Jérémiades

titeuf1/09/2010, La Pernelle

Les bobos reviennent en force, la rentrée scolaire me file une nostalgie sévère : encore une sans moi. Je viens de prendre conscience que l’année prochaine, il n’y aura plus un élève au lycée qui pourra mettre un nom sur ma trombinette ! Trois ans de présence en pointillé et me voilà quasiment calée dans la rubrique fantôme pour mes chers ados. Même si j’ai toujours eu conscience que nul n’est irremplaçable, vivre aussi concrètement son effacement des tablettes est… perturbant.

Mes trois Grâces, mes z’amies de tous les instants se relaient artistiquement pour ne jamais laisser le vide s’installer. Elles savent aussi que Mister Tamo approche, que je le redoute, et que, malgré que j’aie programmé mes retrouvailles avec ce joyeux drille, ma décision est encore vacillante. J’ai commencé à organiser mon prochain passage sur le billard pour le retrait du cathéter (rendez-vous avec le chirurgien le 14 septembre), mais même s’il me paraît évident qu’il est impératif de virer ce petit boîtier de misère, même si c’est, comparée à celles passées, une opération plus qu’anecdotique, rien que l’idée de retrouver le kit bonnet/chemise/ chaussons des schtroumpfs bistourisés me file la nausée. Je n’en peux plus d’être découpée, charcutée et recousue, comme une poupée trop usagée que l’on rafistole parce qu’on l’aime bien quand même !

J’ai depuis longtemps prévu une fête le 4 septembre avec nombre de mes êtres les plus chers, histoire d’arroser mes quarante printemps plus dignement qu’en mars.

Je me réjouis de ces instants à venir : vivre sous ces yeux-là, c’est reprendre de la matière, c’est perdre de ma transparence, c’est sentir au plus profond de moi cet essentiel, ce vital, cet amour vivifiant qui fait que, malgré tout, malgré les périodes de désespoir, malgré les grandes tentations de lâcher prise, je ne renonce pas, pas tout à fait, jamais complètement…

Mais la fatigue est si redoutable. Pourvu qu’elle me lâche un peu le temps de déguster ce nectar. Dans la foulée, je partirai reprendre une goulée d’air marin avec une de mes frangines de cœur. Le soleil, le vent, l’entêtante rengaine du ressac, les lumières blondes de l’arrière-saison alliées à la douce complicité de notre précieuse amitié parviendront peut-être à me faire avaler ce médoc sensé prolonger mon petit séjour de terrienne sans trop renâcler.

 

 

 

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