Le loup, l’ours et la vieille tigresse

Roses27/06/2010, La Pernelle

Après donc une longue pause au fond de la classe, il a bien fallu reprendre le chemin des écoliers (pfft ! au moment où tout le monde s’apprête à prendre celui des plages et des barbes à papas !), et, en bonne cancre, j’ai fortement traîné les pieds avant de les remettre à l’étrier. C’est cependant chose faite depuis le 17 juin, et pour l’instant, la partie grillade se déroule correctement. Le bémol, c’est que bien que la dernière rasade de chimio date du 18 mai, je me trouve toujours dans la gueule du loup et attends avec impatience que ce dernier daigne desserrer un peu la mâchoire. Mes bonbons planants m’aident cependant à oublier de temps en temps les morsures, la fatigue est moins écrasante et un p’tit duvet de poussin a tenté une percée sur mon crâne d’œuf : un petit gazon bizarre, blanc, tournicotant, puis des plus longs, grisous et bruns ; mais par endroits, pas un poil sur le caillou. Résultat, une tête de galeuse ou de teigneuse (au choix) qui me paraît beaucoup moins seyante que la piste à mouches.

Donc ce matin, grands travaux : rasoir, mousse onctueuse et débroussaillage en règle. Quand ces messieurs se décideront à se mettre d’accord sur les starting-blocks, on pourra rediscuter ! En hiver, j’aurai réfléchi, mais vu la chaleur et l’impossibilité de mettre un foulard plus d’une demi-heure sous peine de se trimbaler avec un hammam portatif, pas de quartier !

Côté ongles, j’ai appris un nouveau proverbe depuis ma dernière newsletter ; le voici : « Trois mois tu attendras mon p’tit, pour dire qu’les griffes de l’ours, de l’auberge, sont sortis ».

Vu l’état des lieux, je pense en effet qu’au moins dix appendices tégumentaires (eh oui, désolé frangin, encore des trucs à chercher dans l’dico, mais j’ai trop peur que tu n’ailles pas allumer ton p’tit cierge quotidien pour que Saint Crabus me lâche enfin les tongues !) sur vingt devraient finalement se faire la malle pour cause d’empoisonnement. La pauv’sécu, c’qu’on lui demande pas d’raquer : un kit ongles-tignasse-cils-sourcils-faux-néné flambant neuf : par ces temps de crise, y a vraiment d’l’abus !.. Enfin, heureusement, les administrations, les bureaux de gratte-papiers divers et variés veillent aux grains avec jalousie et garantissent un taux d’emmerdements maximum aux sangsues d’la société : expertise médicale, rétention de salaire, fausse annonce de perte de poste, autisme des banquiers, des assureurs, ils sont légion les petits soldats qui traquent les fraudeurs potentiels. Dormez tranquilles bonnes gens, l’épouillage méthodique est organisé, même auprès des rigolos qui sous prétexte d’alopécie aiguë seraient tentés de croire qu’ils passeraient à travers les mailles des filets !

Bref, je profite quand même de l’occasion pour remercier du fond du cœur toutes les petites mains (secrétaires, comptables, délégués syndicaux, copines-passe-kleenex) qui ont usiné et usinent toujours pour m’éviter un ulcère à l’estomac !

J’ai fait procéder comme prévu au transfert de mon dossier au centre Kérberos et je rencontre ma nouvelle oncologue le 5 juillet – enfin une gonzesse sur mon parcours médico-chianlesque… voyons voir si une petite touche féminine change la donne !…

Avant ça, le 30, je rencontre l’onco-généticien : une nouvelle espèce de blouse blanche à apprivoiser. Celui-là, son job, c’est de m’annoncer, après quelques analyses ADN, si je dois mettre toute la gent féminine de ma famille sous haute surveillance, si je dois y ajouter toute la gent masculine et si je dois garder mon deuxième néné ainsi que mon pack-gonzesse-utérin-ovarien. C’qu’est bien avec le crabe, c’est qu’au cas où on s’emmerderait, il y a toujours un ou deux points en suspens pour vous occuper les neurones !

Enfin, pour toutes ces nouvelles questions, faudra attendre entre six mois et un an avant d’avoir les réponses. Donc, zenitude et longanimité sont de rigueur. De toute façon, d’ici là, il y a encore quelques trucs qui devraient m’occuper les méninges…

Côté domestique, Natoune, notre nouvelle protégée féline, a débarqué à la Pernelle : un amour qui rend bien sûr tout le monde gaga – sauf peut-être notre bonne vieille Princesse, qui a eu un peu de mal à voir débarquer la jeunesse entre ses gambettes, mais les grognements ont tendance à s’espacer ; l’opération séduction de la petite a l’air de fonctionner, même auprès d’la vieille tigresse.

La Pernelle, ma bicoque, vieille dame du début du dix-huitième, quant à elle, va connaître un petit ravalement de façade. Les dépendances du jardin vont bientôt se transformer en tanière d’ados. Savez, là où on va se réfugier avec ses potes, pour boire du jus d’orange, écouter du Mozart avant de se mater un petit Truffaut, loin des pattes maternelles…

Jouer au maître d’œuvre entre deux rayons X, c’est distrayant : courir après les artisans, les devis, coordonner tout ce petit monde, établir les plannings… du gâteau à côté du labyrinthe administratif sus-cité !

Le jardin, les semis, les boutures, occupent le reste de mon temps. Mes loulous, dès le 1er juillet, s’envolent pour des vacances auprès de leur papa. Quand ils reviendront tout bronzés début août, ils seront mûrs pour profiter des plages normandes, landaises et ingrandaises auprès d’une maman photosensible, planquée sous tee-shirt à manches longues, chapeau, parasol et couches d’écran total (aïe ! aïe ! aïe ! la honte !), mais enfin entièrement disponible!

Vivement la quille !

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