Scylla, loi du marché et décollement de synapses

bouée6/05/2010, La Pernelle

Les z’amis, les z’amours,

Un petit bilan pour le compte-rendu sur mes dernières dégustations. Savez c’que signifie « tomber de Charybde en Scylla » ? C’est quitter un mal pour un autre pire encore ! Ben ! c’est EXACTEMENT ça ! J’ai échoué sur Scylla avec l’avant-dernière et la dernière tournée du patron.

Je ne sais pas ce que ce mon crabologue a rajouté comme ingrédients, mais comme disent les d’jeunsss d’à c’t’ heure : « Ça déchire grave » !

Heureusement, mon gentil médecin de campagne, ma petite sentinelle tout terrain, m’a lancé une bouée salvatrice pour ne pas que je boive la tasse plus que nécessaire : je suis désormais patchée au jus d’éléphant rose. La morphine, vu le rififi, s’est avérée beaucoup plus efficace que le tube d’Efferalgan 1 g que m’avaient prescrit les zigotos de Figaro avant de me renvoyer à la baston.

Autant vous dire que là, je suis un p’tit peu fâchée contre cette jolie vitrine de clinique high tech ; de tout c’qu’ils font miroiter sur leurs gondoles, de leur super label anti-douleur, je n’ai pas vu grand chose :

— Une socio-esthéticienne qui passe te voir lors de chaque cure pour te faire des papouilles, te donner des conseils histoire de ne pas être prise pour Kojak à longueur de temps, ne pas paumer tes ongles durant la bataille et autres petits détails ! Une fois vingt minutes sur les cinq cures.

— Une assistante sociale qui vient t’aider pour tes galères avec ta banque, tes assurances, la CAF, les ADMR, ta mutuelle, qui participent tous avec enthousiasme au concours « le premier qui lui fera péter un câble » ! Pas vu la couleur de sa permanente…

— Une chambre individuelle, qui te permet d’être à l’ouest tranquille, de choisir entre fauteuil ou plumard , entre dodo, visionnage de DVD, lecture, crise de nerf ou pleurnicherie, en fonction du délabrement, de l’humeur ! Juste la première fois, histoire de te mettre l’eau à la bouche et de te prouver que cela existe bien (en fait, p’têt que c’était qu’un logement-témoin!). Z’ont préféré me fournir le HLM, savez, le bocal à poisson, la boîte à sardines que je vous ai décrit précédemment.

— Trois psys prêtes à l’emploi en cas de panique et compagnie : malgré un gros chagrin, visible par tout le service puisqu’exposée dans ma cage en verre, jamais vu l’ombre de la couette d’une Freudienne dans le secteur.

— Un diagnostic clair, un traitement expliqué ! Il a fallu que je tape fort du peton pour qu’ils daignent enfin me dire si après les six cures de jouvence, j’allais ou non enquiller avec la partie rayonnante de la batterie médicale — hormis le fait que j’aime savoir à quelle sauce on va me bouffer, sans cette information, impossible de programmer quoi que ce soit pour cet été avec mes loulous !

Bon, d’accord, comme disait une charmante infirmière à l’une de mes copines de crabe qui lui posait une question à peu près équivalente : « Vous savez madame, vous êtes en congé maladie, pas en vacances ! » (sic)

Oui, quoi ! c’est vrai ça ! Quel culot elles ont ces chieuses de cancéreuses de tout bêtement vouloir savoir quand elles vont pouvoir se mettre les doigts de pieds en éventail au lieu de se les mettre dans les chaussons congelés du service (vi vi, j’invente rien, même sous jus de pachyderme : c’est une des petites douceurs réservées aux taxotérisées, technique peu catholique pour peut-être éviter d’égarer ses ongles dans ses chaussettes).

Une politique antidouleur ? Je ne reviens pas sur le thème, z’avez compris.

Bref, tout ça pour dire qu’à la fin de tout ce tintouin curatif (c’est-à-dire après fin juillet/début août, vu que finalement, j’ai droit à une trentaine de séances en cabine UUUUUUUUUUV especial), j’ai décidé de changer de boutique pour le SAV, histoire de faire bosser un peu la concurrence. Y en a qui rigolent ? Serais-je en contradiction totale avec mes idées courtes d’antilibéralisme primaire ? Nan ! nan! nan ! moi, j’veux du garanti étatique, du lourd, pas d’la poudre aux yeux de merchandising !

Enfin, cancéreuse ou pas, touriste patentée ou non, j’ai quand même pris la tangente pendant les vacances de Pâques, direction le Cotentin, avec une infirmière bien plus rigolote que la suscitée, bien carrossée, et en plus toute une série d’options incluses dans le forfait : elle conduit toute seule, sort sa carte bancaire plus souvent qu’à son tour, tient magnifiquement le crachoir, est experte dans le passage de crème dans l’dos et ne consomme que quatre carrés de chocolat noir par jour (enfin presque, ou exceptionnellement). Une opération plus que rentable !

Je suis revenue avec les synapses complètement décollées tellement cette bouffée d’oxygène loin des salles d’attente, des piquouses, des ambulances m’a décoiffée.

D’accord, le retour fut un peu raide, pour cause de chimio et de gros dérapage sentimental, mais bon, quelque part, les batteries au moins étaient à peu près rechargées pour affronter ces deux tempêtes en parallèle…Vous trouverez ci-après, en PJ un texte précieux, rédigé par des collègues Impatientes (membres d’une asso dont je fais partie), que vous pourrez lire et faire circuler auprès des proches des p’tites cancéreuses nénesques que vous connaissez (malheureusement, ce n’est pas une espèce en voie de disparition, et beaucoup d’entre vous auront l’occasion de s’en servir), le PowerPoint de mon escapade normande suivra dans un autre mail– je ne devrais pas, car à force de faire le tour-opérateur pour la région, je ne vais plus avoir, l’été prochain, les trois kilomètres de plage qui séparaient jusqu’ici généralement ma serviette de celle de mon voisin !

À tout bientôt. Gros bisous.

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