Le clown blanc

clown

7/01/10, La Pernelle

Les z’amis, les z’amours

L’opération est programmée pour le jeudi 14 janvier. J’ai pu faire une petite reconnaissance des nouveaux locaux car les déambulations n’ont pas manqué.

Première étape tragi-comique dans le service du chirurgien. À mon arrivée, j’ai vu ce dernier partir comme une flèche dans la direction opposée à son bureau ; je me suis donc dit, à juste titre, que j’aurais le temps d’éplucher toute la jolie doc qui tapisse généralement les salles d’attente de ces grands-messieurs-qui-courent. Je suis désormais incollable sur la grippe H1N1, j’ai noté le numéro de toutes les associations de tricots et macramé du département et je connais par cœur les dépassements d’honoraires des chirurgiens du service obstétrique/ gynécologie. Quand j’ai enfin été reçue dans l’antre de bistouriman, celui-ci a étudié mon dossier, m’a demandé de passer en salle d’auscultation, m’a félicitée pour ma jolie reconstruction (sic !) et m’a invité à me rhabiller. Il a entamé le dialogue, un sourire très chaleureux aux lèvres, en me disant que, bon, il ne pouvait pas prévoir l’opération en ambulatoire (reSic !) mais que pour un simple ganglion, même gros et cancéreux, je pourrais ressortir le lendemain de l’intervention. La phrase qu’il venait de prononcer a eu un peu de mal à se glisser entre mon hémisphère droit et mon hémisphère gauche. S’était-il gouré de dossier ? Lui avait-on envoyé toutes les données de Figaro ? Avait-il lu le mien en diagonal ? Était-on le premier avril ? Le temps que j’arrive à sortir un son, il a dû lire le message envoyé par mes neurones qui ne se touchaient pas encore via l’accent circonflexe de mes deux sourcils, car il m’a délicatement demandé si on m’avait bien dit que la tumeur était cancéreuse… Je lui ai répondu que oui, mais qu’il devait faire une petite erreur quelque part, car ce n’était pas vraiment le programme qui m’avait été annoncé à Figaro.

-  Ah bon ???

- Il me paraît difficile de prévoir une sortie si rapide après une ablation de la reconstruction et un curage ganglionnaire, non ?

- ???

- Bah oui ! l’IRM, le TEP scan sont clairs : les tumeurs sont multiples sur le lambeau du grand dorsal et le docteur Boutefeu préconise l’ablation, la chimio, la radiothérapie et l’hormonothérapie. Vous n’avez pas eu son courrier ?

- … (brassage de dossiers en catastrophe, éclair de retrouvailles derrière les binocles). Si ! si ! si ! mais je n’avais pas vu la dernière enveloppe (ben oui, un format A4 dans un si grand bureau, ça vous ramène un dossier à la taille d’un timbre-poste !)

- ………

- Euh !… on va repasser en salle d’auscultation…

- ………

- Oui, ce n’est pas pareil… ( palpation, repalpation…). Ça doit vous embêter l’ablation…

- … Oui… on peut dire ça comme ça !

- Vous pouvez vous rhabiller… Donc, je suppose que vous êtes pressée…

- ……… (non, pas du tout !)

- Jeudi prochain, ça vous va ?

- Très bien, je n’ai rien de prévu la semaine prochaine !

- Il faudra compter un peu plus longtemps pour l’hospitalisation..

- C’est-à-dire ?

- Je pense pouvoir vous libérer le dimanche 17 janvier.

- On m’avait parlé d’une semaine minimum…

- Non ! non ! non ! sauf si les drains n’ont pas fini de rendre… Pendant que vous allez voir ma secrétaire pour les formalités administratives, je file voir l’anesthésiste pour qu’il vous reçoive tout de suite… À la semaine prochaine Madame.

Et voilà Zébulon évanoui dans le couloir. Euh ! et l’opération deux-en-une ??? Trop tard ! Ah mais je vais avoir à faire à la petite secrétaire super motivée de la semaine dernière, qui devait essayer de nous faire un package soldé… Après questionnement, rougissements et bégaiements, je me rends vite compte qu’elle était sûrement very motivée mais qu’elle avait omis de me dire qu’elle souffrait d’un début d’Alzheimer très très précoce. Bip-bip est venu la sauver en me disant que la secrétaire de l’anesthésiste m’attendait, en disparaissant illico, of course !

Va pour un autre service. Çui là, chais pas pourquoi, il me fatigue ! L’anesthésiste, lui, a assuré comme une bête ! Il prend contact avec sa collègue anesthésiste du centre Poussenibard, mon doc ORL pour m’éviter la méthode « apprendre le langage des signes en 3 leçons », m’a rassurée en me disant qu’il éviterait l’intubation et appliquerait la méthode du « masque américain », et sans rien me promettre, m’a déclaré qu’il essaierait de rattraper le coup pour la pose du cathéter et ferait tout pour essayer de mettre les deux chirurgiens d’accord sur leur planning pour que je n’aie pas à subir une deuxième intervention dans la foulée. Le pauvre ! Passer après ses copains, c’est pas de la crème. Il sent bien que je suis très… comment dire… dubitative !… Après une dernière excursion, cette fois-ci côté vampires-labo-nec-plus ultra, allégée d’un demi-litre d’hémoglobine, j’ai pu rejoindre mes pénates ligériennes en toute… tranquillité, après ces trois heures inoubliables !

 

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