D’impatiente à impatiente

lettre¡ Hola chica !

¡ Vaya pajarito desanimado hoy !

Bon, tu es, comment dire… dans la phase que j’appellerais « ajustement de curseur ». La normalité, la tienne, la nôtre, se trouve toujours dans le dictionnaire, mais nous bénéficions d’une édition spéciale-crabahuteuses : les références, l’étalonnage de « la normalité » de la version classique, celle que tu as connue et apprise par cœur avant que le K ne s’invite dans ta vie, pour l’instant doit être rayée de tes tablettes, purement et simplement.

Comme le disait si bien Giraudeau, il ne s’agit pas de se résigner, mais d’accepter la maladie. Si tu cours après la normalité des bienheureux qui passent leur check-up haut la main à chaque visite médicale, tu vas te laminer, te déprécier, te prendre en grippe, toi, ton corps, ton traitement. Oui, tu as le rythme d’un escargot emphysémateux; oui, ton lever, chaque matin, est un hymne à l’acide phosphorique ; oui, ces petits riens d’hier sont tes montagnes d’aujourd’hui. Mais tu es là ! Et le temps va passer, t’apportant son lot de montagnes russes, longues, lentes. Il faut juste que tu réaxes, que tu adaptes, que tes objectifs prennent en compte les données désormais inscrites dans tes petites cellules, en plein boulot, en pleine résistance.

Tu ne peux plus te déplacer pour aller voir tes amis ? Alors tu les invites à prendre un chupito. Et s’ils veulent prolonger, ils amènent les gamelles. Un p’tit cabas à roulette, ça n’a rien de super sexy, mais ça n’use pas les vertèbres. Un film, ça se loue, se télécharge. Tu fais trois pauses syndicales par kilomètre à pied ? Et alors ? À force de le faire, tous les jours, pugnace, tu verras que, comme un bon marathonien, tu grignoteras du terrain sur ton objectif À TOI. Pas les 42,195 kilomètres inscrits à la définition du dico classique, non. Ton kilomètre, ta nouvelle définition du mot « marathon ». Démarre en douceur, modestement, mais avec la ténacité d’une mule. Ton onco a raison : bouger, sortir, faire du vélo, c’est lutter ET contre la fatigue ET contre les douleurs. Mais bien sûr, ne l’envisage pas comme « avant ». Sois indulgente avec ta carcasse, réaliste dans tes paris, et intransigeante avec ta régularité. Et tout doucement ton curseur va s’adapter. Tu vas redécouvrir le bonheur du progrès rudement acquis. Et réinventer ta normalité. Je te conseille vivement la pratique du Chi Cong, parfaitement adaptée à nos besoins de « circulation énergétique ». La piscine, la mer, (quand tu seras sortie des phases de faiblesse immunitaire, sont des lieux de prédilection pour l’effort en douceur. Essaie de trouver des activités manuelles ou intellec- tuelles qui absorbent toute ton attention (scrap-booking, canevas, lecture, écriture, élaboration d’un blog professionnel pour tes élèves…) et te détournent de tes articulations lancinantes… Et puis, un jour peut-être (mais n’y pense pas), le traitement relâchera ses pinces, et ce sera du bonus, du merveilleux, à prendre, à croquer dans l’instant…

Pernelle

Je relis ce message, envoyé à une impatiente en pleine période de blues. Le Chaudron dans une bonne phase qui donne un coup de pouce à la Marmite en zone de turbulences. Il faudra que je pense à me le renvoyer de temps en temps celui-là !

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