Glissement de terrain

normandie

8/08/2010, La Pernelle

Huit jours d’escapade normande. Le bol d’air marin, la complicité qui se tisse chaque fois un peu plus lors de ces retrouvailles familiales, la beauté sublime de ma baie d’Écalgrain, les agapes chaleureuses, l’espièglerie retrouvée de mes deux loulous, il ne manquait pas grand-chose pour que je puisse oublier les heures fuligineuses que j’ai égrenées ces derniers mois. Mais Dame fatigue est tellement puissante encore, tellement imprévisible et capricieuse. Heureusement, les enfants, grâce à mon frangin ont pu passer un merveilleux séjour et cette petite escapade m’a permis de rencontrer Amazone50, avec qui je communiquais via lesimpatientes.com depuis quelques mois. Une belle amazone, accompagnée de deux de ces adorables enfants… Une bien jolie personne de plus croisée sur ce chemin cahoteux… J’ai cependant dû écourter ces moments lumineux, les adultes valides reprenant le collier et moi étant incapable d’assumer seule l’intendance de la maisonnée et de jouer aux Gentilles Organisatrices. Les enfants n’ont pas l’air d’en prendre ombrage, étant heureux de retrouver leurs pénates, leurs copains, leur connexion internet et notre plage ligérienne. De mon côté, cette impuissance à imposer mes quatre volontés à cette grande carcasse me rend plus triste qu’il n’est raisonnable de l’être. Je devrais profiter de la relative accalmie des souffrances, prendre les choses comme elles viennent sans maudire les semelles de plomb qui lestent mes envies de gazelle… Mais ma longanimité s’amenuise, le vide sidéral des grands combats achevés me laisse tête et corps bancroches et je commence à abhorrer le joli mot « patience ». Je suis triste d’être si pondéreuse et en colère de ne pas avoir la sagesse de l’accepter. Mon généraliste m’a trouvé trop abattue à son goût et m’a prescrit les p’tits bonbons pour voir la vie en bleu, en rose, il y a une quinzaine de jours. Même si je ne suis pas très copine avec ces pilules du bonheur artificiel, je les prends (ce n’est après tout qu’un médoc de plus à ajouter à la longue liste de ceux que ma tête doit imposer à mes rejets viscéraux depuis sept mois !) car je me sens glisser. L’heure des bilans, les fractures du cœur, les nouvelles estafilades, les résidus de souffrance, une tension en berne, le contrecoup nerveux, l’approche et l’appréhension de la prise du Tamo. Toutes ces ratures… j’ai l’impression que la petite lumière du fond du tunnel s’éloigne au fur et à mesure que je crapahute et cela m’épuise.

Je sais par expérience que la phase que j’entame de « soignée mais pas forcément guérie » est moralement l’une des plus difficiles à apprivoiser et que ce n’est pas la partie du jeu la plus facile à négocier mais ma fougue de dompteuse s’est émoussée. Le temps, la patience, le temps, la patience, encore elle ! À force d’attrition, la trame est en pleine déliquescence et il est grand temps de faire confiance au couturier !

 

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