mon généraliste pour gestion des misères et signature de paperasses bancaires.
  • Jeudi : pause syndicale ; déjeuner avec mes collègues.
  • Vendredi : rendez-vous en Vendée avec la médecine du travail pour les projections d’avenir et les em… administratifs. Oui ! oui ! Z’avez bien lu. En Vendée ! À une heure et demie de chez moi. Ben oui ! C’est ça aussi les économies de budget dans l’Éducation Nationale : un médecin du travail pour l’ensemble du personnel de l’Académie des Pays de la Loire ! J’ai de la chance : j’aurais pu être en invalidité motrice complète, ne pas avoir de copine pour faire le taxi et habiter en Nord-Mayenne ! Enfin, c’est normal ! Le prof est un animal increvable. Si ce n’était pas le cas, on lui organiserait, comme pour tous ses compatriotes, au moins une visite médicale annuelle.
  • Samedi : retour à la maison ! Agacement à l’ouverture de ma boîte aux lettres, il faut que je retourne chez mon médecin pour lui faire remplir le septième questionnaire de mon assurance-vie depuis huit mois ! Que cela m’agace de lui faire perdre son temps avec ces corbeaux encravatés. Ces derniers vous aiment au boulot ou entre quatre planches. Entre les deux, c’est pas bon pour le portefeuille et tout, absolument tout ce qui peut être fait pour retarder les remboursements de cotisations normalement pris en charge en temps d’incapacité temporaire totale est fait. Il n’y a pas que la chimio qui file la nausée !

 

Bilan des courses :

– Pour la recherche génétique, il faut maintenant être patiente (c’est rigolo, j’ai la vague impression d’avoir déjà rencontré ce mot-là quelque part !) : environ un an de poireaute avant d’avoir les résultats. Onco-généticien chaleureux et décontracté bien que débordé.

– Pour la dernière tranche bistouri, retrait du cathéter programmé le 24 septembre en ambulatoire, sous anesthésie locale. Le chirurgien qui va me débarrasser de mon boîtier magique fait un peu figure de martien dans la forêt de blouses blanches que je viens de traverser : gentil, à l’écoute, curieux… bref, disponible ! Ah ! Petit détail : il s’est lui aussi télescopé avec Mister Crabus il y a quelques années et en faisant causette, nous nous sommes aperçus que nous avions quelques expériences en commun ainsi que deux oncologues. Ça facilite forcément le dialogue et en même temps, ça fait faire quelques économies de salive sur des points essentiels. Je suis certaine que je vais me rendre à l’hosto vendredi sans la moindre angoisse. Confier sa peau à des mains qui ont souffert, c’est… comment dire… rassurant !

– Chez mon gentil généraliste, soupe à la grimace ! En sus des crampes, bouffées de chaleur, maux de tête, troubles visuels, douleurs articulaires intenses, persistance des fourmillements, brûlures pieds-mains, insomnies, sécheresse buccale, cutanée, chutes de tension et fatigue invincible, il doit s’occuper d’une gêne récente à la déglutition : il suspecte une brûlure de l’œsophage due à la RT, mais trouve, cerise sur le gâteau, un ganglion sus-claviculaire suspect : crispation instantanée… Allez, on repasse en vigilance orange, histoire d’être sérieux, tout en croisant les doigts pour que ce petit ganglion tout rikiki ne soit qu’une réaction à l’implantation du cathéter, qui squatte pas loin. Je ne veux pas me transformer en octogénaire hypocondriaque, mais il faut bien avouer qu’en ce moment, de loin, y a de quoi s’y méprendre. Mot d’ordre pour le moment : attente et observation (original !).

Côté escapade vendéenne, j’ai donc essayé de joindre l’utile à l’agréable en descendant chez les Chouans en compagnie de ma blonde préférée : moins de fatigue et plus de rigolade !

J’ai toujours un peu d’appréhension quand je dois rencontrer ces médecins administratifs ou diligentés par l’administration, mais là, bonne surprise : une femme à l’écoute, qui n’a ni le nez collé sur sa montre ni le ton revêche du praticien contaminé par les peintures délavées de son bureau. Décidément, c’est une semaine de gala : quatre toubibs mimis comme tout ! J’ai de mauvaises habitudes !

Je ne m’attendais cependant pas tout à fait au discours qu’elle m’a tenu (je vous la fait courte, enfin presque) : je suis une multirécidiviste, passée entre les mâchoires de la chimio-radiothérapie-chirurgie, traitements longs et lourds, j’habite à quarante bornes de mon boulot, j’élève seule mes deux asticots de treize et quatorze ans et j’entame la méchante et néanmoins indispensable hormonothérapie.

Que diable devais-je parler de reprise de travail en décembre ? Dit comme ça, ça fait un peu Caliméro héroïque (voire stupide… ah bon! c’est pareil ?), mais j’avoue que sur le coup, je n’ai pas vraiment voulu entendre le message. Avais-je donc l’air si harassée ? Étais-je vraiment bonne à jeter à la poubelle ? Puis une petite voix traîtresse s’est élevée, doucement : « Allez ! Écoute la dame : du repos, du repos, du repos ! »

— Reprendre en plein milieu d’année, ça fait suer tout le monde : vous, votre employeur, votre remplaçant, vos élèves ! Le Tamoxifène, même en étant supra-optimiste – et en supposant qu’il vous lâchera sur les effets secondaires les plus douloureux – implique fatigue, énormément, surtout un organisme déjà tellement sollicité. Vous avez des droits, du temps devant vous, une couverture. Pourquoi ne pas reprendre progressivement, en douceur, à la rentrée 2011 ?

— « …. » (mais parce que mon boulot me manque, qu’il évolue à la vitesse de la lumière, que plus elle sera tardive, plus la reprise sera difficile, que l’expert rencontré en juin l’envisageait pour décembre, que j’ai peur de griller mes cartouches administratives, financières, si l’autre con à pinces venait me refaire une petite visite de courtoisie. Que oui !… je n’ai pas spécialement envie de voir les traitements, le Tamo prendre le pas sur ma vie « normale »… Mais ta vie « normale » ma cocotte, aujourd’hui, c’est ça : la fatigue, la souffrance plus ou moins présente, les frayeurs, plus ou moins grandes, le régulateur de vitesse branché sur dix à l’heure les jours fastueux… Ton p’tit bonbon, il te rétame, mais il te sauve peut-être la peau, alors même s’il est sévère, apprend à le regarder comme ton meilleur allié du moment, laisse-lui de la place : repose-toi !… En tout cas, ne t’exténue pas plus que tu ne l’es déjà, merde. Écoute la dame !)

— Vous avez peur de vous ennuyer ? Vous avez du mal à rester chez vous ? À vous occuper ?

— Euh non, pas vraiment. J’ai toujours quelque chose à faire

— Alors demandez une prolongation au comité médical, quitte à réclamer une expertise. Puis, reprise en septembre en mi-temps thérapeutique. On se revoit en mai pour faire le point ?

— Euh, oui, d’accord !

Ben tu vois que t’es une bonne fille obéissante. En progrès

Donc, on demande les prolongations. Pauv’sécu… J’suis vraiment pas dans l’air du temps… et le pauv’p’tit Nicolas qui s’agite pour faire comprendre à tous ces vilains flemme-culs de France et de Navarre que la belle époque est révolue, qu’il va falloir raquer au bassinet, payer ses médocs, arrêter de prendre l’ambulance à tout bout de champ. Vivi, même les crabahuteux. M’enfin. Tout l’monde y doit être égaux non ! Chais pas pourquoi, j’arrive même plus à culpabiliser. Dis docteur, ça n’a pas des effets anesthésiants-anticonnerie, le Tamo?

 

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